Cinema
Omar m’a tuer: Roschdy Zem filme la dignité d’un homme

Omar m’a tuer: Roschdy Zem filme la dignité d’un homme

20 juin 2011 | PAR Gilles Herail

Après une légère mais pertinente comédie romantique sur fond d’oppositions culturelles (Mauvaise Foi), Roschdy Zem s’attaque à l’une des affaires médiatico judiciaires les plus suivies des années 1990. Plus directeur d’acteurs que réalisateur, il offre à Sami Bouajila son plus beau rôle et rend un hommage poignant à un « petit », jardinier, immigré marocain qui n’a jamais renoncé à prouver son innocence.

Synopsis officiel: Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français, a la réputation d’être calme et sérieux. Dès lors, il est le coupable évident. Il n’en sortira que 7 ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice. En 1994, révolté par le verdict, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de l’innocence d’Omar Raddad, s’installe à Nice pour mener sa propre enquête et rédiger un ouvrage sur l’affaire…

Roschdy Zem a beaucoup insisté pendant la promotion sur ses intentions: privilégier le parcours d’un homme face à une erreur judiciaire et non l’affaire policière elle même. Omar m’a tuer s’attarde pourtant pendant un certain temps sur la contre enquête d’un journaliste engagé, joué par Denis Podalydes, qui fait acte de pédagogie auprès du public. Ce choix est légitime, permettant de résumer au plus grand nombre les nombreuses incohérences et les faiblesses de l’accusation. Cette partie très scolaire n’est malheureusement pas la plus réussie.

Le réalisateur donne une autre ampleur à son film dès qu’il s’attarde en plan serré sur son protagoniste. Omar Raddad n’est pas présenté comme immédiatement sympathique. Roschdy Zem sait éviter les grosses ficelles et l’empathie forcée et s’attache à rester fidèle aux descriptions d’un homme simple, illettré, têtu et surtout digne, à qui une vie durement gagnée a été volée. Filmé au plus près dans  sa fierté et son incompréhension, le calvaire d’Omar laisse difficilement insensible. Le drame ne sonne pas tellement comme une charge militante contre un système judiciaire défaillant ou un arrière fond de racisme ordinaire. La caméra de Roschdy Zem veut surtout toucher l’intimité, et le fait avec beaucoup de doigté, nous remplissant d’émotion. Celle de l’injustice et de l’indignation face à ce qui est maintenant majoritairement considéré comme une erreur judiciaire.  Mais aussi celle d’un homme qui croit malgré tout aux valeurs de la justice française, d’un immigré parlant mal le français qui ne comprend pas ce qui lui arrive, d’un homme qui perd sa famille pour ne la retrouver que sept ans plus tard.

Gilles Hérail

Omar m’a tuer, un film de Roschdy Zem avec Sami Bouajila, Denis Podalydes, 1H25, sortie le 22 juin 2011

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Gilles Herail

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