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Dossier l’école au cinéma : retour sur les films de classe, d’élèves et de profs

Dossier l’école au cinéma : retour sur les films de classe, d’élèves et de profs

26 juin 2015 | PAR Gilles Herail

Toutelaculture s’interroge à l’aube des grandes vacances (et de la sorties des Profs 2 de Pef avec Boulard / Kev Adams) sur la représentation culturelle de l’école et de l’éducation. Le cinéma a très souvent utilisé le terrain scolaire, car le collège et le lycée, les expériences et les émotions qu’ils génèrent,  fascinent toujours autant. Dossier.

L’école fait partie des marronniers préférés des médias. Car son organisation rythme l’année. La rentrée, les vacances scolaires, les congés d’été. Elle institue également des rites de passage dans la vie de chacun : le brevet, le BAC, les amis, les premières expériences amoureuses. L’école est au cœur de polémiques : les programmes, les grèves, les profs, le harcèlement scolaire, l’interdiction du voile, la mixité sociale, la méritocratie. L’école est cet espace symbolique qui dépasse le bâtiment physique et l’instrument pratique de transmission de connaissances. C’est un lieu de projection, de fantasmes, de souvenirs, d’émotion. Un terrain de jeu passionnant que le cinéma a très souvent investi, dans des genres et avec des angles très différents.

profsLa comédie française adore ses films de profs et d’élèves. Et beaucoup de classiques multi-diffusés prennent place dans un établissement scolaire. On se souvient bien sûr de P.R.O.F.S (avec les tous jeunes Luchini et Bruel), des Sous-Doués (qui a inspiré des générations de tricheurs) ou encore du Plus beau métier du monde avec le duo Depardieu/Laroque. La comédie scolaire est toujours à la mode et les années 2000 ont continué de produire à la pelle de nouveaux ersatz : Les Profs 1 et 2, Les Irréductibles, La vraie vie des profs, l’Ecole pour tous, A toute épreuve etc. Le cinéma français s’amuse de ses enseignants et du passage du BAC mais reste plus discret dans la chronique adolescente au collège/lycée, peu représentée (LOL et des Beaux gosses).

21jumpCar ce terrain reste une chasse gardée d’Hollywood qui a multiplié les « highschool movies ». Leurs histoires de puberté et de premières fois. Et surtout l’expérience d’une société millimétrée, ultra-réglée où un seul faux-pas peut ruiner tout espoir d’intégration. De nombreux films s’amusent de ces codes sociaux drastiques qui différencient les élèves populaires des mis à l’écart, (un système parodié avec talent dans 21 Jump Street). Le lycée est vu à travers la vie de campus, les compétitions sportives, les pom-pom girls, les orgies alcoolisées, l’obsession de la perte de sa virginité. Un lieu central du passage de l’adolescence à l’âge adulte qui nous a valu des petits chefs d’œuvre comme Clueless et bien sûr les inévitables Mean Girls et American Pie.

espritMais la représentation à l’écran ne se limite pas aux teen-movies pour ados et aux comédies familiale La classe est aussi représentée comme un lieu d’espoir où un prof charismatique peut sauver des jeunes de quartiers populaire, les aider à s’en sortir. Dangerous Minds (Esprits Rebelles) avec Michelle Pfeiffer et l’indémodable BO de Coolio (Gangsta Paradise) reste la référence incontestée du genre. Copiée (Ecrire pour Exister ), parodiée (Bad Teacher avec Cameron Diaz), réinterprétée dans l’excellent Les héritiers avec Ariane Ascaride (une classe de ZEP qui passe le concours national de la résistance et de la déportation). Le Prof peut parfois aussi éveiller les consciences, ouvrir le champ des possibles, questionner les ados et les faire grandir : c’est Le Cercle des poètes disparus et l’inoubliable rôle de Robin Williams.

halfnelsonDe nombreux films indépendants questionnent le rapport à l’école pour mettre en lumière les questions sociales qui traversent les sociétés développées. Pour le meilleur avec L’esquive de Kechiche, donnant un autre visage de l’école en banlieue ou le très beau Half Nelson avec Ryan Gosling. Ou encore dans le traumatisant Detachment avec Adrian Brody. Avec un peu moins de finesse dans le très surestimé Precious plongeant les bras ouverts dans le pathos criard et le misérabilisme à outrance. Et avec La journée de la jupe qui avait le mérite de parler du sexisme dans les classes mais tombait malheureusement dans le théâtral grotesque.

Le cinéma du réel s’est aussi souvent intéressé à l’éducation nationale. En s’inspirant d’un étrange fait divers dans 17 filles suivant une classe où plusieurs camarades décident de tomber enceinte en même temps. En brouillant la frontière entre réalisme et fiction sous la caméra de Laurent Cantet pour Entre les murs et son expérience en immersion dans une classe. Le genre documentaire s’est également intéressé à l’école, dès la maternelle pour Etre et avoir ou la pépite Ce n’est qu’un début (suivant une expérimentation d’ateliers philos chez les tous petits). Et plus récemment dans une classe pas comme les autres dans La Cour de Babel, documentaire passionnant et bouleversant de Julie Bertuccelli sur une classe d’intégration pour enfants étrangers de tous les pays du monde, venant d’arriver en France.

carrieL’école peut aussi être violente. Un lieu inquiétant, parfois traumatisant. Porteur de tension, de frustration, de souffrance, de noirceur. Carrie de Brian de Palma s’intéressait à la mise à mort sociale d’une adolescente désespérée, humilié, poussée à bout par ses camarades. Libérant toute sa rage dans une vengeance apocalyptique et un bain de sang meurtrier en plein bal de fin d’année. Gus Van Sant traitait avec Elephant les heures précédant le massacre du lycée de Colombine. Filmant les inquiétants couloirs d’un campus fantomatique, peuplé d’élèves mal dans leur peau, déambulant à l’infini dans un labyrinthe étouffant.

Qu’elle soit représentée de manière nostalgique ou associée à une mémoire douloureuse, porteuse d’espoir ou au contraire de résignation et de déterminisme, traitée sérieusement ou sur le ton de la blague, l’école reste un formidable décor de cinéma. La forme est différente, du pensionnat britannique à la Harry Potter, au campus à l’américaine ou à la modeste salle de classe française. Mais la thématique reste une véritable source d’inspiration, au potentiel jamais démenti pouvant toucher tous les publics.

Gilles Hérail

Visuels et bande-annonce officiels.

Edito : Sacré Charlemagne
Fantasmes et réalités d’une réforme
Gilles Herail

One thought on “Dossier l’école au cinéma : retour sur les films de classe, d’élèves et de profs”

Commentaire(s)

  • Sonia

    Bravo pour ce très bel article !

    juin 27, 2015 at 15 h 40 min

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