Cinema
Arras film festival jour 1 : le trafic de drogue comme nœud dramaturgique

Arras film festival jour 1 : le trafic de drogue comme nœud dramaturgique

06 novembre 2021 | PAR Julia Wahl

Après une soirée d’ouverture hier soir autour du film C’est magnifique ! de Clovis Cornillac, le Arras film festival a commencé sa première journée complète. Des films et des débats au Mégarama et au Casino d’Arras, et ce jusqu’au 14 novembre.

La drogue, obstacle au bonheur amoureux

Arrivée au village du festival ce matin pour récupérer accréditation et programme. Un café, et direction le Mégarama pour une première projection : Amants, de Nicole Garcia. Magnifiquement servi par Pierre Niney, Stacy Martin et Benoît Magimel, le film relate les amours contrariées de Lisa et Simon. Alors que la première étudie le métier de serveuse à l’école hôtelière, le second gagne sa vie comme petit dealer. Un quotidien certes un peu inquiétant, mais bien rôdé, jusqu’à ce que le couple assiste, impuissant, à l’overdose de l’un des clients de Simon. Décidé à quitter la France pour échapper à la police, le jeune homme laisse sa compagne en plan et part refaire sa vie à l’autre bout du monde. Après une profonde dépression, Lisa tente à nouveau de se reconstruire en épousant Léo, un riche assureur. Mais les chemins des deux anciens amants se recroisent.

Le scénario de Nicole Garcia et Jacques Fieschi, en posant les bases d’un apparent film de drogue, bifurque ensuite vers un magnétique film d’amour, l’overdose jouant le rôle du nœud de la tragédie classique. Car tous les éléments de la tragédie racinienne sont réunis ici : la passion amoureuse, qui fait souffrir bien plus que sourire, les obstacles à son épanouissement et l’issue pour le moins malheureuse. C’est la manière de filmer la passion qui nous frappe ici : le corps blanc de Stacy Martin, dès le premier plan, offre un somptueux contraste avec la couverture noire dans laquelle elle s’ébroue. La caméra nous guide dans la sensualité qui unit les deux amants et semble justifier tous les sacrifices.

La drogue au cœur d’un scandale d’État

Visionnage en début d’après-midi du très beau Enquête sur un scandale d’État, de Thierry de Perretti. Le réalisateur d’Une Vie violente quitte sa chère Corse pour les méandres des Stups. S’inspirant du livre-témoignage L’Infiltré (Robert Laffont), signé par Hubert Avoine, ancien infiltré, et Emmanuel Fanstein, journaliste à Libé, joué par Pio Marmaï, il nous propose de suivre les tribulations de ce dernier, de conférence de presse en longs entretiens avec sa principale source, un ancien informateur des Stups, incarné par Roschdy Zem (l’auteur du livre-source Hubert Avoine).

Le but du réalisateur est moins de nous proposer ici un film policier qu’une immersion dans la fabrique et les écueils du reportage. Ayant pris conseil auprès du principal protagoniste, Emmanuel Fanstein, Perretti nous fait suivre les différentes embuches rencontrées par le reporter. Textos qui s’effacent par l’opération du Saint-Esprit, menaces plus ou moins voilées, procès en diffamation… mais aussi les doutes de ses confrères et consœurs qui s’interrogent sur la fiabilité de sa source.

Le film s’attarde volontiers sur les échanges entre le journaliste et ses interlocuteurs, nombreux, en des dialogues justes et précis, au point qu’ils peuvent parfois perdre le spectateur. Cela n’est toutefois pas très grave : nous comprenons l’essentiel, à savoir que sous-prétexte de « livraisons surveillées », l’ Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants assurerait lui-même l’importation de drogue afin de se targuer de grosses « prises », quitte à risquer de voir plusieurs tonnes s’évaporer au passage. Des accusations graves, qui amène l’éditorialiste de Libé à s’interroger sur le fonctionnement d’un État qui déroge lui-même à ses propres lois. Des questions incontournables pour un État démocratique, servies par de brillants acteurs et des images qui nous plongent dans la fébrilité du journaliste.

Entre public et artistes

Le Arras film festival, c’est aussi la rencontre entre le public et les artistes. Les interviews se déroulent à la vue de toutes et tous, dans le village du festival, pour permettre à chacun et chacune de suivre les échanges. Les festivaliers ont ainsi pu entendre l’équipe du film A good man, qui retrace l’histoire d’un couple hétérosexuel qui décide que, la femme ne pouvant avoir d’enfant, ce sera l’homme qui le portera. L’occasion d’évoquer avec sa réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar et Soko nos représentations des genres et de la gestation. Le film reçut un un très bel accueil du public.

Certaines projections sont également précédées d’échange avec les équipes des films.

Visuel : affiche du festival

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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