Electro
«  Off The Record » : Laurent Garnier sur son 31 (et plus…) de carrière

«  Off The Record » : Laurent Garnier sur son 31 (et plus…) de carrière

06 novembre 2021 | PAR Rodolphe Pete

Ce n’est pas un testament, loin de là. Ni un monument à sa gloire. Tourné avant le premier confinement, le documentaire «  Off The Record » a la particularité de mêler deux histoires : le parcours personnel et professionnel de Laurent Garnier depuis l’envol de la House Music à la fin des années 80. Ces deux là étaient faits pour se rencontrer. Naturellement. Au début du long métrage d’1 h 30 réalisé par Gabin Rivoire, le pionnier des djs français le déclare sans ambages : c’est un passionné de tous les styles. Funk, hip hop, rock, soul, disco, punk et bien sûr les musiques électroniques pour lequel il s’est si bien engagé qu’il a reçu la Légion d’honneur des mains de l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang.

Les férus de techno pourront rester sur leur faim. Rien sur son rôle de compositeur, sa passion de la cuisine, pas d’extrait de son concert à l’Olympia… Mais telle est la volonté du créateur du label F Com. «  Je n’ai pas voulu faire un film de niche », déclare-t-il lors de la série de projections qui sillonne actuellement la France (Saint-Étienne le 11, Amiens le 13, Rennes le 14, Paris le 21, au Grand Rex, avec un after au club). Mais à travers une série de témoignages d’amis qui sont aussi des grands noms du dancefloor (Richie Hawtin, Carl Cox, Jeff Mills…), des images d’archives et une plongée dans quelques endroits clés comme l’Angleterre, Detroit et le Japon, c’est toute l’évolution de la scène depuis les années 80, le Summer of Love et l’Hacienda de Manchester, qui ressurgit en mots comme en sons.

Un excellent complément aussi après la bande dessinée et son autobiographie «  Electrochoc », en monde moins chronologique. Le gamin du monde forain, dont la madeleine de Proust se nomme I Feel Love de Donna Summer, qui avait une boule à facettes dans sa chambre et qui a toujours voulu faire danser les gens, raconte par exemple avec gourmandise comment, durant son service militaire à Paris, il passait ensuite ses nuits à mixer dans quelques endroits devenus mythiques de la capitale : le Palace, le Rex, la Locomotive… «  Je n’ai pas dormi pendant un an… »

Gabin Rivoire a le don de laisser parler justement la musique, de filmer les corps entrer en transe, de montrer sans trop souligner ce que l’électro au sens large a apporté : une communion dans la fête, une exploration des sensations et un underground qui n’oublie pas la revendication politique. Car oui, il a fallu que les artistes et le public se battent pour faire vivre une culture d’abord rejetée, méprisée ou caricaturée.

« Quand on a fait la répétition avant les Victoires de la musique à l’Olympia en 1998, on a été accueillis par une phrase : « Qu’est-ce qu’ils viennent faire avec leur musique de m… », rappelle Laurent Garnier lors des rencontres avec le public. Et de souligner que le combat n’est finalement jamais gagné : «  Pendant le confinement, les djs et les clubs ont été oubliés, la ministre de la Culture répétant qu’on dépendait du ministère de l’Intérieur. » Roselyne Bachelot a d’ailleurs été conviée à voir le film.

 

L’intérêt du documentaire, qui s’ouvre par un superbe décalage (une balade en tracteur sur fond de Sacha Distel) est de remettre justement les pendules à l’heure et de transmettre au public, celui qui ne connaît pas ce milieu, la réalité d’une aventure collective où l’amitié, les réseaux, les rencontres, la découverte et la débrouillardise ont tant compté.

A 55 ans, celui qui se définit non pas comme un pionnier «  mais un passeur » prétend qu’il arrêtera les platines à 60 ans. C’est à voir, car on ne compte pas les anciens, tel François Kevorkian, qui continuent de tourner bien après l’arrivée de cet âge. En attendant, Laurent Garnier prépare un nouvel album et poursuit sa quête de transmission. Avec un art de la pédagogie (les scènes où il intervient dans une école sont très attachantes et révélatrices), de la modestie et de la remise en question qui font plaisir à voir. Il n’y a qu’à entendre les applaudissements à la fin des projections pour mesurer l’attachement de plusieurs générations à une figure devenue importante car ne restant pas figée sur ses acquis ou dans une posture nostalgique.

Toujours en veille, au point d’écouter les centaines de morceaux qu’il reçoit par semaine. Et l’homme est connu pour répondre, conseiller et aider dès qu’il peut. Cette réputation n’est plus à faire depuis longtemps.

Pour celles et ceux qui auraient raté le lancement d’« Off The Record », qui avait bénéficié d’un financement participatif, un coffret collector est prévu dès le 8 décembre, avec de nombreux bonus, dont plus d’une heure de suppléments exclusifs. Afin de prolonger chez soi la fête…

Rodolphe Peté

(Photos DR)

 

 

visuel :© Laurent-Garnier-DJ-set-Nuits-Sonores-2018-in-Lyon_okok-scaled.jpg

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