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MOURAD MERZOUKI MET A L’HONNEUR LES CLASSIQUES DU HIP-HOP FRANCAIS

MOURAD MERZOUKI MET A L’HONNEUR LES CLASSIQUES DU HIP-HOP FRANCAIS

04 décembre 2015 | PAR Araso

Après Pixel présenté en début de semaine, la Villette reprogramme Répertoire #1 de Mourad Merzouki, une création de 2014 avec le Centre Chorégraphik Pôle Pik qui réunit neuf pièces, cinq chorégraphes, cinq compagnies, trente danseurs. Une sorte d’anthologie du hip-hop français des années 2000 qui met en lumière le travail de ses artistes phares. La signature de Mourad Merzouki est omniprésente et met à l’honneur ces créations désormais élevées au rang de classiques du genre.

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L’entrée en matière est réalisée par la compagnie Käfig de de Mourad Merzouki avec Terrain Vague (2006) qui met en scène des silhouettes masculines au profil robotique armées de mètres rubans. Elles se meuvent en apesanteur dans un désert de bidons rouillés, que l’on verra quelques minutes plus tard muer en suspensions filandreuses révélant telles des chrysalides les danseurs d’Anthony Egéa et son Urban Ballet sur fond du Boléro de Maurice Ravel. Répertoire #1 réussit la prouesse de fusionner des créations hétéroclites en une pièce homogène, les transitions sont impeccables, la technique est parfaite. L’ensemble n’échappe pas à cette note édulcorée que Mourad Merzouki érige en signature, largement imputable à un certain parti-pris musical qui s’inscrit davantage dans la veine d’une playlist Costes que de la culture urbaine, et qui vient gommer cette granularité propre au hip-hop. Cette rugosité, ces aspérités abrasives et une certaine animalité réalisent tout de même ici et là quelques belles percées.

Anthony Egéa, qui a démarré dans les rencontres de danses urbaines de la Villette, a été le premier à faire le pari audacieux de marier hip-hop et culture classique. Son interprétation libre du Boléro de Maurice Ravel est osé, technique, maîtrisé, esthétisant à souhait. Cela suffit-il pour autant à susciter l’émotion? A l’opposé, Bliss (2014) est une vibration électrisante sur fond de musique électro. Et là, la combinaison est tout simplement décapante. Les corps entiers se révulsent, exaltent, vibrent jusqu’à la transe. On est en pleine fureur de bouger, les danseurs de sa compagnie Rêvolution, éprouvés et à bout de souffle, donnent tout. Et on a qu’une envie, celle de les suivre. Le souffle est court, bestial, l’energie est animale et immédiatement, on a l’impression de toucher du doigt l’essence de la danse. Bliss, la bien nommée, est une véritable jouissance.

Il y a quelque chose de pur, d’essentiel et d’infiniment poétique dans Têtes d’affiches (2012) de Bouba Landrille Tchouda, dansée par sa compagnie Malka. Sa pièce est un hymne à la Terre, au corps, à l’articulation du mouvement, souligné par un très beau travail de lumières. Ce torse nu d’homme seul, ces muscles qui bandent et ce jeu d’ombres dépaysant captivent et prouvent que l’émotion ne s’encombre d’aucun artifice.

Marion Motin, étoile filante du hip-hop français qui s’est frayé un chemin jusqu’aux plus grandes scènes internationales notamment aux côtés de Madonna, s’adonne avec sa compagnie Swaggers à un ballet hispanisant, In the Middle (2014), tout en jeu d’ombres et de lumières qui bouscule les codes du masculin et du féminin. Les projecteurs révèlent subtilement l’ondulation des corps, les chapeaux à larges bords se font virils, les danseurs se croisent sans s’effleurer et en font la pièce sensuelle par excellence de Répertoire #1.

Répertoire #1 de Mourad Merzouki, Kader Attou, Anthony Egéa, Marion Motin, Bouba Landrille Tchouda, à la Villette les 3 & 4 Décembre 2015.

Visuel © M-DinaPhotographie

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