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[Festival d’Automne] Gala de Jérôme Bel, la danse en fête

[Festival d’Automne] Gala de Jérôme Bel, la danse en fête

03 octobre 2015 | PAR Christophe Candoni

L’iconoclaste Jérôme Bel est un amoureux immodéré du spectacle et des gens. Les deux sont au cœur de sa nouvelle création, Gala, une œuvre généreuse et réflexive qui réunit des artistes les plus divers, des amateurs de Seine Saint-Denis engagés sans qualités techniques particulières rejoints par quelques danseurs professionnels dont la pimpante Raphaëlle Delaunay, le soir de la première à Aubervilliers. 

Après avoir rencontré le succès à Nanterre, Gala de Jérôme Bel retrouve cette fin de semaine la scène du Théâtre de La Commune où le spectacle a été répété avant l’été. Constituée d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes cultures, sa troupe affiche une rayonnante excentricité, un humour et une autodérision dingues.

Gala porte bien son titre. Il a les attraits kitsch et improbables d’une kermesse d’école en fin d’année avec ce que cela comporte de rassembleur, d’euphorisant et d’imprévisible aussi. Car la représentation ne se plie pas aux dictats de la convention et de la performance. Elle est sans filet, ne laisse pas de place au bluff ou à la triche et requiert un engagement sans réserve de ses interprètes qui se livrent tels qu’ils sont en donnant beaucoup d’eux-mêmes ainsi exposés sous les projecteurs. La tentative étant plus importante que le résultat, la performance vaut pour ce qu’elle est. Apparemment pas grand-chose mais en réalité beaucoup plus. Car Jérôme Bel multiplie les rencontres et les possibles. Tout son travail repose sur ce principe. En refusant l’académisme qui freine, brime, astreint, il met son art, habituellement réservé à des techniciens virtuoses, en partage et à la portée de tous. Au centre de son propos ne se placent que le désir, le plaisir de danser. Sur le plateau, les (anti-)performeurs s’éclatent, se surpassent. La danse est pour eux un moyen de s’exprimer, de s’affranchir, de transgresser. Tout est alors permis, y compris et surtout de se rater. On assiste à un manège hilarant des danseurs qui défilent les uns après les autres, tentant le saut à l’équerre ou la pirouette classique sur les flonflons de la musique de ballet, ou encore une valse viennoise un peu raide mais drolatique, un numéro périlleux de majorettes, et une revisite plus réussie du mythique moonwalk. Le groupe convoque Dalida, Liza Minelli, ou Pharrell Williams, passe à plein régime du rock métal au zouk chaloupé et se déchaîne dessus à loisir.

Jérôme Bel sait formidablement déjouer les attentes, les codes, les normes. Une fois de plus, il signe une proposition originale, décalée, décapante, très drôle et infiniment touchante. Gala est une pièce emblématique de son geste si singulier et inclassable, tellement libre et humain, joyeusement émancipateur.

Photo © Véronique Ellena

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