Cinema
Mostra de Venise 2014 : l’absurde et la noirceur récompensés

Mostra de Venise 2014 : l’absurde et la noirceur récompensés

08 septembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Un Lion d’or à Roy Andersson, connu pour ses représentations sombres de l’humanité… et d’autres prix à l’avenant, consacrant des films qui font la part belle à l’absurde ou à la monstruosité de la condition humaine. Quand ils ne choisissent pas de représenter celle-ci dans toute son horreur…

Lion d'orUne vision noire de l’humanité : telle est la couleur dominante qui se dégage du palmarès du Festival de Venise 2014. Cela n’étonne guère quand on voit qui est en tête de liste. Pour son nouveau film, A pigeon sat on a branch reflecting on existence, lauréat du Lion d’or, le suédois Roy Andersson n’a pas renoncé à ses tableaux vivants et burlesques, peignant des vies anonymes qui s’effilochent, geste après geste. Après Chansons du deuxième étage (Prix spécial du jury à Cannes en 2000) et Nous, les vivants (2007), il invente ici une boutique de vente d’objets fantastiques, dans laquelle trouvent place de courtes scènes traitant de l’absurdité de la vie…

Les amoureux dépeints par le film Hungry hearts, tous deux récompensés en tant qu’interprètes, ne sont pas en reste : au fil d’un film passant allègrement d’un extrême à l’autre, la jeune fille décrite au départ comme une fée euphorique (Alba Rohrwacher, déjà à Cannes dans Les Merveilles) devient mère, et folle. Et son compagnon (Adam Driver) ne sait que faire au milieu de ce rêve devenu cauchemar… Ce film de Saverio Costanzo se présente comme noir et explosif. Quant aux Postman white nights mises en scène par Andrei Konchalovsky, frère de Nikita Mikhalkov auteur d’une pléiade d’œuvres connues (Le Premier Maître, Sibériade, Maria’s lovers, Le Bayou, La Maison de fous), elles nous invitent à suivre la vie de plusieurs villages isolés dont le seul lien avec le monde extérieur demeure… un facteur. Un Lion d’argent du meilleur réalisateur a salué l’ordonnateur de ce récit.

Hungry heartsLe reste du palmarès est composé de films qui se présentent comme des contes étranges. Un Lion d’argent spécial du jury est venu couronner Sivas, de Kaan Müjdeci, histoire sombre de l’amitié entre un garçon et son chien dans la Turquie actuelle ; Rakhshan Bani Etemad, célèbre réalisatrice iranienne, a vu le scénario de son film Tales, coécrit avec Farid Mostafavi et mettant en scène sept personnes vivant dans des conditions sociales différentes, être distingué ; et si Le Dernier Coup de marteau, nouvelle réalisation d’Alix Delaporte (Angèle et Tony), a la forme d’un conte initiatique lumineux, celui-ci ne se greffe pas moins sur de tristes réalités, celle du cancer notamment. Romain Paul, son acteur principal, a en tout cas reçu le Prix du meilleur jeune interprète.

A part ces visions noires, que reste-t-il ? la réalité elle-même. Et elle fait mal. Sous la caméra de Chaitanya Tamhane, c’est le système judiciaire indien qui se trouve éreinté : Court repart avec le Prix du premier film (Prix Luigi de Laurentiis). Et le lauréat du Lion d’argent, Joshua Oppenheimer, poursuit son travail entamé en 2013 avec The act of killing : dans The look of silence, son nouveau documentaire, il confronte une famille survivante des massacres perpétrés en Indonésie en 1965, sur les opposants politiques, au bourreau qui assassina l’un des leurs. Non : cette année, ne comptez pas sur Venise pour vous faire goûter une douceur venue d’ailleurs. Elle n’a à vous proposer qu’une triste réalité.

Visuels : le Lion d’or © la Biennale di Venezia

Adam Driver et Alba Rohrwacher © Droits réservés

Visuel Une : visuel de la Mostra de Venise 2014

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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