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[Cannes 2017, Compétition] « Wonderstruck », belle épopée pour jeunes héros, entre plusieurs genres

[Cannes 2017, Compétition] « Wonderstruck », belle épopée pour jeunes héros, entre plusieurs genres

19 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Entre puzzle sensoriel et mélodrame, et avec en son cœur une intrigue façon film initiatique avec des héros jeunes, la nouvelle réalisation de Todd Haynes parvient à tenir ses paris avec talent.

[rating=4]

 

Wonderstruck commence comme un puzzle. En 1977, le tout jeune Ben habite, sans ses parents, au bord d’un lac. En 1927, la toute jeune Rose, petite fille sourde, vit loin de sa mère actrice, avec un père sévère. Dans un monde traduit à l’écran en noir et blanc, et sans paroles. D’emblée, Todd Haynes, désormais très reconnu en tant qu’auteur, marque un point : il met en parallèle deux époques et suggère que leurs habitants percevaient la réalité de manière très différente. Juste et bon. Quelques scènes de rêve, et une narration un peu éclatée, nous entraînent…

La jeune Rose est sourde. Le jeune Ben va le devenir. Ces deux enfants – incarnés par les remarquables Oakes Fegley et Millicent Simmonds, doués d’une petite ressemblance un peu troublante – seront en fait les protagonistes d’une vaste histoire… Au cours de laquelle on croisera une Julianne Moore assez intense, le temps de quelques belles scènes. Et d’autres interprètes de grands talents, au sein de la distribution.

A bien des titres, Wonderstruck reste une œuvre cohérente. Et très ambitieuse : lorsqu’elle propose de saisissants contrastes sonores – tel le réveil du jeune Ben dans une gare routière de New York, qui succède à une scène muette avec Rose – elle accroche. Elle tente des choses. Et son thème demeure très original. On aime, aussi, la fuite un peu rageuse que le film offre aux deux jeunes et la belle balade dans New York – et ses musées – qui suit. L’œuvre avance sur un fil tendu entre le mélodrame, l’expérience artistique et… le film d’aventure avec de très jeunes héros. Le mélange, un peu improbable, arrive parfaitement à tenir. On pense à Spielberg, à certains moments, mais aussi à bien d’autres artistes…

Certes, la musique, trop présente, étouffe en pas mal de moments l’aspect sensible, sensitif, du film : on admire alors plus qu’on ne ressent. Malgré des pics de folie, à la manière de la reprise façon sud-americaine de Ainsi parlait Zarathoustra… Très doué, Todd Haynes parsème cependant Wonderstruck de quelques longueurs, et de quelques petits effets un peu lourds, qui étouffent,  de temps à autre, la réussite. Sa proposition, très originale, affiche ainsi quelques défauts, quelques complaisances… Mais le film parlera dans son entièreté à certaines sensibilités. Et puis, on gardera précieusement en mémoire la belle attention qu’il arrive à accorder à un thème émouvant : les musées, intérieurs comme physiques, et les « cabinets de curiosité » personnels…

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Visuel : affiche américaine de Wonderstruck

Visuel Une : © Metropolitan FilmExport

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

One thought on “[Cannes 2017, Compétition] « Wonderstruck », belle épopée pour jeunes héros, entre plusieurs genres”

Commentaire(s)

  • couder antoine

    très bon titre !

    mai 23, 2017 at 21 h 16 min

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