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Cannes 2018, en compétition : « Under The Silver Lake », les rêveries d’un chômeur solitaire

Cannes 2018, en compétition : « Under The Silver Lake », les rêveries d’un chômeur solitaire

17 mai 2018 | PAR Alexis Duval

David Robert Mitchell revient sur la Croisette avec Under The Silver Lake, un troisième long-métrage visuellement réussi, mais dont la dimension hallucinatoire se révèle parfaitement vaine et agaçante.

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En 2010, il était venu présenter son premier long-métrage, The Myth of The American Sleepover, à la semaine de la critique. En 2014, il avait fait son retour à l’espace Miramar avec It FollowsPour son troisième film, le cinéaste américain David Robert Mitchell revient à Cannes, cette fois en sélection officielle. Under The Silver Lake, c’est l’histoire de Sam, 33 ans. Chômeur depuis un certain temps, il fait face à de gros problèmes d’argent et se trouve sous la menace d’une expulsion de son appartement de Los Angeles. Une de ses voisines, dont il vient de faire la connaissance, disparaît dans de mystérieuses circonstances. Sam se lance seul sur les traces de la jeune femme…

La Cité des anges, ton univers impitoyable. Usine à rêves, fabrique d’icônes et de symboles, la capitale californienne continue d’être au cœur de bien des fantasmes. Los Angeles charrie avec elle toute une mythologie pop qui s’enrichit de chanson en chanson, de livre en livre, de film en film. Under The Silver Lake en constitue une nouvelle contribution. Sous la forme d’un film noir, David Robert Mitchell revisite tous les hauts lieux de la ville, que tant de productions cinématographiques américaines ont rendus célèbres : l’observatoire astronomique Griffith (vu dans La Fureur de vivre et plus récemment, dans La La Land), les lettres de Hollywood posées à flanc de colline, Echo Park…

Le terrain référentiel va loin : la mère de Sam est une grande fan de Janet Gaynor, star du cinéma des années 1920 et 1930, une des rares à avoir sauté le pas avec succès entre le muet et le parlant. La musique, elle, multiplie les effets dramatisants comme autant de clins d’œil ironiques aux films de Billy Wilder, Boulevard du crépuscule ou Assurance sur la mort pour ne citer qu’eux. Sans oublier l’appartement de Sam, situé au numéro 23 de sa résidence – un nombre premier qui suscite les théories les plus farfelues des conspirationnistes de tout poil. Le film joue à fond la carte de la pop culture.

Miroir déformant d’une réalité déjà déformée

Sam, interprété par Andrew Garfield, n’est qu’un exemple parmi les légions d’hommes et de femmes qui ont voulu tenter leur chance dans l’industrie du divertissement sans y parvenir. Under The Silver Lake peut donc être vu comme un miroir déformant d’une réalité déjà déformée. En somme, la face B de La la land, cette success story comme il en existe si peu. Si la construction, fort ambitieuse, est plutôt bien menée (une enquête à clés à travers la ville) et si une armada de références est convoquée et flatte le cinéphile, le film ne rime pas à grand-chose sur le fond et s’apparente à un ramassis vaguement ésotérique qui finit par agacer. Un bel objet qui sonne creux.

Et à quoi bon prendre une voie que David Lynch a déjà transfigurée avec Mulholland Drive il y a plus de quinze ans ou que, plus récemment, Paul Thomas Anderson a explorée avec Inherent Vice ? On en est très loin. Visuellement stimulant, le film tire sur la longueur (2 h 20 tout de même) pour un résultat vain et vaniteux. Under The Silver Lake ressemble davantage à un succédané de Gregg Araki dans lequel l’acide et la frénésie qui semblent avoir inspiré l’écriture auraient été remplacés par les hallucinations ramollissantes consécutives à une consommation de champignons, d’opiacés ou de haschich.

Under The Silver Lake, film de David Robert Mitchell, avec Andrew Garfield, Riley Keough et Topher Grace, présenté au festival de Cannes, en compétition officielle. Durée : 2h19. Sortie française au cinéma : le 8 août 2018.

Visuels : Le Pacte 

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

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