Danse
« Umwelt » de Maguy Marin de retour sur la scène du Théâtre de la Ville

« Umwelt » de Maguy Marin de retour sur la scène du Théâtre de la Ville

07 décembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Du 4 au 8 décembre Maguy Marin et sa troupe redonnent au Théâtre de la Villeune pièce clé créée en 2003 et déjà montrée sur la scène du Théâtre Parisien. Avec un titre qui résonne fort avec l’actualité de la CPO21, Umwelt (« environnement » en Français) est une pièce monumentale, magistrale, exigeante pour les danseurs et qui fonctionne en flux continu comme une grande machine à exploiter la scène. Une pièce loin des farandoles cruelles et crues de BiT (voir notre article) et qui choque encore une partie du public qui n’hésite pas à partir ou à siffler, 10 ans après sa création. Indispensable.

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La chorégraphie s’annonce dans un grand bruissement de machine qui se met en branle. Au premier plan, un mécanisme à la Tinguely gratte de grandes cordes de guitares qui grondent et continuent de gronder pendant 1h10 de spectacle.  Au premier plan, le sol est lisse, propre, tandis que la moitié la plus éloignée du public de cette grande scène est habillée d’un réseau de miroirs qui masquent et montrent les corps des 9 danseurs au rythme d’une lumière qui semble elle aussi se faire bruit, fureur et musique.

Dans des mouvements circulaires et solitaires parfaitement synchronisés, les danseurs se cachent autant qu’ils s’offrent à voir, circulant souvent de dos comme des toupies un peu mécaniques. Dans le souffle angoissant d’une grand vent latéral, de manière très symétrique, ils se changent, se nourrissent, font l’amour, la guerre, montrent leur culotte, portent des habits d’hommes, de femmes, des peluches, il portent des instruments.

Chaque séance est courte, hallucinée et assez robotique. Et puis peu à peu un  grand rythme s’installe et la machine se met à ronronner. Une machine qui reste très angoissante, qui semble hacher menu l’intégrité des singularités. Et puis quand les corps – mêmes nus – sont masqués et quand les gestes se répètent de manière qui semble à la fois systématique et aléatoire, on se demande où est l’humanité. Et néanmoins on se laisse bercer. Une lumière plus douce apporte de la chaleur, un seul danseur s’avance par trois ou quatre fois seul, l’air rêveur. Mais c’est pour mieux accélérer et mettre en lumière – semble-t-il- la somme de déchets que le fonctionnement de cette machine de corps et de glace propulse de déchets au devant de la scène.

A la fin, quand Umwelt s’emballe, ce ne sont plus des chapeaux, des os, des oripeaux mais bien des gravats que les danseurs déversent dans un geste symbolique fort. On voit bien que la machine est vivante à la seule lumière de ce qu’elle expulse comme excréments et qui se retrouve sur le devant de la scène. Et elle s’arrête aussi brusquement qu’elle a commencé à s’actionner, laissant le public face à un black out qui étonne sans surprendre. Un challenge technique et une réflexion très puissante sur la consommation que nous faisons tous, laissée au libre arbitre des spectateurs face aux corps, aux déchets, aux miroirs et au rythme. une petite apocalypse brillante qui semble réglée comme une horloge suisse.

Et un spectacle qui choque encore, même certains membres du public du Théâtre de la ville qui n’hésitent pas à partir ou à huer, malgré la performance physique si visible. Un spectacle essentiel, qui résonne fort en ce mois de COP21 et à découvrir ou redécouvrir sur la scène du Théâtre de la ville du 4 au 8 décembre 2015.

Umwelt de Maguy Marin, dispositif sonore & musique Denis Mariotte, avec Ulises Alvarez, Charlie Aubry, Kais Chouibi, Estelle Clément Bealem, Laura Frigato, Cathy Polo/Louise Mariotte, Agnès Potié, Marcelo Sepulveda Rossel, Ennio Sammarco

Visuel : (c) DR

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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