Electro

[Live report] Rone à La Cigale

[Live report] Rone à La Cigale

06 février 2015 | PAR Bastien Stisi

Quelques semaines après l’avoir dévoilé pour la première fois aux Transmusicales de Rennes, et quatre jours avant la sortie officielle de l’objet discographique, Rone présentait à la Cigale parisienne son troisième album studio.

Celui-ci s’appelle Creatures. Et l’on peut comprendre le titre de ce troisième album hyper attendu (preuve en est, cette date à la Cigale, complète depuis bien longtemps) de manières distinctes. Ces créatures sont d’abord celles qu’Erwan Castex a tenu à inviter sur son album afin de conférer à celui-ci un caractère plus organique, plus charnel, cassant en se faisant la matière quasi exclusivement électronique de ses deux précédents LP. Bien présentes en studio (Étienne Daho et François Marry y interviennent simultanément), ces créatures humaines, déception certaine, seront toutefois absentes ce soir. Hormis l’attachant Erwan, le seul humain que l’on sera amené à voir sera en effet le Français A L M E E V A, recrue dernière de la famille InFiné invité en première partie de soirée à mélanger electronica de blizzard et technopop bizarre, afin de concevoir un live aussi proche d’East India Youth que de Mondkopf ou d’Apparat. Efficace et prometteur.

On se consolera. Car ces créatures sont aussi ces morceaux qui, selon les dires du créateur Rone, s’échappent parfois de leur écrin originel afin d’acquérir, très rapidement, leur propre marge de manœuvre. Et ceux-ci seront bien là, et seront illustrés sur cet écran positionné derrière Rone, créatures étranges et faussement effrayantes qui pourraient évoquer des figures éduquées à l’école Miyazaki.

Se baladeront alors à La Cigale les petits monstres magnifiques émanant de Spanish Breakfast (« Bora Vocal », « Belleville », qu’on nous avait promis !), de Tohu Bohu (« Bye Bye Macadam », « Parade »), et surtout, de l’album vedette de la soirée (on reconnaîtra le grandiose single « Ouija »), dont on notera que ce qui en ressort s’avère toujours plus pertinent lorsqu’il s’agit d’electronica house que de techno épidermique. C’est que le costume de gentil va mieux à Erwan Castex. Sans doute parce que c’est ce qu’il est. Lors de l’interprétation du magique « So So So », des reflets blancs viendront dessiner sur son visage des yeux perlés. Ceux d’un chat. Ou d’un être venu d’un univers autre. Ce n’est peut-être pas pour rien que sa table de mixage est semblable à un véritable tableau de bord d’engin spatial…

Après un live exécuté avec une maîtrise absolue malgré les nouveautés qu’engendrent automatiquement l’arrivée de nouvelles compositions, le public, acquis d’avance et pas déçu, acclamera mille fois ce héros électro aux lunettes rondes, qui, et c’est touchant, ne sait jamais véritablement où se mettre et comment se comporter lorsqu’il doit remercier son public.

« Pas de concession avec la vie ». « Bora Vocal » et les paroles d’Alain Damiaso, noyées dans un amas de boucles synthétiques, résonneront alors comme une évidence : de cet adage pas si évident, il est vrai que les lives de Rone en sont toujours une bien belle manifestation…

Visuels : Maxime Chermat

Le toit du passé de Marianne Deliht
L’amendement « Charb », hommage symbolique à la presse
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *