Théâtre

« Tarquin », Jeanne Candel convoque l’opérette et l’absurde pour du vrai théâtre au Nouveau Théâtre de Montreuil

« Tarquin », Jeanne Candel convoque l’opérette et l’absurde pour du vrai théâtre au Nouveau Théâtre de Montreuil

25 septembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La nouvelle (co) directrice de l’Aquarium présente au Nouveau Théâtre de Montreuil une traque de nazi absolument bien ficelée dans le fond et la forme.

L’identité du collectif La Vie Brève est de mélanger le son et la voix.  Cette recette reste la même pour ce « Drame lyrique pour chanteurs, comédiens et orchestre de salle de bain ». Comme à l’Opéra, tout commence par un prologue. Florent Baffi nous chante l’histoire d’un homme dont pour le moment nous ne savons rien, ni nous, ni personne car comme le dit le baryton : « Après la guerre, qui le connaissait ? » 

La « Guerre » non plus n’est pas nommée, mais quand Delphine Cottu entre en scène, en juge à la démarche étriquée dans un tailleur jupe, listant les crimes de ce bourreau, tout fait penser que ce Tarquin aux identités multiples a tout d’un Josef Mengele. Alors se met en place une étrange fiction où le fantastique opère. Tout va vers le tohu-bohu dans une inversion des fonctions permanentes. Les chanteurs deviennent comédiens, les comédiens se révèlent chanteurs. Saluons dans cet exercice la prouesse de Léo-Antonin Lutinier, clown décalé à souhaits.

Ici, la musique est une actrice, elle guide le texte, parfois elle l’initie.  Le travail sur le son est totalement éblouissant, le quatuor ( Sébastien Innoncenti au bandonéon, Marie Salvat au violon, Myrille Hetzel au violoncelle et  Antonin Tri Hoang aux clarinettes) évolue dans ce décor à trappes avec une agilité déconcertante.  Car nous sommes partout et nulle part, ce bourreau étant tous les bourreaux que nos mémoires convoquent.  C’est une salle de bain oui, où Tarquin (Damien Mongin) prend des longues douches, mais c’est aussi un laboratoire de médecine légiste, un bureau… La seule chose qui est permanente, c’est le rapport à la forêt visiblement tropicale qui se regarde par la fenêtre et où l’odieux se cache, ou où son corps est enterré, qui sait ?

Tarquin est un étonnant spectacle aux allures classiques. Le décor est imposant, muni de quelques marches et d’une tuyauterie apparente démente. Tout ressemble à du théâtre de presque boulevard, avec même des portes qui claquent, et la mise en scène intègre des vieux trucs d’avant les technologies modernes ( mais chut, on ne vous dira rien !). Le génie est de malaxer cela pour en faire un objet complètement inclassable. C’est une opérette, c’est une fiction, c’est un drame. Pourquoi choisir? 

Jeanne Candel traite donc d’un sujet extrêmement lourd, l’héritage des bourreaux, avec une légèreté parfaitement décalée. Marta (Agathe Peyrat), la belle fille du tyran semble ingénue au départ avant de se déployer en soprano sûr d’elle. Le passé et le présent s’entrechoquent sans cesse, et sans heurt. Candel va au-delà en insérant des cauchemars dans sa pièce, lui donnant un petit air de fantastique totalement délicieux. 

A voir absolument jusqu’au 6 octobre au Nouveau Théâtre de Montreuil.

 

Visuel : Tarquin2©JeanLouisFernandez

 

 

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