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[Critique] « Bodybuilder » : Roschdy Zem propose une chronique familiale réussie dans le milieu du culturisme

[Critique] « Bodybuilder » : Roschdy Zem propose une chronique familiale réussie dans le milieu du culturisme

04 octobre 2014 | PAR Gilles Herail

Chronique sociale et familiale avec l’univers du culturisme en toile de fond, Bodybuilder confirme les qualités  de conteur du réalisateur Roschdy Zem. Il trouve ici un sujet passionnant qui transcende le classicisme de sa réalisation et donne au film toute son originalité. Une réussite.

[rating=3]

Synopsis officiel: À Lyon, Antoine, vingt ans, s’est mis à dos une bande de petites frappes à qui il doit de l’argent. Fatigués de ses trafics en tous genres, sa mère et son grand frère décident de l’envoyer à Saint-Etienne chez son père, Vincent, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années. À son arrivée, Antoine découvre que Vincent tient une salle de musculation, qu’il s’est mis au culturisme et qu’il se prépare intensivement pour un concours de bodybuilding. Les retrouvailles entre le père et le fils, que tout oppose, sont difficiles et tendues. Vincent va tout de même accepter qu’Antoine travaille pour lui afin de l’aider à se sortir du pétrin dans lequel il s’est mis. 

Roschdy Zem nous avait agréablement surpris avec ses deux premiers films, en démontrant son sens de la narration et une vraie intelligence dans le traitement de sujets atypiques. Le mariage inter culturel dans Mauvaise Foi, dans la veine du Just a kiss de Ken Loach. Et le fait-divers judiciaire symptôme du racisme quotidien dans Omar m’a tuer. Bodybuilder s’attaque à un univers nouveau, passionnant, curieusement peu traité au cinéma: le culturisme. L’ambition documentaire est présente et l’on sent beaucoup de respect dans la caméra du réalisateur qui filme les détails, les habitudes, le quotidien de la préparation physique ultra réglée de ces professionnels du muscle. Pour dépeindre cet environnement fascinant, Roschdy Zem a choisi de nous raconter un drame familial et social classique. La relation père-fils est au coeur et permet la rencontre de deux personnages marginaux. Yolin François Govin, lui -même culturiste trouve ici son premier rôle au cinéma aux côtés de Vincent Rottiers, jeune acteur découvert chez Serge Friedman, qui garde toujours la même intensité. L’un bodybuilder sec, entièrement tourné vers son objectif, fasciné par la culture américaine et ses valeurs de bon sens et de loyauté. L’autre, jeune paumé, magouilleur compulsif, mal embarqué dans ses mensonges et ses arnaques qui se retournent contre lui.

Autour d’eux, des seconds rôles excellents, notamment Marina Fois et Nicolas Duvauchelle, qui participent beaucoup à la crédibilité de cette famille et de ces destins, malgré un scénario très linéaire. Bodybuilder est à l’image de plusieurs films français sortis ces derniers mois, portant une même vision d’un cinéma social populaire. Qui quittent les théâtres traditionnels pour s’intéresser à des lieux, des vies et des univers différents. Hippocrate à l’hôpital, Party Girl dans les cabarets, Les combattants dans un stage de formation de l’armée. Bodybuilder n’a peut être pas l’audace de ces films mais a tout autant de cœur et un respect évident de sa thématique. La curiosité et l’empathie de Roschdy Zem pour ces décors inattendus de la banlieue de St Etienne et des concours de culturisme nous passionnent. Son prochain film avec Omar Sy semble aussi très prometteur, traitant d’une figure oubliée de l’histoire de France. Le Clown Rafael Padilla, surnommé Chocolat, qui devint une véritable célébrité à Paris, bien avant Joséphine Becker. On l’attendra avec la même impatience.

Gilles Hérail

Bodybuilder, une comédie dramatique française de Roschdy Zem avec Vincent Rottiers et Yolin François Govin, durée 1H44, sortie le 1/10/14

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