Chansons

[Live report] Dans les profondeurs aériennes de Maissiat au Café de la Danse

[Live report] Dans les profondeurs aériennes de Maissiat au Café de la Danse

05 avril 2013 | PAR Camille Hispard

 

 

Précédée d’une première partie en demi-teinte du duo électrique et puissant Mensch, la douce Maissiat nous a livré hier soir un concert d’une qualité absolument unique, un moment d’une rare poésie qui a envahit  les murs du Café de la Danse d’une atmosphère toute singulière.

Deux femmes, une blonde et une brune, une guitare et une basse entrent en scène. Allures de femme-enfant un brin androgynes, les deux acolytes du groupe Mensch commencent timidement leur set. Un peu farouches et sûrement stressées, elles nous dévoilent leur pop/rock énervée   extraite de leur EP « Dance & Die« . On les sent pourtant hésitantes. Elles échangent très peu de regard entre elles et encore moins avec le public avec des interactions entre les morceaux quasi inexistantes. Mais la sauce commence à monter et même à prendre. A coup de basses, de claviers, de guitares frénétiques et de boîtes à rythmes, les deux jolies rockeuses se révèlent de plus en plus. Définitivement en osmose musicale,  Vale Poher et Carine Di Vita libèrent leur son nerveux, tout en tension dans une véritable transe sourde. Une rage féline contenue semblent les animer. « C’est joli les lumières » souffle un anonyme dans la foule des gradins. Effectivement, l’esthétique est sublime et les deux partenaires électriques ont un belle présence : côte à côte dans un contraste lumineux, possédées par une rythmique obsédante. On regrette cependant de ne pas partager ces émotions scéniques avec elles et l’on remarque un certain manque de fluidité dans le déroulé du set. Ça donne vraiment envie de les voir dans un autre cadre car on sait qu’elles ont un gros potentiel sous la pédale.

Juste le temps de se réapprovisionner au bar suspendu du Café de la Danse pendant que la salle se remplit un peu plus, ne laissant plus de place au doute : Maissiat arrive !

Véritable entrée de star la chanteuse est acclamée avec ferveur. Chapeau façon Panama, ample chemisier  blanc : l’élégance pure. Elle s’installe au piano et dit quelques mots brûlants dans le silence de l’attente : « Mon petit cœur tape très fort. » Et c’est parti, le concert est lancé. Maissiat, véritable prodige des mélodies au piano semble glisser sur les touches, armée de sa prose sensible et singulière. Ses doigts galopent sur les notes avec une grâce et une légèreté qui nous rappelle la classe de Barbara. Trois musiciens la rejoignent dans ce tourbillon pop chic. Un claviériste touche à tout à la sensibilité remarquable, un batteur d’une nuance sublime et une très talentueuse guitariste/bassiste/choriste aux multiples casquettes. Tout est en place et tout glisse comme une évidence. Chaque note est au bon endroit, chaque mot tombe juste sur le tempo. Une prose poétique et lyrique à l’univers sauvage. Maissiat nous illumine de son charisme naturel, à mi chemin entre une charmante désinvolture et une timidité masquée. Ses épaules dansent sur le piano ardent comme un feu de joie. Elle se lève pour chanter face au public micro sous la main avec l’attitude enlevée d’une Brigitte Fontaine des débuts. Une folie douce élégante : juste ce qu’il faut pour que les spectateurs soient complètement envoûtés.

Les musiciens jouent aux chaises musicales s’échangeant parfois les instruments, laissant maissiat se balader avec ou sans piano. Sa voix suave et profonde perce dans les aiguës comme des instants de vérité. On est juste bien. Si c’était une fusion Maissiat serait sûrement celle d‘Etienne Daho, Alain Bashung et Pauline Croze. Des mélodies aériennes et sombres servies par des textes d’une beauté absolue.

Puis Maissiat nous annonce une surprise. Tout d’abord une chanson inédit mais surtout un invité de marque : le très gainsbourien Bertand Belin, soit la classe incarnée. Un duo magique qui nous fait espérer qu’il sera conservé pour un prochain album. Ils entonnent tous deux le refrain brûlant : « Dis je parie un baiser que tout se finira au bûcher ». Un instant suspendu au temps. Vient le moment de conclure ce concert par sa chanson désormais bien connue Le Départ, qu’elle dédie à ses grand-parents, avec une pudeur touchante. Elle arrache une larme écrasée sur sa main et conclue en quittant le plateau. Ses mélodies intimes planent encore sur nous comme un baiser déposé. Elle sort de scène sous une véritable ovation et revient tout en énergie avec la reprise de Bleu comme toi d’Etienne Daho qui entraîne définitivement le public exalté et debout. Puis une dernière chanson et Maissiat nous quitte, déjà ! Remerciant toute le monde avec une grande humilité, touchée de cet accueil. Sous ses « Tropiques » on s’est laissé porté avec délice. De La Fabrique des fauves à Trésor en passant bien sûr par Tropiques, ses ritournelles profondes et sensuelles nous ont percé le coeur sans détour, comme une évidence.

Visuel (c) :  Capture d’écran affiche Maissiat au café de la danse.


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Camille Hispard

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