Chanson
Les Francofolies, jour 4 : suivre Gaël Faure, revoir Salomé Leclerc, aimer Rover et Lou Doillon et hurler pour M

Les Francofolies, jour 4 : suivre Gaël Faure, revoir Salomé Leclerc, aimer Rover et Lou Doillon et hurler pour M

16 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

Alors que dimanche soir, Toute la Culture est arrivée trop tard pour pouvoir récupérer ses accréditations et aller applaudir Biolay, Saez et la Rumeur, nous nous sommes contentés du feu d’artifice dans le port avant d’entamer avec joie et sur-activité cette journée du 15 juillet. Une journée où nous avons pu suivre Gaël Faure de son concert de 15 heures au Théâtre Verdière à son apparition après Lou Doillon et avant M devant 12 000 personnes face au public de la grande salle des Francofolies : Saint-Jean d’Acre.

ferré franco cousriveLa journée a commencé vers midi sous un soleil puissant, apparemment très présent depuis le début du festival. Le temps de récupérer les accréditations et le fameux bracelet d’accès qui change de couleur tous les jours et nous filions à l’exposition que les Francofolies ont monté en l’honneur de Léo Ferré, 20 ans après sa disparition. À l’étage de la jolie salle de la Coursive et intitulée « Ni Dieu, ni Maître », celle-ci dépasse le grand Léo pour faire révérence et référence à tous les indignés de la musique française : les chansonniers d’abord (Ferrat, Lavilliers Renaud, Thiefaine… ) puis les rockers, puis les punks (les Béru, les Métal Urbain, les Edith Nylon), puis les rapeurs (Orelsan, Roce, la Rumeur, Abd Al Malik et Grand Corps Malade) puis les auteurs à texte d’aujourd’hui, moins révoltés mais toujours sans affiliation croyante (Alexis HK, Mano Solo, Miossec, et aussi Clarika ou Melismel). Le tout est sobrement organisé par couverture d’album, proprement rangé le long d’un mur et agrémenté d’images d’archives qui défilent dans une vieille télé en bois et de juke-box remplumés de listes i-tunes où l’on peut longuement écouter ces écoles de chansons sans tradition. Au bord de la salle, des disquaires vendent des vieux 33 tours et vinyles tandis qu’au cœur de la salle, une scène d’excellente qualité est plantée où de jeunes talents défilent, deux fois par jour, pendant les Francofolies.

salomé leclerc portraitLorsque nous sommes entrés dans la salle pour voir l’expo dédiée à Ferré, la charmante et québécoise Salomé Leclerc (que nous avions découverte avec la sortie de son album « Sous les arbres » sorti chez Tôt ou Tard à l’automne 2012 et que nous avions applaudie au festival « Aurores Montréal » au Divan du Monde, ce printemps) montait son matériel toute seule. Short en jean et T-shirt turquoise, elle se préparait, très pro, à un set d’une vingtaine de minutes, très acoustique et animé par elle seule, batterie à pied et guitare en main. Revivant chacune des ses chansons, le rythme dans le corps elle est apparue sur scène changée, jeans longs et T-Shirt noir, mais toujours aussi naturelle à 14h05. Entamant son set par la chanson d’amour qui donne son titre à l’album et laisse découvrir toute les nuances rauques et émouvantes de sa voix, Salomé Leclerc a enchaîné avec grâce et énergie sur le mélancolique « Noir sur fond blanc » ; puis elle a redonné la très belle chanson qui n’est pas sur le disque mais qu’elle a composé en 2009 dans un groupe d’écriture organisé par Francis Cabrel à Astaffort : « Il est cassé ». Finissant de nous séduire sur l’entraînant « Tourne encore », la jeune femme nous a laissés en appétit et nous a conviés à venir l’entendre à nouveau au set de 17h parmi les talents Francos juniors mis en exergue par la sacem où l’on pouvait aussi entendre ce lundi soir Maissiat et Mademoiselle nineteen en salle bleue.

franco gael faureAvant d’entendre une collègue québécoise de Salomé Leclerc (que nous avons aussi entendue au Divan du monde), Marie-Pierre Arthur, c’est avec le jeune et très talentueux Gaël Faure, que nous avions rendez-vous. Pour le concert au Théâtre Verdière, où le chanteur retenu cette année par les prestigieux chantiers des Francofolies, nous a convaincus qu’on devait attendre encore bien d’autres tubes que « On dirait l’Islande » sur le disque prévu pour le début de l’année 2014… Mais aussi pour une interview et une sorte de suivi d’après-concert jusqu’au soir, où Gaël Faure a pu interpréter deux de ses titres devant les 12 000 spectateurs de la jauge monstrueuse de la salle St-Jean d’Acre, et juste avant que le non moins monstrueux M entre en scène. Une journée particulière aux Francofolies pour Toute la Culture, dans le sillage d’un jeune homme énergique et très talentueux et dont nous vous raconterons tous les détails dans un article qui est particulièrement dédié à Gaël Faure.

le ptit bleu francosAvant d’enchaîner à 20h sur les incroyables concerts qui se chevauchaient à Saint Jean d’Acre et à la Coursive, un  changement de chemise après grande chaleur et un dîner vers 19h00 étaient du meilleur effet. Dans les coulisses des Francos, une adresse se passe de bouche à oreille : il s’agit d’un petit « food-boat », bleu et blanc amarré sur le port, à deux pas des concerts. Au « P’tit Bleu »,  pas de hot dog ou de burgers, mais crevettes, gambas, langoustines et sardines grillées, huitres et surtout moules maison. Chaque portion vaut en moyenne 5/6 euros et des tables blanches sont dressées sur le port avec petit trou pour mettre un godet de vin blanc des Charentes bien frais (3 euros). A peine relevés par une goutte d’huile et une préparation citron-épines de pins, les fruits de mer de ce spot immanquable de La Rochelle font le bonheur des touristes, festivaliers ou pas. A compléter par une énorme glace chez Ernest, l’institution de la ville, dont les compositions artisanales aux macarons, à la violette ou au citron meringué sont à la hauteur de la beauté de la ville…

rover francoTrêve de mobilisation de papilles, ce sont les oreilles que nous sommes venus enchanter. Filant avec rapidité vers les gradins de l’impressionnante scène St Jean D’Acre, nous avons pu commencer la soirée par le rock un peu mystique et très mélancolique de Rover. Vêtu de noir, en  costume, Rover s’impose sur scène par un grand charisme souvent statique. Malheureusement sa musique ne passe pas tout à fait le test de la taille du lieu et le plein air, et les subtilités qu’elle dégage sur CD ou dans l’intimité d’une salle de quelques centaines de places se perd un peu dans les basses pour donner un résultat par trop répétitif.

alexis hk benoit doremusDans la plus petite salle de la  coursive, le facétieux Alexis HK enchaînait ses chansons ronchonchon ou jouasses, aux textes bien balancés et entre deux morceaux parfaitement calibrés, il se moquait gentiment de son public, le concert étant retransmis en direct par France Inter, il estimait, à grands renforts de voix rauque satinée et « radiophonique », que c’était l’auditoire rêvé pour un prof de science de la vie et de la terre. Invitant Benoît Doremus à l’accompagner, comme premier et unique invité special, dans ce tour de chant très viril et un peu gangster, Alexis HK a séduit son public et chauffé la salle pour Jane Birkin.

Lou DoillonMais avant la mère… nous avons entendu la fille. Courant à nouveau vers St Jean d’Acre, nous avons découvert une Lou Doillon bien en place, jubilant dans sa petite robe blanche. Une boule d’énergie se précipitant au cœur de la foule et dont les gouailleuses et hyperboliques transitions (« C’est géant! On s’en souviendra toute notre vie! ») contrastaient avec les chansons mélancoliques (« Same old song », « Real smart » ou « Devil or Angel »). Les excellentes reprises, « Should I stay or should I go » ou « I go to sleep » sont aussi moody mais elle les blinde d’énergie. Et si le timbre saisissant de Lou Doillon peut devenir lassant, elle est sur scène à sa place et sait tenir son public, même massif, même prêt à exploser en attendant la bombe M. Elle traduit ses chansons en français et sait même  faire « bosser » la salle en demandant aux festivaliers de lever les bras et de chanter… Chapeau bas pour Lou qui finit le concert par des remerciements et un happy birthday privé. Et laisse la place pour deux chansons à l’un des talents repérés par les Chantiers : le chanteur même que nous suivons aujourd’hui : Gaël Faure, qui poursuit dans un registre calme, avec deux de ses titres, parfaits : le prochain single « Tu suivras » et le mélancolique  « Traverser l’hiver ».

brikin longPetites foulées à nouveau vers la Coursive pour entendre Jane, dans un hommage à Serge Gainsbourg pour les 20 ans de sa mort. Pantalon de smoking et chemise blanche, la classe incarnée et la voix intacte, Birkin s’est entourée d’une formation quasi-classique (violon, piano à queue, cuivres, batterie) pour interpréter un florilèges de titres que l’homme à la tête de chou lui avait composés. « Di Doo Dah », « En rire de peur d’être obligé d’en pleurer », »Con c’est con ces conséquences », « ces petits riens », les titres mythiques s’enchainent toujours très émouvants, et Jane Birkin sait les rendre « low profile ». Pour « Amours défuntes », dernière chanson que Serge lui a écrite, elle parle un peu, et dit combien des chansons sont le plus beau cadeau, un ange passe, puis Jane revient en lady vers le piano pour un duo bluezzy 100 % Gainsbourg. Un hommage vibrant d’une égérie, d’une immense artiste et d’une grande dame.

M francosNouvelle et dernière traversée vers la St Jean et changement total d’atmosphère. Lorsque nous arrivons, M est déjà en place, lunettes spatiales et guitare dorée et la scène est bondée. De tous âges, ils dansent et hurlent aux sons des riffs de guitares funky et aux instrumentations electro … On nous avait prévenu, mais c’est à peine croyable en vrai, un concert de M est un moment de charisme pur. Quand le chanteur lève le doigt la foule entière le suit et à voir outdoors dans le contexte des Franco est une expérience unique. Grande souris folle sautillant sans jamais lâcher sa guitare avec un « M » en leds lumineux sur le museau ou papa poule faisant hurler les paroles de « Nostalgic du cool » : « Aujourd’hui je saisis ma chance / Je dois retrouver mon enfance », entouré de plein de gosses de la région, M a une autorité folle. Sur « Océan », personne ne se risque à ne pas clamer « C’est à toi, c’est à moi ». Du coup, M prend son temps, entre pastiche et grands éclats, sous les phares lumineux de son « M » Mojo de son dernier album, il repasse tout son répertoire avec grâce, se permet de sortir de scène quelques minutes, des moments de noir absolu. Il sait qu’il récupérera d’autant mieux son public en transes, pour l’acclamer lorsqu’il se jette dans la foule, continuant à jouer ou quand il joue avec les dents. Pour « La bonne étoile » chacun allume son portable et on est vraiment plongé dans l’espace et pour le délirant « Je ne connais pas l’Afrique », c’est carrément un cours de chorégraphie ironique que Matthieu Chédid impose à son public… qui le suit avec joie… Bref hommage à sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid, et tout le monde hurle à s’en percer les poumons « Je dis M »! Et M aime être en scène, la soirée s’étire et se prolongera dans le bouillonnement d’énergie qu’il a su créer, et qu’il continue généreusement d’offrir en intimant l’ordre à tous de danser, « Je veux voir vos corps », sur « Machistador » et puis sur 5 bis tout aussi bien tempérés. M nous a ravis, surpris et paralysés de son rock et fort, au-delà de tout ce que nous attendions pour ce baptême juste là où il fallait : la foule bruissante, de tous âges et lieux, et totalement fan des francofolies.

Pour nous remettre de nos émotions, nous avons pu continuer la soirée à l’espace presse et artistes du festival « Le patio », où l’on peut continuer à boire à côté de la scène, dans le port de la Rochelle, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ou Rover et Lou Doillon parlaient avec amis et fans, et où un DJ pas du tout pointu mais parfait pour l’occasion a su mettre en œuvre l’ordre intimé par M pour continuer à nous faire danser…Les Francos jusqu’au bout de la nuit. Retour demain avec un très beau programme pop/rock/electro : Lescpo, Vitalic, Archive, Woodkid et Breakbot. Toujours sous une chaleur agréablement tropicale.

Rex Fabula T3 : la fin d’une fable
Nos sorties ciné du 17/07/2013
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture