Fictions
Anna Hope : « Nos espérances »

Anna Hope : « Nos espérances »

01 juin 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Anna Hope est une écrivaine et actrice britannique née à Manchester en 1974. « Nos espérances » est son troisième roman. Elle y dresse un très beau portrait de trois femmes, trentenaires, confrontées à leurs difficultés existentielles.

Londres, 2004. Hannah Cate et Lissa ont vingt-neuf ans. Elles habitent ensembles en colocation, elles sont heureuses, insouciantes. Six ans plus tard les désillusions et les difficultés sont là. Hannah a réussi socialement, son mariage parait heureux mais elle souffre de sa stérilité et des épreuves répétées que constituent les fécondations in vitro. Cate a traversé un long désert sentimental. Enceinte peu après avoir rencontré Sam, elle vit douloureusement son rôle de mère, se trouvant fragile, poreuse, irresponsable d’avoir eu un enfant. Lissa, l’actrice, est restée célibataire, sa vie professionnelle s’est limitée à un combat pour la survie. Elle vient seulement de décrocher un « beau rôle » dans la pièce de Tchékov, l’Oncle Vania . En 2010 l’horizon s’obscurcit : après l’échec de sa dernière fécondation in vitro, Hannah voit son couple éclater. Elle est brisée, trahie. Lissa, si belle, si douée, si prometteuse doute d’elle-même et souffre de solitude. Cate rencontre Déa une jeune maman en proie, comme elle, aux difficultés de la maternité. Elle se déchire avec Sam et repense à son amie Lucy. Leurs vies vont être bouleversées : Hannah, Lissa et Cate sauront elles préserver leur amitié et retrouver leurs espérances ?

Anna Hope nous fait rentrer dans l’intimité de ces trois femmes à travers leurs vécus quotidiens, leurs émotions. De brefs retours en arrière nous font découvrir leur jeunesse et la naissance de leur amitié. L’analyse psychologique des personnages est fine. Avec leurs fragilités et leurs imperfections Hannah Cate et Lissa sont attachantes, touchantes, très émouvantes comme au moment de la fin de vie de Sarah, la mère de Lissa. Une douce mélancolie imprègne le récit, les désillusions sont douloureuses mais la tendresse n’est jamais absente. L’amitié est leur valeur refuge, leur point d’ancrage face aux difficultés même si cela n’exclue pas rivalités, voire trahisons. Anna Hope a écrit un livre féministe, qui désacralise la maternité et qui décrit toutes les difficultés que rencontrent les jeunes mères. La culpabilité rode : Hannah se sent maudite de ne pas pouvoir avoir un enfant et Cate se trouve indigne de son rôle de mère. L’adjonction au bonheur ensuite : le désarroi de Cate est d’autant plus grand que sa souffrance n’est reconnue par personne car en tant que mère elle doit être heureuse. Anna Hope a écrit, à travers le destin de ses trois femmes un roman sensible, émouvant et de lecture très agréable.

Anna Hope, Nos Espérances, Gallimard, 357 pages, 22 Euros, sortie le 05 03 2020.

visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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