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Cannes, jour 9 : Garrone et Chang-dong, sacre à la Semaine de la Critique et rendez-vous avec Travolta

Cannes, jour 9 : Garrone et Chang-dong, sacre à la Semaine de la Critique et rendez-vous avec Travolta

17 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

Entre le numéro de charme de John Travolta et le palmarès de la Semaine de la critique, ce dernier mercredi de compétition cannoise a été intense.

La journée a commencé avec un film de la compétition difficile à saisir : long de près de deux heures trente et fonctionnant comme une série d’énigmes farfelues et cul dans un Los Angeles immature comme un adolescent des années 1990, Under the silver lake de David Robert Mitchell nous a perdus.

À 11h30, direction la semaine de la critique où nous avons vu avant sa projection en clôture du soir Guy, la comédie douce-amère d’Alex Lutz sur un chanteur vieillissant. Également acteur de son film, Lutz est venu le présenter en présence d’Élodie Bouchez.

À 11h45, la quinzaine des réalisateurs nous emportait dans la campagne chinoise avec The Pluto moment, la longue marche d’un réalisateur en quête d’inspiration pour son prochain scénario. Accompagné d’une petite équipe de film, ce réalisateur a pour objectif de filmer des chants folkloriques qu’il cherche désespérément à entendre dans les montagnes de l’Ouest du pays. Pendant près de deux heures, le spectateur suit donc cette errance assez calme et peut aussi la subir. L’intrigue se reposant sur quelques facteurs dynamiques, le reste ne permet pas au spectateur de s’accrocher pleinement. Mais l’esthétique du film de Ming Zhang et le travail sur le son est incroyable. C’est surtout ça que l’on retiendra.

À 15h, on reste en Asie à la Quinzaine des réalisateurs avec Mirai, ma petite sœur de Mamoru Hosoda. Le réalisateur de Les Enfants Loups ou Le Garçon et la bête, revient avec un film d’animation à hauteur d’enfant. Un film beau, féerique et ingénieux. Si la partie sur la vie familiale reste assez classique dans son traitement, l’imaginaire de ce jeune enfant est le plus réussi. Les passages dans ce monde fantastique, où se mêlent passé et futur, sont magnifiques. Ils permettent au film de prendre son envol et de nous émerveiller. Un nouveau film du Japonais qui nous fait voyager et retomber en enfance.

Dans le même temps, une partie de la rédaction est allée à la rencontre du coiffeur perruquier Gérald Portenart. Réalisé en partenariat avec l’ICART, l’école du management de la culture et du marché de l’art, cet entretien hors du commun nous permet d’en savoir plus sur le monde des coiffures et transformations au cinéma !

Sur la plage de l’hôtel Majestic, à 15h, on a pu par ailleurs réaliser une interview vidéo avec un directeur de la photographie désormais légendaire : Edward Lachman. Actif sur des films dirigés par Sofia Coppola, Larry Clark – avec lequel il a co-signé Ken Park – Todd Haynes (sur Le Musée des merveilles, par exemple), ou Ulrich Seidl, il se voit, en 2018, distingué par l’Hommage Angénieux, qui couronne à Cannes la carrière d’un grand directeur de la photo. On a pu parler avec lui de ses influences, et de son rapport au Festival.

À 16h45, Cannes avait rendez-vous avec un mythe. Alors qu’il venait célébrer les 40 ans de Grease, John Travolta était l’invité de marque du festival de Cannes. Modeste, adorable et heureux d’être là, dans la salle, avec Randal Kleiser, le réalisateur du film, il est revenu sur ses débuts, sur ce que Grease lui a permis de devenir comme acteur et danseur, et sur la manière dont il a été touché par la passion de Benicio del Toro pour le film. Il a dit son admiration pour trois actrices importantes dans sa vie : sa mère, sa femme et sa sœur Helen. Il a expliqué comment Brian de Palma l’a mis en face de ses responsabilités d’acteur, comment John Woo l’a poussé dans ses retranchements. Avouant avoir besoin de prendre des risques pour se sentir en vie, il a déclaré qu’aucun travail n’est sûr, même employé de bureau. Qu’il faut faire ce qui semble important, même si c’est choisir d’être acteur et que cela peut faire peur. Il a aussi parlé de son travail avec d’autres acteurs sur les plateaux pour essayer de les aider à se débloquer. « Les acteurs sont ma famille », a-t-il déclaré sous les applaudissements du public avant de revenir sur son travail, sur la manière dont il endosse des rôles sans juger les personnages, puisqu’un personnage, d’après lui, fait toujours du mieux qu’il peut à un moment donné.

La fin d’après-midi nous a permis de nous rendre une fois de plus au sein de la section Un Certain Regard pour y découvrir Sofia, film de Meryem BenM’Barek situé au Maroc, qui suit une jeune fille enceinte, gravement menacée si elle ne trouve pas d’homme apte à endosser la paternité de son enfant. Un film à la mise en scène dure et sobre, marquant.

À 18h45, nous avons pu découvrir le palmarès de la semaine de la critique que nous vous invitons à découvrir ici ! La section parallèle de Cannes nous a offert une merveilleuse sélection de films cette année. Nous avons traversé la guerre avec Chris the Swiss, découvert le « racisme des classes » avec Sir, pleuré de rire avec Diamantino, traversé les paysages islandais avec Woman at war, découvert la difficulté de la vie de famille avec One day et Nos batailles, et plongé au cœur de la prostitution avec Sauvage et Shéhérazade… La majeure partie des films présentés était tout simplement excellent.

Du côté de la compétition, nous sommes entrées dans les coulisses de la sexualité et des fantasmes d’une jeune écrivain coréen avec Burning de Lee Chan-Dong.

Un petit rayon du soir nous a permis d’avoir un coucher de soleil magique sur la Terrasse Mouton Cadet pour une Garden Party élégante et raffinée, où le verts était le mot d’ordre, les cocktails et les sushis faits devant nous un chef délicieux et l’ambiance, follement dansante.

Enfin, nous sommes allés célébrer le beau Palmarès de la Semaine de la Critique sur la Plage Nespresso pour une chaleureuse soirée de clôture où les premiers pronostics de palmarès ont circulé.

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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