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[CRITIQUE] « La Cour de Babel » Un film plein d’espoir, d’humour et d’émotion sur l’adolescence et l’intégration

[CRITIQUE] « La Cour de Babel » Un film plein d’espoir, d’humour et d’émotion sur l’adolescence et l’intégration

23 mars 2014 | PAR Gilles Herail

La Cour de Babel est une pépite. Un film populaire drôle, émouvant aux larmes, passionnant, qui divertit autant qu’il informe sans jamais donner de leçons. Un modèle du genre et un film à voir absolument. [rating=5]

Synopsis officiel: Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais… Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir…

Parlons un peu de cinéma avant de parler du fond. Le documentaire français sait mélanger l’humour et l’émotion, l’information et le divertissement. Avec des films connus comme Etre et Avoir et Solutions locales pour un désordre global mais aussi deux pépites passées inaperçues malgré leur très grandes qualités. Ce n’est qu’un début qui suivait une expérimentation pédagogique d’ateliers philo en classes de maternelles pour ouvrir le débat avec les enfants. Et l’incroyable Entre nos mains de Mariana Otero qui filmait avec la même énergie et l’esprit d’aventure d’un Indiana Jones la reprise d’une entreprise de lingerie en faillite par ses salariées ouvrières dans le cadre d’une société coopérative de production. La cour de Babel s’inscrit clairement dans leur lignée avec un sujet méconnu mais crucial et une même envie d’inviter le spectateur à réfléchir tout en lui proposant de vraies émotions et un « divertissement » de qualité. On rappellera aussi que Julie Bertucceli est la réalisatrice de L’arbre (avec Charlotte Gainsbourg) l’un des plus beaux films récents sur le deuil dans des paysages australiens se prêtant à l’onirisme.

Et cette Cour de Babel alors. Un film encore plus fort que ce que l’on pouvait s’imaginer. Qui raconte autant l’aventure humaine de ces classes d’intégration aux histoires pas banales qu’elle dresse le portrait de ce qu’est l’immigration. Car cette Cour de Babel est à l’image des migrants qui viennent en France. D’Afrique subsaharienne et du Maghreb, un peu. D’Europe, beaucoup. Mais aussi d’Asie et d’Amérique Latine. Pour des raisons différentes. Economiques pour certains (une mère irlandaise perdant son travail). Dans le cadre d’une demande d’asile et pour fuir des persécutions (un élève Serbe juif). Pour des situations familiales personnelles, un coup de foudre amoureux de deux parents étrangers et une décision de changement de vie. Ou pour fuir des maltraitances et l’impossibilité d’aller à l’école en tant que fille. Tous élèves de la classe ont des raisons différentes de maintenant être en France. Des raisons positives, négatives. Une décision de survie, d’amélioration de vie ou de changement de vie. Les parcours sont évoqués, par les enfants eux mêmes. Mais Julie Bertuccelli s’intéresse surtout et c’est la grande idée du film au présent et à l’après, plus rarement au passé.

Car cette classe regroupe des élèves avec des niveaux de français, écrit ou oral, très différents. Des situations de stress personnel et de choc psychologique encore plus éloignées. Et une intégration dans le nouveau pays plus ou moins difficile. Le film suit surtout les espaces de discussion à l’intérieur de la classe où les élèves sont invités à partager leur ressenti. Ce qui va et ne va pas. Les questions de langue, de culture, de religion. Le déracinement, le manque du pays d’origine, l’éloignement de la terre ou de la famille. Chacun écoute, interrompt, ne comprend pas toujours l’autre mais la parole est libérée. Et l’on partage aussi ses souhaits pour l’avenir. Car ces jeunes ne sont pas des adolescents comme les autres. Ils ont voyagé, ont du affronter l’incompréhension, la barrière de la langue. Et se posent des objectifs très élevés. Le film le montre avec une grande empathie. Cette soif de bien faire, de réussir, de ne pas décevoir des parents qui ont investi et changé leur vie souvent pour leur donner un meilleur avenir. Et La cour de Babel en parle extrêmement bien.

Julie Bertuccelli se paie même le luxe d’avoir une vraie structure dans sa manière de développer l’histoire. Avec un objectif final de projet de film scolaire initié par la maîtresse pour la classe. Qui a aussi du aider la réalisatrice en rendant sa caméra plus invisible. La Cour de Babel n’est pas un film pour cinéphiles, c’est un vrai film populaire. Qui parle bien sur de l’expérience de la migration et de ces classes d’intégration mais aussi plus généralement d’adolescence. Surtout dans sa dernière partie où les élèves commencent à former un vrai groupe. Où les sentiments, les rires, les colères et les pleurs sont exaltés. Renforcés par la difficulté de leur parcours personnel depuis l’arrivée en France, cette classe/famille de substitution prend un rôle émotionnel encore plus important. Un film à voir absolument.

Gilles Hérail

La cour de Babel, un documentaire français de Julie Bertuccelli, durée 1H30, sortie le 19 mars 2014

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Gilles Herail

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