Classique
Disques classiques de post-confinement 1

Disques classiques de post-confinement 1

02 juin 2020 | PAR Victoria Okada

Pendant le confinement, nous avons écouté des nouvelles parutions (essentiellement digitales) mais aussi beaucoup de disques sortis auparavant. En voici une première chronique.

« Beethoven Around the World » par le Quatuor Ebène
Après le premier volume physique « Vienne », paru en septembre dernier, et cinq autres parutions, le Quatuor Ebène achève le tour de monde pour son intégrale des quatuors de Beethoven, avec la double sortie, celle numérique pour le dernier volume « Paris » et celle physique du coffret.
Malgré les différents lieux de concerts sur les cinq continents, le son est homogène d’un disque à l’autre, tout comme l’interprétation toujours pleine de vigueur. Avec cette intégrale, le Quatuor Ebène s’impose définitivement sur le paysage déjà très riche des cordes, posant ainsi un jalon vers un essor encore plus large. (visuel à la une)

Versions numériques Erato. Sortie physique du coffret le 15 mai.


L’intégrale des quatuors à cordes de Beethoven par le Cuarteto Casals

Une autre intégrale prend fin le 15 mai, avec la sortie numérique du « Apotheosis », 3e volet des quatuors de Beethoven par le Cuarteto Casals. Dans cette intégrale, les quatre musiciens espagnols ont regroupé les œuvres de Beethoven par thème : « Inventions » pour le 1er volume, « Révélations » pour le 2e, et enfin, « Apothéoses » pour le dernier. À l’intérieur de chaque volume comprenant 3 CD, on trouve des pièces correspondant au thème choisi, écrites dans chacune des trois périodes de la vie musicale du compositeur. Par exemple, sont rassemblés dans le volume « Inventions » les quatuors « qui inaugurèrent une nouvelle orientation stylistique de leur auteur » afin de « mieux ressortir les éléments saillants d’une écriture en quête d’une introspection salutaire », comme le précise Jean-Paul Montagnier dans le livret. La vigueur et la fraîcheur sont les deux qualités que l’on remarque immédiatement chez les Casals. La sonorité extrêmement chaleureuse, parfois charnue, nous exhorte d’autant plus que les expressions kaléidoscopiques réalisées dans une parfaite unité entre les musiciens sont prodigieuses. Idéal en ce temps incertain pour remonter le moral !
Harmonia Mundi, 1er et 2e volumes physiques déjà parus ; sortie physique et numérique du 3e volume le 15 mai.


Tournant de la vie selon Liya Petrova

Premier prix du Concours international Carl Nielsen au Danemark en 2016, la violoniste d’origine bulgare Liya Petrova est une étoile montante dans le ciel déjà parsemé de tant d’étoiles brillantes. Elle a étudié à la Hochschule für Musik und Theater de Rostock, à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, à la Hochschule für Musik Hans Eisler et enfin, à la Haute Ecole de Musique de Lausanne. Petru Munteanu, Augustin Dumay, Antje Weithaas et Renaud Capuçon comptent parmi ses professeurs. Pour son nouveau disque, elle a rassemblé des œuvres écrites à un tournant de la vie de Beethoven, Barber et Britten, en résonance à sa propre vécue. L’auteur de ces lignes a assisté au Concours Nielsen en 2016 et a vu et entendu sa performance extrêmement vivante dans une totale assurance technique. Ces caractères sont bien développés dans cet enregistrement. Outre deux Beethoven où l’énergie de l’interprète se conjugue avec la beauté structurelle de la partition, le choix de la Suite op. 6 de Britten et la Sonate de Barber montrent sa curiosité naturelle et son envie insatiable de s’exprimer, ainsi que son élan souple qui se projette loin. Malgré les traits variés de ces œuvres, Liya Petrova sait leur donner une cohérence, sous le signe de l’énergie vitale.

1 CD Mirare, MIR504. Durée : 67’

Piano – révélation et confirmation


La poésie pianistique d’Alberto Ferro dans les Etudes-Tableaux de Rachmaninov

Au printemps 2016, alors que Liya Petrova était au Danemark, le jeune pianiste italien Alberto Ferro était à Bruxelles pour le Concours Reine Elisabeth. Et c’est là que son talent a été dévoilé au grand jour. À 19 ans à peine, il surprend par sa maturité l’audience belge qui l’attribue le Prix du public. Pour son premier disque, le Sicilien a choisi deux séries des Etudes-Tableaux op. 33 et 39 de Rachmaninov. Redoutables non seulement sur le plan technique mais aussi sur celui de l’équilibre — une interprétation intégrale peut tomber facilement dans too much sonore et dans trop de romantisme exacerbé — ces « études » mettent à l’épreuve la musicalité de celui ou celle qui les joue. Alberto Ferro éclaire prodigieusement toutes les facettes de la passion, de la plus douce à la plus violente, et dans son interprétation, il n’est nullement question d’émotion gratuite. Chaque note, chaque phrasé est totalement naturel mais fait transparaître de mures reflexions. D’une sonorité dense mais sans lourdeur, la subtilité de ses touchers ne font que fasciner. Aujourd’hui à 24 ans (il est né en 1996), cet héritier spirituel de tant de grands maîtres tels que Michel Béroff, Dina Yoffe, Leslie Howard, Elisso Virsaladze, Joaquin Achucarro, Richard Goode Jörg Dames ou encore Vladimir Ashkenazy, est au seuil de l’univers pianistique immense, grand ouvert devant lui.

1 CD Muso, MU-036. Durée : 60’59


Granados poétique par Myriam Barbaux-Cohen

Choisir Enrique Granados pour le premier disque, ce n’est pas l’idée de tout le monde. Myriam Barbaux-Cohen, pianiste française installée en Allemagne depuis une dizaine d’années, a publié en février (à l’automne en Allemagne) son premier enregistrement entièrement consacré au compositeur espagnol. Et le choix de pièces étonne encore davantage : ce ne sont ni les Goyescas ni les Danzas espagnolas, les deux recueils les plus abordés, mais autres « cahiers » comme Libro e horas, Cartas de amor – Valses intimos, Escenas poéticas et Valses poeticos qu’elle propose. Par cette sélection, elle semble tenir à mettre en avant le lyrisme du compositeur. Belle sonorité intime d’un piano Bechstein (encore un choix étonnant pour ce genre de répertoire) est en adéquation parfaite avec son interprétation gorgée de poésie. Ainsi, elle nous invite à entrer tout droit et en toute simplicité dans le monde musical personnel à la fois de Granados et d’elle-même.

1 CD Ars Produktion, ARS 38 288. Durée : 69’35.


Le piano majestueux de Leonskaja

La grande schumannienne Elisabeth Leonskaja propose dans ce double CD l’art des variations et des sonates. Dans le CD 1 consacré aux variations, la pianiste fait ressortir les traits si spécifiques du compositeur : caractères opposés, humeur changeante, motifs rythmiques répétés… Les Variations ABEGG, les Papillons, les Etudes symphoniques et ses cinq variations posthumes traitées séparément des douze variations courantes comme un œuvre à part entière, dégagent une vivacité éclatante dans une élégance propre à la pianiste. Les Thème et variations en mi bémol majeur WoO 24 « Geistervariationen », rarement joués et enregistrés, feront bonheur des mélomanes tant pour la rareté (justement!) que pour le discours parfaitement maîtrisé de la pianiste. Dans les Sonates, l’ardeur et la fougue cèdent leurs places la réflexion. L’emportement saisissant qu’elle nous fait vivre en concerts est un peu loin, ce qui nous laisse un peu sur notre faim… Quoi qu’il en soit, ces deux disques transmettent l’art de Leonskaja à son apogée, à un degré de perfection musicale que peu arriveraient à atteindre.
2 CD eaSonus, EAS29407. Durée : CD 1 – 77’36, CD 2 – 57’05

Voix : raretés et répertoires


Mélodies de Lili et Nadia Boulanger par Cyril Dubois et Tristan Raës

Si on connaît bien Nadia Boulanger, grande pédagogue et professeur de nombreux musiciens célèbres, Lili ne bénéficie pas aujourd’hui de la même notoriété que sa sœur. L’une des raisons en est qu’elle est décédée très jeune, à l’âge de 25 ans. Mais elle était aussi douée que Nadia et fut la première femme à remporter le prestigieux Prix de Rome en 1913, à seulement 20 ans. Les quatre mélodies de sa composition que l’on peut entendre sur ce disque témoignent de son talent exceptionnel. Le ténor Cyrille Dubois et le pianiste Tristan Raës forment un duo depuis maintenant plus de dix ans, grâce au concours qui porte les noms de ces deux créatrices de génie. D’une finesse rare, nos musiciens nous invitent dans un univers particulier, créé notamment à travers ces accords envoûtants et symbolistes, qui ont parfois l’air nonchalant ou au contraire poignant à d’autres moments… Seuls Cyrille Dubois et Tristan Raës semblent être capables de proposer une telle atmosphère et ils nous captent, voire ensorcellent avec leur art si abouti.
1 CD Aparté, AP224. Durée : 66’


« Partir avec un idéal » : mélodies de Jean Cartan

Un autre compositeur extrêmement précoce mais qui eut malheureusement une vie courte à l’instar de Lili Boulanger, s’appelait Jean Cartan. Né en 1906 et mort en 1932, il fut fils d’Elie Cartant, mathématicien mondialement connue pour la contribution à la théorie des groupes et à celle de la relativité, comme nous l’apprend le livret. Alors que ses frères et sœurs, tous musiciens amateurs, ont choisi la science, Jean manifeste très tôt sa préférence pour la musique et étudie au Conservatoire avec Charles-Marie Widor, Noël Gallon, Paul Dukas… avec des camarades de classe portant les noms d’Olivier Messiaen et Maurice Duruflé. Dans cet enregistrement, quatre cycles de mélodies (Trois poésies de François Villon, Cinq poèmes de Tristan Klingsor, Trois chants d’été, Deux sonnets de Mallarmé) et Psaume 22 constituent un corpus discographique inédit tout comme quelques pièces pour piano (Sonatine pour piano, Sonatine pour flûte et clarinette transcrite pour piano par l’auteur, et Hommage à Dante). Le timbre légèrement barytonné du ténor Kaëlig Boché correspond bien à ces chants à une écriture novatrice, et le pianiste Thomas Tacquet apporte son savoir-faire du chef de chant pour éclairer ces partitions si originales.
1 CD Hortus, HORTUS183. Durée : 61’48


Die Schöne Müllerin (La Belle Meunière)
en live au Théâtre de l’Athénée

Voilà quelques années, le Théâtre de l’Athénée a ressuscité les lundis musicaux, des rendez-vous autrefois très prisés par le Tout-Paris mélomane. En juin 2019, le baryton hollandais Thomas Oliemans y a livré une belle interprétation de La Belle Meunière de Schubert en compagnie du pianiste britannique Malcolm Martineau. L’enregistrement en direct réalisé par B-Records nous permet de revivre ce concert chez soi. On peut ainsi (ré)apprécier le soin particulier apporté par deux interprètes dans chaque phrasé ; certains mots par rapport à la tournure musicale et certaines notes au piano, ou les deux conjugués, sont mis en relief avec un tel accent que cela frappe parfois. On pourra goûter encore davantage la magie du « live » si on écoute ce disque avec un dispositif HiFi de grande qualité.
1 CD B-Records, LBM025. Durée : 65’


Winterreise (Voyage d’hiver)
version chant et quatuor à cordes

Écrits sur des poèmes de Wilhelm Müller tout comme La Belle Meunière, Le Voyage d’Hiver est en définitive un voyage initiatique imposé à tout chanteur qui l’aborde. Quand ils sont accompagnés « simplement » au piano, dénués de tout superflu, ces lieder donnent un ton poignant. Ici, Alain Buet et le Quatuor Les Heures du Jour proposent une version chant et quatuor à cordes aux instruments d’époque, une approche étonnante à laquelle peu de gens imagineraient aujourd’hui. Mais le fait est qu’à partir des années 1830, la transcription de toute sorte a contribué à une diffusion plus large de la musique et les chants de Schubert n’ont pas échappé à ce phénomène. Liszt, Brahms, Berlioz, Reger ou Britten sont parmi les maîtres qui ont prêté au jeu. La présente transcription par Gilone Gaubert, premier violon du Quatuor, s’inscrit sur cette lignée. Au début de la première écoute, l’association du quatuor et du lied sonne un peu étrange, l’un appartenant à la musique savante et l’autre, à la musique populaire, mais l’oreille s’y habitue vite. En fin de compte, de nombreux compositeurs de quatuors n’ont-ils pas cité des mélodies et des airs populaires pour élaborer une musique plus « sophistiquée » ? Dans ce CD, les cordes enrichissent la texture sonore, conférant une épaisseur inattendue au chant ; la voix d’Alain Buet se fond dans ce tissu musical au lieu de s’y démarquer, tout en étant parfaitement distincte… Un merveilleux paradoxe ! Bravo pour l’idée, et on a hâte d’entendre les deux autres cycles dans cette formation car le projet est de compléter Le Voyage d’hiver avec La belle Meunière et Le Chant du Cygne.

1 CD Muso MU-035. Durée : 73’53


Desire, Aleksandra Kurzak
Aleksandra Kurzak
s’attaque dans cet album à des rôles qui sont progressivement entrés dans son répertoire. Le résultat est confondant de beauté. Très éclectique, le programme s’appuie sur des grandes héroïnes du répertoire que le destin tragique réunit, mais que la vocalité souvent éloigne. La chanteuse réussit cependant à les incarner toutes, mariant le phrasé ample des pucciniennes Tosca ou Butterfly ou les airs post belcantiste des verdiennes Leonora (du Trouvère), Elena (des Vêpres Siciliennes) et Elvira (de Ernani) ; elle rend, avec le même bonheur, visite aux mondes slaves, à la mystérieuse Rusalka, à sa compatriote polonaise Halka ou à la russe Tatiana. Elle côtoie des personnages qu’elle connait bien pour les avoir souvent campés sur scène (Micaela de Carmen, Liu de Turandot et, bien sûr, cette Nedda émouvante vue à Berlin aux côtés du Pagliacci de son Roberto de mari) et d’autres qu’elle s’appropriera à la scène bientôt (Tosca, adrienne Lecouvreur). L’album démontre, ce faisant, l’ampleur de ce que sont devenus les moyens de la soprano qui a interprété magnifiquement Elisabetta dans Don Carlo en octobre dernier à la Bastille. Un album à écouter, réécouter, savourer et recommander…
Desire, Aleksandra Kurzak, Fréderic Chaslin, Morphing Chamber Orchestra, 1 CD Sony classical. Durée : 65’47

Musique de chambre rafraîchissante


« On Tour », un voyage dans un monde merveilleux de la clarinette/piano

Le titre « On Tour » ou en tournée, peut avoir un double sens. D’abord il s’agit de pièces choisies parmi celles que jouaient le clarinettiste Raphaël Sévère et le pianiste Paul Montag au cours de leurs tournées de concerts ; c’est, selon eux, le « programme de prédilection ». Ensuite, c’est un petit tour musical des XXe et XXIe siècle, chaque œuvre propose une modernité par rapport à son époque. C’est aussi l’occasion de faire découvrir une partie du répertoire qui n’est pas pour autant familière pour les non initiés de la clarinette : La Sonate pour clarinette et piano de Leonard Bernstein (1941) est sa toute première œuvre publiée ; deux œuvres luxuriantes d’inspiration tzigane présentées ici sont écrites par Léo Weiner qui était, au Conservatoire de Budapest, professeur d’Antal Doráti, Ferenc Fricsay, György Kurtág, Georg Solti ou encore Géza Anda. À la fin du programme, un diptyque de Raphaël Sévère Entre les liens, explore de nombreuses possibilités techniques et musicales. Écrite par un interprète qui connaît l’instrument sur le bout des doigts (et c’est à prendre au sens propre du terme!), l’œuvre fera un bonheur à tous les clarinettistes du monde. Tout au long du disque, les souffles naturels de Raphaël Sévère qui réalise une fusion fascinante avec son instrument, et le jeu libre, coloré et foisonnant de Paul Montag se complètent à merveille. Un enregistrement réjouissant.

1CD Mirare MIR 498. Durée : 64’32 Sorite digitale le 17 avril.


Chausson le littéraire 
Grand spécialiste (entre autres) de transcription, le corniste et chef Takénori Némoto a encore frappé ! Après Ravel l’exotique, il met à la lumière Chausson en tant qu’homme de lettres. Le clou de ce disque est incontestablement la reconstitution de La Tempête, musique de scène pour la pièce éponyme de Shakespeare. Dans ses notes, le musicien explique sa démarche : intrigué par la mention sur l’œuvre « dont cinq pièces ont été arrangées ultérieurement pour voix, flûte, violon, alto, violoncelle, harpe et célesta par le compositeur », il a cherché cet arrangement mais n’en a trouvé que la réduction pour chant et piano publiée en 1905, et les copies des deux manuscrits à la Bibliothèque nationale de France (la version symphonique complète et la réduction pour piano de certains mouvements de celle-ci). Il a alors reconstitué la partition de chambre à partir de ces éléments. En les étudiant de plus près et en regardant les traces de corrections diverses, il a eu une conviction que la version de chambre a été composée avant celle symphonique. Il a ainsi effectué un véritable travail à la fois de musicologue et de composition, pour un résultat absolument éblouissant, où le chant et les instruments résonnent avec une intonation naturelle, dans une ambiance sensuelle propre à la « Fin de Siècle ». Eléonore Pancrazi (mezzo soprano) et Louise Pingeot (soprano) apportent chacune un coloris qui ne pourrait être plus juste. En complément, deux partitions délicieuses : Chanson perpétuelle (où Elélonore Pancrazi exerce une entière fascination) et le Concert op. 21, dans lesquelles les musiciens de l’Ensemble Musica Nigella livrent un dialogue enchanteur. Un bijou.
1 CD Klarthe, K102. Durée : 66’50. Sorite digitale le 24 avril, sortie physique le 23 octobre.


« Chroma », premier disque monographique de Matthieu Stefanelli

Chroma est le titre du Concerto pour piano et orchestre de chambre de Matthieu Stefanelli. Ce disque monographique regroupe 5 œuvres, réparties en deux pièces concertantes avec piano (Chroma et Syn-Phone) et trois pour piano solo (Exodes, Ombres chinoises et Illusions), où le compositeur est son propre interprète pour la partie du piano. Elles sont écrites entre 2007 et 2017, il s’agit donc d’un petit panorama de sa production couvrant une décennie. On plonge volontiers dans une atmosphère mystérieuse ou même mystique de Chroma et de Syn-Phone. La première, tout en ayant une structure classique vif-lent-vif minutieusement bâtie, livre une impression de grande liberté voire d’une improvisation. La seconde, inspirée d’un coucher du soleil, porte un sous-titre Les Apparitions célestes qui sert presque d’un programme. Les pièces pour piano seul n’échappent pas à ce côté « cosmique » qui cache bien des secrets. On remarque d’ailleurs que la nature est très présente comme sources d’inspiration chez Matthieu Stefanelli et donne à ses compositions des titres souvent suggestifs : Ballade à la lune, Les étoiles filantes, Voyelles, Le silence des eaux placides, Poussières à étoile, Magma, Mirage, Reflets… réfraction, etc., etc. Les harmonies et leurs enchaînements, ainsi que les couleurs changeantes montrent son attachement à la tradition française de la musique. Les nuances sur le piano, créées notamment par l’utilisation de pédales, peuvent être totalement différentes selon les interprètes. À ce propos, le compositeur affirme qu’il aime laisser aux musiciens une part de liberté dans l’interprétation. Et c’est cela, qui rend ces compositions encore plus fascinantes.

1 CD Paraty, PARATY320192. Durée : 70’03


Evocación : Le Quatuor Eclisses revient aux sources

Intimement liée à l’Espagne, la guitare a stimulée l’imagination de nombreux maîtres de musique de ce pays, Gaspar Sanz, Fernando Sor, Francisco Tarrega, Andres Segovia, Narciso Yepes… Après des années à explorer de différents répertoires — que l’on peut écouter sur leurs trois disques précédents publiés également chez Ad Vitam Records —, les guitaristes du Quatuor Eclisses proposent un programme essentiellement espagnol. Isaac Albéniz, Federico Moreno Torroba, Federico Mompou, Manuel de Falla, Luigi Boccherini et… Claude Debussy (pour La Soirée dans Grenade, extrait des Estampes) sont les compositeurs proposés dans ce disque. Les musiciens y puisent leurs imaginations pour « trouver des techniques propres à la guitare, permettant de rendre la puissance expressive des œuvres et de servir au mieux les qualités sonores de [leur] instrument ». Ainsi, dans cette formation peu courante, les quatre guitares sonnent tantôt comme un petit orchestre tantôt comme un seul instrument. Notre préféré ? Le Fandango du Quintette pour cordes et guitare n° 4 de Boccherini ; à un moment, ils y tapent les instruments pour marquer des rythmes, ce qui donne à cette pièce un dynamisme percussif moderne.

1 CD Ad Vitam Records, AV200215. Durée : 57’43

photos : Jaquettes de disques

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Victoria Okada

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