Cinema

Roselyne Bosch vulgarise La Rafle

16 mars 2010 | PAR Gary Serverian

Dans son deuxième long métrage la réalisatrice met en images l’une des pages sombres de l’Histoire de France.

En tournant La Rafle, elle souhaitait faire d’un film sérieux et grave un succès populaire. Pour se faire la réalisatrice l’a construit de façon simple et efficace. Sans doute animée par un souci de pédagogie et de clarté. Avant. Pendant. Après. La Rafle commence le jour où le port de l’étoile jaune devient obligatoire. Et la réalisatrice plante tout de suite le décor. Sur des airs d’acordéon, Roselyne Bosch nous décrit Paris pendant l’occupation nazie. Paris où les Juifs, désormais visibles puisqu’ils portent l’étoile jaune, sont pris à partie par certains excités. Excités dont la propagande vychiste a rongé le cerveau. Alors ils se réfugient derrière un entre-soi protecteur.

Un entre-soi idéalisé par Roselyne Bosch. Car si sa description du Paris des années 40, au pied de Montmartre et sur des airs d’acordéon, est caricaturale. Son portrait de la communauté juive sous l’occupation l’est tout autant. Trotskistes/ Sionnistes. Religieux/ Athées. Français/ Etrangers. Autant de particularités censées diviser, opposer les parisiens de confession juive. En les gommant, en les reléguant au second plan, alors qu’elles sont essentielles, la réalisatrice fait ( peut-être de façon involontaire ) de l’appartenance à la religion juive un élément constitutif essentiel de l’identité de ses personnages. Si le contexte de l’époque les stigmatisait en raison de cet attribut, ceux çi se décrivent d’abord en tant que français. Ensuite comme trotskistes, sionnistes ou encore ancien combattant. Et enfin en tant que Juif. Leurs appartenances publiques prenant le pas sur ce qui relève de l’intime. Une communauté débarrassée de ses antagonismes, de ses disparités, de ce qui fait son charme, comme la décrit Roselyne Bosch n’est pas une communauté. C’est une utopie.

Sa la vision de la société française de l’époque est plus juste. Plus intéressante. La réalisatrice la restitue dans sa complexité. Entre faux gentil. Vrai méchant. Ou encore faux méchant. Roselyne Bosch cultive le faux semblant et la nuance. Personne n’est tout blanc. Ou tout noir. Les policiers réquisitionnés pour la rafle sont de vrais bulldogs acharnés. D’autres en charge du Vel d’Hiv le sont un peu moins. S’ils se réfugient derrière leur froide assignation ( « Je ne fais que mon travail ») et sont donc coupables, certains laissent parler leur coeur. Entre le pouvoir collaborationiste et ces français courageux qui ont protégé leurs concitoyens de confession juive, il y a une masse malléable. Une masse anesthésiée par la propagande vychiste. Une masse qui insulte ceux à qui elle souriait le jour d’avant. Une masse que Roselyne Bosch dépeint avec subtilité. Bien aidée par une équipe d’acteurs talentueux.

Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh. Le casting s’annonçait prometteur. Et le rendu est plutôt réussi. Mais bizarrement dans La Rafle, toutes les stars ne brillent pas. A part peut-être Mélanie Laurent. Particulièrement à l’aise dans son rôle de religieuse courageuse. D’abord confiné au sein d’un couvent, son personnage évolue à mesure que La Rafle se poursuit. Infirmière volontaire au Vel d’hiv’, elle suit les déportés dans leur camp d’internement du Loiret. Annette Monod s’occupe alors des enfants victimes de la rafle. D’abord circonspecte, révoltée et enfin incrédule, Mélanie Laurent finit en pleurs sur le quai de la gare d’où partent les convois vers les camps de la mort. Entretemps l’infirmière s’était appliquée les mêmes restrictions alimentaires que les déportés. Mélanie Laurent apparaissait amaigrie et blafarde. La transformation et l’évolution de son personnage se répercutant sur l’aspect physique de l’actrice.
 
A l’inverse, les performances des deux autres poids lourds du film sont moins intéressantes. Moins intéressantes car ils évoluent dans le même registre du début à la fin de La Rafle. Gad Elmaleh tout d’abord. Difficile pour l’interprète de Coco, de se défaire de ses tics d’humoriste ( notamment lorsqu’il raconte la blague sur le Titanic). D’autant plus que son personnage adopte une attitude linéaire tout au long du film. Poussant le registre de l’incrédulité à son paroxysme lorsqu’il demande au sergent en charge de la rafle si les déportés quitteront le territoire français. Jean Reno est tout autant mono-expressif. Son personage n’évolue guère à part peut-être dans sa relation avec Annette Monod. Tout en retenue, les deux acteurs se révèlent plutôt crédibles dans les prémices d’un amour interdit.
 
A côté de ces trois têtes d’affiches, les rôles principaux sont tenus par des enfants. Et leurs performances sont parasitées par celle d’Hugo Leverdez ( Jo Weissman ). Véritable boulet que La Rafle traîne pendant deux heures. Il surjoue en permanence. Bien que dôté d’un regard très expressif, ses airs de premier de la classe exaspèrent. De plus, sa tendance à monopoliser l’attention nuit aux autres acteurs.
 
Le film est cependant bonifié par la qualité de ses seconds couteaux. Le regard sombre de Jean-Michel Noirey ( Pierre Laval ) a l’intensité et la rigidité du collaborationiste zélé. L’indolence du Maréchal Pétain, interprété par Roland Copé, le reléguant au rôle de pantin. Laval prend le dessus sur le chef du gouvernement. Et les deux se plient aux injonctions allemandes. Autre performance remarquée : celle de Thierry Frémont. Il arrive en « sauveur » dans un Vel d’hiv assoiffé par une journée d’été accablante. Le Capitaine Pierret décide alors, avec aplomb, d’ouvrir les vannes à eau. Faisant preuve de courage face à une hiérarchie complaisante et assujetie à l’occupant allemand. Une bouffée d’air pour les déportés mais aussi pour le spectateur.

La Bande Annonce de La Rafle

Beckham privé de Coupe du Monde
Crime et châtiment au musée d’Orsay
Gary Serverian

3 thoughts on “Roselyne Bosch vulgarise La Rafle”

Commentaire(s)

  • kaisersauze

    et qui etes vous, pour dire que ce Paris des années quarante est « caricatural »? vous y etiez? parce que vous voyez, des milliers de personnes qui l’ont vécue, cette époque, sont allés voir ce film et ont écrit exactement le contraire de vous. sans compter qu’ils sont désormais deux millions et demi à être allé voir ce film. vous etes qui? quelle est votre expertise, comme on dit aux etats unis? d’ou parlez vous? de quelle chaire? sachez une chose qui doit vous réconforter, vous qui me paraissez singulièrement sans ame et misanthrope : vous etes bien seul a avoir cette opinion…
    kaiser

    avril 6, 2010 at 8 h 37 min
  • amelie

    @Kaiser: au contraire, pour être historienne et specialiste de cette période , les images de paris sont effectivement caricaturales, en revanche, l’histoire des Juifs est elle d’une absolue exactitude.

    avril 7, 2010 at 10 h 45 min

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