Politique culturelle

Fantasmes et réalités d’une réforme

Fantasmes et réalités d’une réforme

26 juin 2015 | PAR Milena Landre

La réforme du collège portée par la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem entrera en vigueur à la rentrée 2016. La loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République prévoit que le collège unique soit repensé. Ce nouveau texte suscite depuis plusieurs mois un bras de fer entre enseignants, syndicats et politiques. Toute la Culture fait le point sur l’actualité de la réforme et décrypte les mythes et les réalités de celle-ci, au coeur d’une polémique qui ignore parfois l’essentiel.

Pour comprendre les modalités de cette réforme, il faut déjà la distinguer de la refonte des programmes qui doit entrer en vigueur au même moment. La réforme du collège s’attaque à la forme tandis que la refonte des programmes vise logiquement le contenu. L’une et l’autre déclenchent de vifs conflits qui opposent entre autres les « égalitaristes » et les « élitistes ». L’enjeu est essentiel pour une réforme qui tend à permettre aux collégiens de « Mieux apprendre pour mieux réussir ».

Les points essentiels de la réforme 

Changement des programmes, des pratiques d’enseignement, et organisation pédagogique : autant d’éléments sujets à une amélioration. La réforme a pour objectif de mener davantage une transmission et une intégration des valeurs de la République, de mieux enseigner les savoirs fondamentaux et former les élèves à d’autres compétences que celles qui sont traditionnellement enseignées. Mais concrètement, quelle sera l’application de cette réforme?

La maîtrise des savoirs fondamentaux est au coeur de la réforme. La formation de petits groupes de travail et les temps d’accompagnement personnalisés permettraient au professeur d’interagir plus avec les élèves. Autres points importants : le renforcement des langues vivantes et la préservation de l’enseignement du latin et du grec. Autre grande nouveauté : les EPI qui remplacent les itinéraires de découverte. Les EPI seront, contrairement aux itinéraires de découverte actuels, insérés dans le programme. Les élèves devront suivre des cours à travers 8 thèmes : Monde économique et professionnel, Langues et cultures de l’Antiquité, Langues et cultures étrangères/régionales, Culture et création artistique, Développement durable, Information Communication et citoyenneté, Corps Santé et sécurité et Science et société. Pour résumer, la réforme prévoit de renforcer le socle commun des connaissances tout en offrant des temps plus personnalisés aux élèves.

Un bras de fer pris entre les mythes et les réalités de la réforme

Politiques, enseignants et syndicats s’affrontent sur un terrain délicat qui soulève des questions comme l’inégalité entre les élèves ou encore les peurs identitaires. Selon un sondage IFOP pour SOS Education, association de parents de droite, 76% des profs estiment que la réforme va « niveler par le bas le niveau global des collégiens ». 61% des français seraient également opposés à cette réforme. La mesure la moins populaire? La suppression des classes européennes. Une mesure à laquelle s’attaquent également trois anciens ministres de l’éducation François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement et Luc Ferry dans une tribune publiée récemment dans la presse régionale aux côtés d’intellectuels comme Michel Onfray. Ces personnalités parlent de sacrifice des langues étrangères et plus particulièrement de l’allemand. En réalité, la réforme va mettre fin aux classes bilangues qui offrent aujourd’hui la possibilité aux élèves de 6e et de 5e d’apprendre deux langues vivantes, dès l’entrée au collège. La deuxième langue ne sera pas supprimée pour autant puisque la même réforme va imposer à tous les élèves un enseignement de LV2 et ce dès la 5e. La réforme entreprend donc d’ouvrir l’apprentissage d’une deuxième langue à la totalité des collégiens.

La refonte des programmes et notamment celui d’histoire déclenche également de vives critiques chez les détracteurs. Cette critique récurrente, indirectement liée à la réforme repose sur l’enseignement de l’islam et du christianisme. Les milieux d’extrême droite entretiennent le mythe du grand remplacement de l’histoire du christianisme au profit de l’histoire de l’islam. Un fantasme puisque l’histoire de la civilisation islamique est enseignée depuis une quarantaine d’année dans les collèges français. Ce module n’est donc pas une nouveauté. Par ailleurs, l’histoire de la chrétienté médiévale et des débuts du christianisme sera encore au programme, notamment celui de 6e. Symptôme des peurs identitaires, la perversion des programmes d’histoire relève du mythe puisque cette réforme n’apporte rien de nouveau en terme d’enseignement de l’islam.

Les Immortels de l’Académie Française ont également déclaré leur position anti-réforme en dénonçant « un affaiblissement des disciplines fondamentales, un mauvais coup porté à la langue française et un développement des inégalités ». Les membres de l’Académie Française appellent à reconsidérer les principes et les dispositions des réformes proposées. La disparition de l’enseignement des Lumières est également souvent citée. Ajoutons à cela une critique de la force de décision attribuée par cette réforme aux chefs d’établissements et aux équipes pédagogiques. Un point qui apparaît pourtant comme étant nécessaire pour penser à l’échelle des établissements qui seraient en conséquence plus adaptés aux élèves.

Cette grande réforme qui a déclenché le 11 juin un nouvel appel à la grève semble pourtant s’ensevelir sous le mythe d’un traitement uniforme au détriment d’un enseignement réaliste plus adapté aux collégiens. Uniformité ne signifie pas nécessairement égalité. Renforcement de l’autorité du chef d’établissement, programmes lourds, mise en place autoritaire de modules de cours. La réforme semble laisser les élèves moyens et en difficulté à la traîne. Si certains mythes et fantasmes nourrissent une certaine partie de l’opinion publique autour de cette réforme, elle n’échappe pas à une réalité : la lutte contre l’échec scolaire est un combat difficile dont la victoire ne réside pas uniquement dans les mesures de cette réforme. Mieux former les enseignants en terme de discipline, orienter professionnellement plus tôt les élèves en décrochage scolaire ou encore éviter la création d’interdisciplines fourre-tout comme les EPI qui risquent d’affaiblir les disciplines fondamentales pourraint être plus utiles à l’intérêt général et surtout celui des collégiens, qu’ils soient bons, moyens ou en difficulté.

Visuel : CC

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Milena Landre

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