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Detachment, un chef d’oeuvre noir signé Tony Kaye

Detachment, un chef d’oeuvre noir signé Tony Kaye

09 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Présente au festival de Tribecca et en compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville, « Detachment » ouvre sur la face sombre de l’enseignement aux États-Unis. Avec un Adrian Brody impeccable en remplaçant professionnel d’instituteurs en arrêt maladie et une image saccadée à couper le souffle. Sortie le 1ier février 2012.

Remplaçant professionnel et bon pédagogue, Henry Barthes (Adrian Brody) est muté pour trois semaines dans un lycée de la banlieue difficile de New-York. Malgré le talent d’éducatrice de la proviseure (Marcia Gay Harden), et les efforts de l’équipe pédagogique (poétique James Caan, professionnelle Lucy Liu en psy du lycée et douce Christina Hendricks), le lycée est en chute libre et l’enseignement s’apparente plus à de la discipline qu’à autre chose… Habitué à ce genre de situations, Henry Barthes prône le détachement et convainc ses étudiants que la littérature est le seul moyen de faire travailler son imagination pour ne pas se faire avaler tout cru par les images du systèmes. Mais lui même n’est pas aussi équilibré et détaché qu’il l’annonce. Alors même que son grand-père (qui l’a élevé est entrain de mourir), Henry se prend d’affection pour une toute jeune prostituée qu’il héberge chez lui (rayonnante Blythe Danner). Sa générosité risque de lui couter cher, d’une part parce qu’une de ses étudiantes artiste tombe follement amoureuse de lui et voit en Henry sa seule planche de salut, et d’autre part parce que la jeune femme qu’il a secourue s’attache follement vite et s’installe.

Absence des parents, violence de gamins auxquels rêver n’est même plus permis, fatigue des enseignants jamais remerciés pour leur implication et violentés par leurs élèves, climat de méfiance où la moindre marque de chaleur humaine peut être interprétée comme une tentative de harcèlement sexuel, tout le problème de l’enseignement secondaire – aux États-Unis mais cela pourrait être également vrai pour la France – est représenté dans ce film. Et tous ces éléments apparaissent avec naturel et sans lourdeurs dans le fil d’une intrigue psychologique qui cherche à percer à jour – ou du moins en demi-ténèbres- la personnalité à la fois solide et fragile du héros. Oscillant entre flegme de dandy et violence d’enfant malheureux, le personnage d’Henry interpelle et transpose dans le domaine de l’éducation la double figure de Docteur Jeckyll et Mr Hyde. Surtout, le travail de l’image et le rythme saccadé du film l’impose comme un chef d’œuvre: hachuré de dessins géniaux et de flash-backs ultra-courts, « Detachment » attrape son spectateur et ne le lâche que quand l’irréparable a eu lieu.

« Detachment », de Tony Kaye, avec Adrian Brody, Blythe Danner, Lucy Liu, James Caan, Christina Hendricks, Marcia Gay Harden, USA, 2011, 1h35.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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