Cinema
Deauville, jour 1 : Deux films noirs en compétition, le Majordomme et Blue Jasmine

Deauville, jour 1 : Deux films noirs en compétition, le Majordomme et Blue Jasmine

31 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

La journée qui avait commencé par un petit crachin agréable s’est transformée en jour de soleil somptueux qui a encore renforcé le glamour d’un tapis rouge très bien fréquenté en ce premier jour complet de compétition du 39ème festival du film américain de Deauville. Si Peter Soderbergh a dû annuler sa masterclass, Hollywood a bien répondu présent à l’appel de la Normandie.

La journée a commencé à 10h dans le hall déjà vibrant de l’hôtel Royal où nous avons pu rencontrer le jeune et talentueux David Lowery. Cinéphile patenté, entièrement dévoué à son art, M. Lowery est un intellectuel qui se pose des questions existentielles, même un samedi matin de décalage horaire. Propos passionnants à découvrir dans notre interview. Note : le film de David Lowery en compétition « Les amants du Texas » est projeté au CID vendredi prochain.

A 11h, nous avons fait le choix (tragique hélas !) de laisser de côté la projection presse du « Majordomme », de Lee Daniels, que nous espérions voir au CID le soir, pour commencer directement avec le premier film de la compétition : « Blue Caprice ». Elégant et français expatrié Alexandre Moors est venu sobrement présenter son film, très noir et très bien joué. A travers l’histoire d’un jeune-homme de 16 ans abandonné (Tequan Richmond) et de son adoption par un homme en colère qui a été séparé de ses enfants par un divorce houleux (Isaiah Washington, qui a quitté avec talent sa veste de Docteur Burke dans Grey’s Anatomy pour endosser une paternité lourde de symbole). A mesure que le lien s’enracine entre l’enfant et l’adulte, la colère grandit et mène à un entraînement de soldat de l’apocalypse. Paysages somptueux et acteurs excellents, « Blue Caprice » balbutie encore, question rythme. Si l’intrigue n’est pas follement originale, le résultat est élégant et très déprimant.

Après une petite pause déjeuner des plus agréables, l’après-midi offrait un deuxième film noir en compétition : « A single shot » de David M. Rosenthal (qui s’est prêté au jeu de la présentation du film) est l’histoire d’un homme que la vente de la ferme de ses parents et le divorce pousse à la limite du malheur et de la pauvreté. Un accident de braconnage l’amène à tuer une adolescente et à découvrir un pactole qui fera de lui une proie. Porté par le charismatique Sam Rockwell (la Ligne verte, Confessions d’un homme dangereux) et sublimé par une image d’un bleu glacé, ce deuxième film au rythme bien mené résonne avec celui de la matinée, avec peut-être plus de savoir-faire dans la violence sourde du mal de vivre.

Nous avions fait le choix de ne pas voir le Majordomme en projection presse pour le voir avec le public à 17h00, Mal nous en a pris, car même sans tout son glorieux casting (Mariah Carey, John Cusack, Jane Fonda, Cuba Gooding Jr., Lenny Kravitz, Melissa Leo, Vanessa Redgrave, Alan Rickman, Liev Schreiber, Forest Whitaker, Robin Williams et Oprah Winfrey), le film qui a fait verser une larme à Barack Obama a créé l’émeute. Une demi-heure avant le début de la projection, la file était tellement longue que moins d’un tiers des aspirants spectateurs munis de leurs badges ont pu entrer. On tentera de se rattraper mais ne vous livrerons pas les photos de Forest Whitaker et de Lee Daniels, le talentueux réalisateur de ce film à succès, qui avait également signé »Precious » et « Paperboy« . Le film repasse au Morny demain dimanche 1er septembre, à 21h00.

Nous avons donc transformé notre déconvenue en verre en terrasse, suivi de la projection d’un des fameux « Docs de l’oncle Tom » : « Seduced and abandonned » est un joyeux projet de l’acteur Alec Baldwin et du réalisateur James Toback, qui partent pour l’édition 2012 su Festival de Cannes en espérant lever des fonds pour un remake du Dernier Tango à Paris (avec Baldwin et Neve Campbell dans les rôles principaux). On passe ainsi dans les coulisses du festival, avec des interviews vraiment truculentes de Bertolucci, Ryan Gosling et surtout Avi Lerner très « cash » au cœur du marché du film !). Mais le propos hésite entre un éloge du festival de Cannes, une démonstration de la difficulté de lever des fonds, une enquête sur les relations acteur-réalisateur et un ego-trip assumé de Alec Baldwin). On a envie de dire au réalisateur comme à un étudiant de première année remettant sa dissertation : « Vous n’avez pas problématisé ! ». Ce qui n’enlève rien au capital sympathie du tandem.

Ce soir, c’est Cate Blanchett, à l’honneur à cette 39ème édition du festival de Deauville, qui a certainement créé l’hystérie pour la projection de l’avant-première de l’excellent Woody Allen. On l’avait déjà vu à Bruxelles, où il est sorti, on vous livre donc ici notre critique du film « Blue jasmine » et filons nous changer pour une agréable soirée de fête américaine made in Normandie.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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