Théâtre
La bruyante installation de La vie brève à l’Aquarium

La bruyante installation de La vie brève à l’Aquarium

28 août 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est ce qui s’appelle faire du bruit ! Le collectif La vie brève dirigé par Samuel Achache et Jeanne Candel a succédé à  Rancillac l’année dernière. Grèves, confinement, Original d’après une copie perdue, leur premier acte a eu lieu hier soir :  too much, déconstruit mais vivant.

Déborder

Depuis que nous sommes entrés dans le post dé-confinement, le théâtre joue. Que ce soit au Théâtre de la Ville pour deux nuits blanches, au Théâtre 14 pour un festival, ou en ce moment avec un Eté particulier, ça ne s’arrête pas. Mais il faut l’avouer, à l’exception de quelques exemples ( Le  32 cabaret de curiosités du Théâtre 14,  Littoral de Wajdi Mouawad) nous avons assisté à des toutes petites formes, comme le très bon Pierre Notte, L’homme qui dormait sous mon lit qui se joue jusqu’au 6.  C’est bien la vraie première fois depuis le 2 juin que nous plongeons dans un lieu occupé, grouillant. Alors c’est sûr, on a perdu l’habitude du spectacle vivant hurlant et gesticulant. Et rapidement, on commence par être épuisés.

Dans le jardin face à l’Aquarium, on trinque au champagne offert par les comédiens, et ils sont nombreux :  Samuel Achache, Pierre-Antoine Badaroux, Benoît Bonnemaison-Fitte, Pierre Borel, Lionel Dray, Anne-Lise Heimburger, Myrtille Hetzel, Antonin-Tri Hoang, Clémence Jeanguillaume, Léa Lanöe, Léo-Antonin Lutinier, Sarah Margaine, Agathe Peyrat, Eve Risser, Marie Salvat, Julien Villa et Lawrence Williams

Pour le moment Anne-Lise et Léo-Antonin se tirent la bourre dehors avant de nous inviter à entrer, d’abord dans le hall.

A la recherche de la création perdue

Le spectacle est totalement déambulatoire. Le hall donc, la grande et la petite salle, le parc, et un atelier de décor. Le rythme est tout aussi intense que le jeu des acteurs-musiciens –  telle est la marque de fabrique de La vie brève- Ils bouillonnent de toute part ( il y a même une vraie bouilloire et des plaques de cuisson sur scène).  Leur quête : retrouver la mélodie perdue de la bataille de Jericho dont on trouve trace partout depuis. Dans une liste à la Prévert hystérique on capte que Robert Schumann l’a jouée en filigrane dans une partition en 1839, mais aussi  qu’elle est dessinée dans une peinture de Grüder (1575-1628) à Rotterdam – La musique des chambres. Entre autres.

Dans un fil narratif plus que dur à suivre (les comédiens n’attendent pas le public pour commencer à jouer ), on ne cherche pas à comprendre le combat entre Arthur et Anasthase , il y a visiblement une fille à conquérir.  

Une cir-conférence/ un cirque-conférence

L’occupation de l’espace est totale. En revanche, le travail sur l’absurde et la musique, qui était ciselée dans Tarquin où le son était l’acteur principal et la potacherie canalisée, est livré brut, trop brut. Nous avons la sensation d’un grand tout préparatoire qui pourrait donner lieu à un spectacle plus écrit. 

Au milieu de ce grand brouhaha plutôt éreintant et un peu perturbant- La vie brève nous a habitué à des pièces plus resserrées, la beauté et l’intelligence qu’on leur connait a surgi. Au cœur d’un atelier de décor, qui fait face à l’Atelier de Paris, où le portrait immense de Mitterand regarde des vitraux, où la hauteur sous plafond est vertigineuse, où les accumulations sont bouleversantes, un opéra se met en place.

Le spectacle tient alors ses promesses  : livrer un « Original d’après une copie perdue ». Et cette partie là, véritable bijou vaut d’être vue. Dans une proposition ultra contemporaine, les musiciens nous invitent  à une écoute fragmentaire et dissonante (on dirait de la danse) d’un opéra inventé, d’une fausse archive parcellaire.

Là, on les retrouve vraiment dans ce qu’ils savent le mieux faire : la musique est une actrice, elle guide le texte, parfois elle l’initie.  Le travail sur le son est totalement éblouissant, car il nous tient en haleine.  Sarah Margaine excelle au piano,  Antonin-Tri Hoang à la clarinette et la soprano Agathe Peyrat subjugue.  Il y a cette rencontre entre un lieu comme une caverne d’Ali Baba  (à l’acoustique d’église) et cette idée tarée de jouer un faux opéra à partir de fausses archives et qui devient… une vraie oeuvre.

 

Les 28 et 29 août au Théâtre de l’Aquarium, attention la navette de la Cartoucherie ne fonctionne pas en août.  Il faut prendre le bus 112.  A 20h, durée 2h15. Entrée libre sur réservation. 

Visuels : ABN

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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