Cinema
Ce n’est qu’un début: les enfants prennent la parole!

Ce n’est qu’un début: les enfants prennent la parole!

16 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

Se démarquant très nettement d' »Être et avoir », « Ce n’est qu’un début » se propose de suivre un projet pédagogique ambitieux: amener la réflexion sur des concepts abstraits dans une classe de maternelle, sous la forme « d’ateliers philo ». Un documentaire militant et enthousiasmant.

Commençons par quelques réserves. Moins cinématographique et « scénarisé » que le très beau Entre nos mains (encore en salle) de Mariana Otero qui suivait la création d’une coopérative ouvrière, Ce n’est qu’un début souffre de quelques lenteurs et d’une construction répétitive, une séquence = un thème, qui nuit au rythme de l’ensemble.  Les réalisateurs ont cependant pris en compte ce risque en insérant des séquences de transition qui peuvent paraître inutiles mais qui rajoutent un certain charme au film, notamment par l’utilisation de plans « inutiles »: Un « je t’aime Jocelyne » tagué sur un mur. Une peluche avec des lunettes posée par terre. Ces petits moments de répit nous placent dans un état d’esprit ludique similaire  à celui de ces enfants qui découvrent avec curiosité leurs ateliers de philo.

Au delà de quelques petites longueurs, l’expérience décrite dans le film est passionnante. Les réalisateurs Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier posent en effet leurs caméras dans une école de la banlieue parisienne où une innovation pédagogique est lancée à titre expérimental. Lors d’ ateliers « philo », les enfants sont invités à prendre la parole sur des thèmes généraux comme l’amour, la vie, la mort, l’amitié, l’amour, la liberté, les chefs… Tous les élèves participent, digressent, somnolent parfois mais petit à petit, un débat s’installe. On dit qu’on pense ceci ou cela, qu’on est d’accord ou pas, même si les mots manquent parfois pour formuler des idées claires. La maitresse en charge du programme tient un rôle d’équilibriste, arbitre pour recentrer les débats tout en s’effaçant le plus possible. Son action se résume surtout à faire expliciter les réactions et lancer des thèmes que les enfants doivent s’approprier pour tous participer.

Le début du film montre d’ailleurs les difficultés d’instaurer un tel dialogue . Ce n’est que petit à petit que les enfants prennent de l’assurance pour annoncer les prémices d’un débat. Quand on est petit, les références qui reviennent souvent sont le papa et la maman. Une petite fille qui veut expliquer ce qu’est l’intelligence ramène ainsi tout à la capacité de ne pas mettre le nutella au frigo ce qui range son père dans la catégorie des idiots et sa mère dans la classe des surdouées! Tout l’intérêt des ateliers philo est de poser des questions générales en les dégageant un peu du quotidien. Certains préjugés ressortent, des questions apparaissent d’elles mêmes (est-ce-que deux filles peuvent être amoureuses?), quelques uns aimeraient bien être blancs parce que les blancs sont plus « gentils ». Les ateliers sont ‘occasion de parler d’expériences personnelles, le sentiment de liberté d’une petite fille quand elle se retrouve au Sénégal.

On pourrait passer beaucoup de temps à interpréter les réflexions des enfants, surement très révélatrices. Mais au delà des réflexions régulièrement amusantes, parfois émouvantes, souvent pertinentes, c’est bien la création d’une discussion qui importe. L’introduction de la philo permet d’organiser un micro espace de débat où les règles de prise de parole, la défense de son opinion et le respect de celle de son camarade sont apprises. La philo permet de créer la « république » à l’école en tant qu’apprentissage de la vie en société et la confrontation d’idées différentes. Cohérents avec leur approche, les réalisateurs ont décidé de ne pas limiter leur montage à la salle de classe.  Certaines séquences suivent ainsi certains enfants chez eux où les questions de « philo » sont reprises avec les parents qui s’avouent souvent soulagés d’avoir un terrain un peu dégagé sur des thèmes difficiles.

Forcément politique, Ce n’est qu’un début est très inscrit spatialement. De nombreux plans interrompent les images de la classe pour situer l’univers urbain, la banlieue familiale, la forte proportion de minorités, le train qui relie à Paris, les différents lieux publics… Le début du film met en contraste des images urbaines  esthétiques  à des extraits sonores reprenant un certain discours médiatique stigmatisant mais aussi la déclaration de Xavier Darcos associant écoles maternelles à un rôle de gardiennage et d’organisation de la sieste.  Ce n’est qu’un début, en choisissant de manière non innocente un quartier très métissé qui fonctionne et un projet éducatif innovant dès le plus jeune âge apporte donc sa contribution sur le débat sur l’école. On vous le dit, le documentaire français, stimulant, plaisant et enrichissant est manifestement en grande forme.

Ce n’est qu’un début de Pierre Barougier et Jean-Pierre Pozzi

Gilles Hérail

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