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Cannes 2018, Semaine de la critique : « Sauvage », portrait brutal et tendre d’un jeune prostitué

Cannes 2018, Semaine de la critique : « Sauvage », portrait brutal et tendre d’un jeune prostitué

11 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Le réalisateur français Camille Vidal-Naquet capture avec justesse une réalité dérangeante et brutale, celle de la prostitution masculine, pour en faire le cadre d’un personnage amoureux, candide, doux, solaire… Et Sauvage

Pour son premier long-métrage, Camille Vidal-Naquet plonge dans le monde de Léo (Félix Maritaud), jeune homme de 22 ans, prostitué non pas pour l’argent mais pour l’amour et le plaisir. Il erre dans la ville, dort sur le trottoir, fume du crack, attend des clients au bord de la route avec ses collègues, fait l’amour avec un type en fauteuil roulant, se soumet à un couple homosexuel cherchant un dominé, et prend dans ses bras un vieil homme qui se sent seul dans son lit… parce qu’il en a envie. Il vit dans son propre monde dans lequel il est libre de faire ce qu’il veut quand il veut, sans codes, sans morale, sans chaînes.

Mais qui est-il ? Un être léger, tendre, insouciant, insaisissable, profond, en détresse et primal. Sa liberté totale, quoiqu’impressionnante et admirable, est surtout inquiétante. Sa situation ne le choque pas, même quand certains de ses clients le malmènent et abîment son corps qui se dégrade de plus en plus, du fait des produits illicites qu’il consomme par ailleurs. Dans ce monde marginal et sombre, Léo est un ovni, un rayon de soleil qui ne cesse de briller par son énergie et sa tendresse.

La force de Sauvage est ainsi cette confrontation dans la mise en scène, d’abord entre la violence de cette activité peu commune et la douceur et la légèreté d’un jeune homme en quête d’amour, mais également entre la détresse et la béatitude. Mais cette contradiction n’aurait pas pu toucher, fasciner et piquer le spectateur sans l’aide de Félix Maritaud, découvert dans 120 battements par minute de Robin Campillo, qui incarne le protagoniste avec brio, après des séances de travail très difficiles, mais nécessaires pour produire un film au plus proche du réel.

Le corps, outil de travail des prostitués

Car pour arriver à un tableau si réaliste de ce monde de la prostitution masculine, notamment sur la mécanique du corps à louer, Camille Vidal-Naquet est parti à la rencontre, par le biais d’une association, de prostitués du bois de Boulogne, pendant trois ans, pour faire un véritable travail de documentariste. Des recherches qui s’illustrent très clairement dans son premier long-métrage à travers le jeu des acteurs-prostitués et de leur façon de se tenir, de leur impudeur professionnelle,  de leur liberté machinale du corps et de leurs problèmes d’hygiène et de santé.

Dès la première scène du film, Camille Vidal-Naquet fait comprendre qu’il ne passe pas par quatre chemins pour aller droit au but : Léo se fait étrangement ausculter, puis masturber par un médecin qui se révèle être un de ses clients. Une entrée en matière surprenante, reflétant le désir du réalisateur de ne rien cacher, de la fellation à la sodomie, en passant par l’image d’un énorme plug anal accompagné de lubrifiant. Les âmes sensibles pourront sûrement s’offusquer de tant de nudité et de relations sexuelles. Mais il est difficile de parler de manière réaliste de la prostitution et du rapport au corps, sans que celui-ci soit présent.

Sauvage est un film fort, touchant, drôle parfois, qui réussit à nous offrir un moment de paix dans un cadre sombre, grâce à une mise en scène intelligente et percutante et à l’incroyable jeu de Félix Maritaud.

Sauvage, film réalisé par Camille Vidal-Naquet, avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Nicolas Dibla, Philippe Ohrel, Marie Seux, Lucas Bleger, Camille Müller, Philippe Couerre et Jean-Pierre Basté, présenté au festival de Cannes, durant la semaine de la critique. Durée: 1h37. Sortie française au cinéma : le 22 août 2018.

Visuels : ©Jacques Girault

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