Théâtre

Théâtre subventionné : le public parisien en pleine résistance

Théâtre subventionné : le public parisien en pleine résistance

09 décembre 2015 | PAR Araso

Alors que les théâtres privés souffrent d’une baisse de fréquentation, le théâtre subventionné ne désemplit pas. Au contraire : les représentations du Théâtre de la Ville, de l’Odéon, de Chaillot, de La Villette et même de Nanterre-Amandiers jouent au complet. Et dans la salle, le public affiche plus que jamais le besoin de s’exprimer. Files d’attentes à rallonge, huées, standing ovations interminables… entre le besoin de fédérer, de se disputer, de faire corps ou tout simplement d’être ensemble, les Parisiens répondent présents et s’affirment avec une fougue inédite. A la mort répond la pulsion de vie. Résistance, quand tu nous tiens…

Avec Ça ira (1) fin de LouisJoël Pommerat a fait salle comble au théâtre des Amandiers à Nanterre quatre semaines durant. Certes, la seule évocation du nom de Joël Pommerat suffit à faire déplacer les foules (en masse). Mais tout de même : la pièce dure quatre heures, on est à Nanterre, en plein mois de Novembre, il faut prendre le RER pendant l’état d’urgence, traverser de nuit un parc qui n’en finit plus, braver l’épreuve de la billetterie des Amandiers et l’accueil glacial du personnel au téléphone, puis sur place – autant tenter de prendre Fort Knox d’assaut… et pourtant rien de tout cela ne décourage les aficionados qui se déplacent par wagons entiers tous les jours pour tenter d’être inscrits, souvent vainement, sur une première liste d’attente, et à défaut sur une seconde, une troisième voire une quatrième, quitte à rentrer chez eux bredouille. Et là, c’est moi qui m’exprime : en huit ans de fréquentation assidue des théâtres parisiens, jamais je n’avais vécu ça. « Vous êtes quatre-vingt, je ne peux pas vous gérer ! » C’est finalement un quidam comme moi sur le banc de touche qui, solidaire de ses camarades, prend les choses en main. La gestion exécrable des listes des « élus » par le personnel d’accueil n’a d’égal que leur manque de courtoisie. C’est ainsi que le théâtre des Amandiers traite ses fans. Entre « les gens qui sont sur listes d’attente, je ne veux plus vous voir » et les « si vous n’êtes pas content, dans les 30 secondes quelqu’un reprendra votre place« , il fallait vraiment avoir la foi pour rester, surtout après avoir raté la première demie-heure de la pièce, désorganisation oblige…

A La Villette, s’il y a eu une stagnation des réservations individuelles les premiers jours post-attentats, ce sont surtout les groupes scolaires qui ont fait défaut sur cette période avec l’interdiction de sorties qui leur était imposée. Depuis, les affaires ont repris de plus belle. Les quatre représentations consacrées à Mourad Merzouki se sont jouées à guichet fermé (1000 personnes par soir).  Et à la fin de chacune d’entre elles, que ce soit pour Pixel ou Répertoire #1, la salle est restée debout de très longues minutes, battant le rythme des freestyles qui clôturent le spectacle. Après les attentats, pour la compagnie XY, les réservations sont tout simplement passées du simple au double, tandis que les weekends ont toujours été très bons. Des annulations pour le Metope del Partenone de Romeo Catellucci, une performance initialement conçue dans le cadre d’Art Basel qui a eu l’infortune de reproduire les images que les parisiens ont vécu la soirée du 13 Novembre, ont permis au Festival d’Automne d’attribuer de nouveaux billets. In fine, chaque séance était complète.

Aux portes de l’Odéon, on se bouscule pour assister à L’Orestie, du même Romeo, artiste invité du Festival d’Automne, malgré les geysers de sang castellucciens qui sont à redouter et l’avertissement que « certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans » (site Internet de l’Odeon). Avec Romeo Castellucci, la catharsis est garantie.

Au Théâtre de la Ville la fréquentation n’a pas chuté. Le public est venu nombreux pour l’Ödipus der Tyrann de Romeo Castellucci, pour Jérôme Bel, pour Maguy Marin. Tous ces spectacles étaient complets. Les parisiens sont présents, crient leur joie d’être ensemble et extériorisent leurs émotions comme elles viennent. Dans Gala, Jérôme Bel travaillait avec des danseurs amateurs et questionnait le rapport au corps à travers la danse. L’identification de la salle fut immédiate, le besoin d’être ensemble palpable. Oui, nous nous sommes délectés de ces références fédératrices aux classiques de la culture populaire. A la fin, la salle debout a laissé déborder sa joie à grand renfort de bravos. Le public a exulté comme pour mieux emporter cette vague de chaleur dans le métro et jusque dans les foyers. Maguy Marin a eu moins de chance. Son Umweltune création d’il y a plus de dix ans, est revenue au Théâtre de la Ville après avoir joui de la clameur générale. Elle s’est achevée sous les sifflets et huées enjouées du public. Le Théâtre de la Ville habitue ses fidèles aux créations les plus pointues de la scène contemporaine, et ce type d’accueil est moins surprenant pour les pièces plus radicales, à la Va Wölfl par exemple.

Le Festival d’Automne se porte bien, lui aussi, avec un taux de remplissage moyen sur l’ensemble du festival de 90 % au 7 Décembre 2015, qui grimpe à 94% pour les représentations à venir jusqu’à la fin du festival. Le théâtre parisien va bien, Paris est debout, Paris est vivante.

Visuel © Araso

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Araso

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