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Cannes 2018, Semaine de la critique : « Shéhérazade », entre prostitution et amour dans les quartiers Nord de Marseille

Cannes 2018, Semaine de la critique : « Shéhérazade », entre prostitution et amour dans les quartiers Nord de Marseille

12 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Le sexe est à l’honneur cette année au Festival de Cannes avec A genoux les gars, Sauvage et Shéhérazade. Entre brutalité du réel et amour contrarié par la représentation des prostituées, le film de Jean-Bernard Marlin et présenté en séance spéciale de la Semaine de la critique, est, sous ses airs de docufiction sur les jeunes travailleuses du sexe des quartiers Nord de Marseille, un Emile sentimental contemporain.

Connaissez-vous l’histoire de la conteuse des Mille et une nuits, Shéhérazade (qui signifie « enfant de la ville ») ? Le roi perse Shahryar, furieux de sa femme infidèle, la fait exécuter et décide d’épouser chaque jour une vierge qu’il tue le lendemain matin, après la nuit de noces. Quand vient le tour de la conteuse, celle-ci décide de lui raconter une histoire qu’elle ne termine pas. Le roi, souhaitant connaître la suite, décide de la laisser en vie jusqu’à la fin du conte. Un stratagème qui dure mille et une nuits et qui le pousse à abandonner son exécution, reconnaissant ses qualités de cœur et d’esprit.

Un choix de titre judicieux de Jean-Bernard Marlin qui raconte l’histoire d’un adolescent peu fréquentable de Marseille, Zachary, qui, après être sorti d’une prison pour mineurs, devient proxénète. « Je respecte les femmes, pas les putes », dit le personnage à Shéhérazade, une jeune prostituée de son âge qu’il rencontre au début du film. Mépris et insultes, tel est le quotidien de cette jeune fille (et de toutes les autres) au grand cœur, qui vit dans une chambre miteuse en colocation avec une transsexuelle et qui fait le trottoir dans les quartiers populaires de la cité phocéenne. Au fur et à mesure du film, le protagoniste tombe pourtant amoureux d’elle, au point de sacrifier sa liberté et de se mettre en danger pour la protéger.

Shéhérazade est une histoire d’amour romanesque, qui fait évoluer son personnage central vers une plus grande ouverture d’esprit et indulgence vis-à-vis non seulement des prostituées, mais aussi des transgenres. Son dégoût pour la colocataire de sa petite amie se transforme en bienveillance et les propos qu’il tenait au début du film vis-à-vis de Shéhérazade lui sont de moins en moins certains. Zachary est un adolescent qui devient adulte, qui assume ses actes et ses responsabilités et qui se dégage des préjugés : alors qu’il ne voulait pas admettre son amour pour elle, il finit par le dire : « C’est ma femme. » Belle manière de dire que prostitué(e) peut rimer avec relation amoureuse.

En faisant jouer de jeunes comédiens non-professionnels originaires de Marseille, le réalisateur joue la carte du réalisme à fond, en plus de leur propre témoignage qui a aidé à la construction du film. Les acteurs incarnent en effet à la perfection ces adolescents de Marseille… car ils sont, dans une certaine mesure, à travers leur langage et leurs gestes principalement, leurs personnages. Outre l’histoire d’amour entre les deux protagonistes, Shéhérazade est le portrait de cette jeunesse des quartiers Nord, pris dans la drogue, la prostitution, et autres problèmes.

Shéhérazade, film réalisé par Jean-Bernard Marlin, avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Sofia Bent, Nabila Bounab, Kader Benchoudar et Nabila Ait Amer, présenté au Festival de Cannes, durant la Semaine de la critique. Durée : 1h46. Sortie française au cinéma : prochainement.

Visuels : ©Jonathan Ricquebourg

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Aurore Garot

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