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[Critique] « Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence » : un chaos frappant mais redondant

[Critique] « Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence » : un chaos frappant mais redondant

24 avril 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Roy Andersson, fidèle à son style carré, complète sa « trilogie des vivants ». Et signe un film plaisant aux thématiques fortes, dont on fait trop vite le tour… Un Lion d’or à Venise 2014 auquel manquent des ruptures de ton.

[rating=3]

Un pigeon perche sur une brancheAvant d’aller plus loin, sachez qu’il est empaillé, ce pigeon. C’est à un monde en faillite, pas vraiment drôle ni léger, que nous confronte Roy Andersson, dans son cinquième film. Nous voici dans une ville suédoise où toutes les institutions virent leurs membres. Dans laquelle évolue un duo à la Laurel et Hardy, cherchant à vendre dents de vampire, sacs à rire, et un produit très spécial « auquel ils croient ». Le but désespéré qu’ils se donnent étant de « redonner du rire aux gens »…

Les visages de nos « héros », affreusement pâles, et leurs lèvres pincées font peur. Leurs poches restent vides, évidemment. Plus de rire, plus d’argent dans cette Suède. Les riches, eux, rencontrent la mort… Tout va tellement à vau-l’eau que des failles temporelles semblent se créer

Un pigeon perche sur une branche 2L’arme de notre réalisateur, pour rendre digeste ce chaos ? Des plans fixes. Expérimentés dans ses deux précédentes réalisations, Chansons du deuxième étage (2000), et Nous, les vivants (2007). La caméra plantée dans un bar, mille soldats peuvent passer dans le fond ; un voyage dans le temps peut se produire sans effet spécial ; et surtout, les détails nous assaillent. L’objectif de Roy Andersson passe dix minutes sur chaque action, et partant, hypertrophie tout. De là provient un comique absurde, parfois inquiétant. Et à la fin, une question surgit : « a-t-on le droit d’utiliser des hommes pour son propre plaisir ? » Elle paraît guider tout le film…

Mais cette immobilité de la caméra devient rapidement contraignante. Même si les acteurs, remarquables, donnent beaucoup d’humanité aux figures qu’ils incarnent, un rythme s’imprime. Qu’aucune rupture ne viendra déranger. Certaines scènes sont plus courtes, et quasi muettes. Elles passent trop vite pour qu’on se sente concernés… Ce style tranché aboutit à un film plaisant, aux thèmes forts, qui ne bouleverse hélas pas. Quant à ceux qui connaissent le ton Andersson… seront-ils lassés ? ou au contraire, trouveront-ils dans ce film de nouvelles ouvertures ? A chacun de s’approprier ce Pigeon… comme il l’entend. Il semble quelque peu fait, réalisé pour ça.


Bande-annonce : Un Pigeon perché sur une… par

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, un film de Roy Andersson. Avec Holger Andersson, Nils Westblom, Viktor Gyllenberg, Lotti Törnros, Ola Stensson. Comédie dramatique suédoise. Durée : 1h40. Sortie le 29 avril.

Visuels : © Neue Visionen Filmverleih

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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