Théâtre
Un Hamlet de moins, une belle farce de plus, au Printemps des comédiens

Un Hamlet de moins, une belle farce de plus, au Printemps des comédiens

15 juin 2021 | PAR Rudy Degardin

Le Printemps des comédiens se poursuit avec la pièce Un Hamlet de moins mise en scène par Nathalie Garraud et écrite par Olivier Saccomano au Théâtre des Treize vents. Dans un voyage aussi tragique que comique, le duo nous embarque à la rencontre de la jeunesse shakespearienne autant pour notre plus grand bonheur que notre malheur.

L’histoire « se répète pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » écrit Karl Marx

Et bien, c’est ce qu’on pourrait aussi dire de la pièce Un Hamlet de moins au Théâtre des Treize vents. Entre les mains de Nathalie Garraud et d’Olivier Saccomano, la tragédie shakespearienne se transforme bien en farce. À ceci près que dans cette farce, il y a aussi du tragique.

Hamlet, prince du royaume du Danemark, veut toujours venger son père assassiné par son oncle, devenu autant son beau-père que son roi. Mais dans ce Hamlet de moins, il y a en plus, des survêts fluos, un t-shirt Batman et des chewing-gums en bouche.

La jeunesse dorée du Danemark

Le duo à la tête du CDN de Montpellier se concentre ici sur Hamlet, Horatio, Ophélie et Laërte : la jeunesse dorée désœuvrée du Danemark. Cette dernière zone sur un grand escalier en bois, comme incapable de monter ou de descendre, de faire un choix. Entre Enfer et Paradis, elle semble alors attendre depuis des siècles, répétant inlassablement les mêmes schémas :

HAMLET 
Horatio… Tu préfères manger de la viande froide jusqu’à ce que tes intestins
explosent ou que la terre soit détruite dans une heure par une météorite ?
HORATIO 
Je préf –
HAMLET 
Attends. Tu préfères être roi du Danemark ou avaler une guêpe ? Ne réponds
pas. Tu préfères être enfermé avec moi ici pour l’éternité ou coucher avec ma
mère ? Tu préfères saigner du cerveau ou vomir par les yeux ? Tu préfères
que j’entende toutes tes pensées ou qu’un mort te parle toutes les nuits ? Tu
préfères mourir à la guerre ou vivre dans la même pièce que tes parents ?
LAËRTE 
Hamlet… Tu préfères être ou ne pas être ?

Extrait de Un Hamlet de moins

La machine infernale 

Les personnages se confrontent à un tas de questions sans pour autant apporter de réponse. Condamnés à répéter encore et encore la même tragédie. Un Hamlet de moins, c’est aussi la révolte de ces personnages qui ne veulent pas jouer un Hamlet de plus. Ils brisent le quatrième mur, prennent à partie le spectateur afin que cesse cette machine infernale. À ce stade, ce dernier ne sait plus s’il faut rire, avoir pitié ou être terrifié par ces acteurs, maquillés à outrance, qui semblent revenir des tréfonds du Purgatoire.

Et en même temps, le public n’est-il pas un peu fautif ? Dans cette grande salle obscure, les spectateurs se répartissent sur deux côtés de la scène, comme pour prendre en étau les personnages. En formant une impasse, le public attend que se rejoue la célèbre tragédie, sans penser qu’ils ont peut-être déjà joué un Hamlet de trop.

Une sublime mise en scène

La pièce se nourrit de ces rapports conflictuels. Sans emprise sur leur destin, les protagonistes crient leur rage et leur désespoir sur une scène épurée. Ne pouvant se raccrocher qu’à un grand escalier sans issue, ils créent alors une dialectique des corps. Tout un jeu de postures s’installe, sans jamais réussir à trouver une quelconque stabilité. Sans père, sans mère, sans roi, le désœuvrement le plus total, sublimé par l’œil de Nathalie Garraud.

Une ambiance qui vaut le détour 

Cette réécriture de la pièce ne contredit en rien l’esprit populaire du théâtre shakespearien. Tout au long du spectacle, le public rit à gorge déployée. C’est presque à se demander si avant de s’embarquer dans les abysses, certains ne se sont pas laissés happer par la buvette du si charmant domaine de Gramont. Cet ilot de création, entouré de vignes, accueille le délicieux mais non moins piquant Un Hamlet de moins jusqu’au 26 juin.

Par : Olivier Saccomano (écriture) et Nathalie Garaud (mise en scène) Production : Théâtre des 13 vents CDN Montpellier. Avec Cédric Michel, Florian Onnéin, Conchita Paz et Charly Totterwitz – Troupe Associée au Théâtre des 13 vents

Le Festival Printemps des comédiens se poursuit jusqu’au 26 juin.

Visuel : © Jean Louis Fernandez

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