Musique
L’hymne à la vie de Brigitte fontaine au Trianon.

L’hymne à la vie de Brigitte fontaine au Trianon.

31 janvier 2012 | PAR Bérénice Clerc

 

Brigitte Fontaine nous avait accueilli il y a quelques semaines au fond de son café préféré à quelques pas de chez elle pour une discussion  passionnante. Elle nous a offert, hier soir au Trianon, le bonheur d’un concert gorgé de vie, de belle musique et de textes tellement riches.

20h, le 30 janvier, le froid est bien présent, l’hiver est au rendez-vous, le Trianon est plein à tous les étages. En hauteur les spectateurs sont assis et en bas, face à la scène tout le monde est debout. Snobisme mis à part, habitudes de privilégiés aussi, comment peut-on apprécier un concert debout ? Jeunes « écervelés » amateurs de Pogo ou de reggae, fêtards sur Trans Hard Tech et autres musiques pour danseurs en tous genres peuvent trouver la position verticale adéquat mais pour une chanteuse comme Brigitte Fontaine avec des textes à entendre, des musiciens et une artiste à voir, vraiment si ce n’est pour des raisons financières que le premier heureux d’être debout et de se contorsionner à mesure des mouvements des spectateurs devant jette la première pierre, elle permettra peut-être de gagner quelque centimètres et de voir la scène.

Le concert commence, les musiciens entre en scène, entre deux mouvements de tête nous pouvons apercevoir les instruments, guitare, claviers, basse, percussions, violoncelle à forme rare et percussions. La musique fait naître l’espace, quelques secondes passent, la foule est en délire, sans doute est-ce Brigitte Fontaine qui entre sur scène mais les mouvements des spectateurs laissent entrevoir le plafond, les projecteurs puis enfin une casquette sous laquelle la chanteuse commence à vibrer.

Une petite brèche s’ouvre à droite, le visage gracile de Brigitte Fontaine apparait, de jolies lunettes sur les yeux elle scande une chanson poétique longue et enjôleuse. Le plaisir ne dure qu’un instant car la brèche est refermée par le chapeau d’une spectatrice et le joli pas de danse de son voisin tel un balancier d’horloge battant les secondes de gauche à droite.

Quand pendant plusieurs minutes l’espace humain permet de voir la scène, Brigitte Fontaine est en pleine forme, elle inonde la salle de joie de vivre, de danses, de sourires complices et ses textes résonnent sous les cris des spectateurs.

Les musiques sont superbes, les arrangements d’Areski Belkacem servent chaque musicien à merveille et laissent entendre la poésie et la puissance des textes de Brigitte Fontaine. Chansons anciennes, chansons issues de son album de duos, se mélangent habilement et la chanteuse dans sa robe noire irradie de joie et d’énergie salvatrice.

Un spectateur danse sur le balcon semblable en tous points à une performance contemporaine, si ce n’est qu’il est habillé !

Quelques notes résonnent et comme sorti des enfers d’une tragédie Grecque Bertrand Cantat déchire l’espace de sa présence unique de noir vêtu, une écharpe autour du cou il chante « Les Vergers », bouleversante chanson portée par leur voix unique sur le fil d’une fragilité humaine sans pathos. Il part comme il est venu sans tambour ni trompette.

Une ou deux chansons plus tard la première partie se termine à l’heure annoncée, les spectateurs se ruent vers le bar, il est temps d’utiliser le sol pour s’asseoir et sentir toutes les douleurs musculaires liées à notre position statique. Le bon moment pour admettre la chance de pouvoir rester debout et sentir son corps.

La seconde partie peut démarrer, la lumière bascule de la salle à la scène, un des spectateurs devait s’appeler Moïse car la marée humaine est ouverte, la scène est enfin visible.

Brigitte fontaine en robe blanche, crème, revient avec cette même énergie incroyable et communicative. Les spectateurs sont encore plus excités, comme en transe. Une voisine  dégage des vapeurs d’alcool digne d’un alambic distillant les meilleurs breuvages depuis des dizaines d’années et danse, saute, hurle sans comprendre les limites de son corps et de l’espace délimité par le corps des spectateurs. « L’Enfer c’est les autres » prend alors tout son sens dans ce huis clôt musical.

Les chansons s’enchainent pour notre plus grand plaisir, Brigitte Fontaine fait non d’un geste de la main et une spectatrice saute sur scène, non pas pour tenter de partager un duo avec une artiste exceptionnelle mais pour frimer, sauter devant ses amis et peut-être son réseau social… La sécurité la poussera très gentiment vers la salle, Brigitte Fontaine tout sourire a continué sa chanson avec professionnalisme et ironie.

Bertrand Cantat réapparait, son charisme et ses talents de chanteur habitent l’espace de la scène et les vibrations énergétiques se transmettent à la salle sous forme d’ondes invisibles mais puissantes. Un rythme endiablé, un réel plaisir d’être sur scène de partager avec les spectateurs, les musiciens, une chanson d’avant, un duo survolté.

Il repart avec grâce vers les coulisses sans saluer comme une apparition.

Brigitte Fontaine chante ensuite accompagnée par le clavier et l’excellent violoncelliste sur des partitions sublimes. Un guitare voix avec Yan Pechin l’indescriptible guitariste de Bashung au talent incomparable.

Brigitte Fontaine met la barre haut et ne lâche pas son objectif, celui de dire et chanter de beaux textes en toute liberté, sur de superbes musiques avec des musiciens talentueux dans le but de partager avec un public heureux.

Salam salam salam, le refrain de la dernière chanson permet de présenter toute l’équipe, Bertrant Cantat aux contres chants orientaux, tout le monde saluent la foule en délire et en pleine lumière. Un au revoir fraternel, un vrai échange avec le public, comme devrait en avoir tous les artistes.

Brigitte Fontaine est un hymne à la vie, à la liberté, à la pensée.

 

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

One thought on “L’hymne à la vie de Brigitte fontaine au Trianon.”

Commentaire(s)

  • Iphigénie Série

    Provocation,
    C’est elle que j’aime,quand elle veut des papiers,quand elle méprise les codes de bonne conduite

    Ostentation,
    Toi,je te bannie que tu sois de 15 balais a te trémousser devant une Dame de plusieurs printemps ou de plus de 40 ans à chercher encore la gloire disparue…

    Des tickets au gout de liberté a mère….à père te de vue j’ai voulu assister mais mon coté knup (miroir)a été un déçu…finalement je proférais le jazz à l’Électrique sur dosé

    janvier 31, 2012 at 18 h 52 min

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