Théâtre

[Critique] « Clôture de l’amour » au TNS : toujours le même coup de poing

[Critique] « Clôture de l’amour » au TNS : toujours le même coup de poing

21 septembre 2015 | PAR Matthias Turcaud

Après plus de 140 représentations et une tournée internationale depuis sa création à Avignon en 2011 (notamment au Centre Pompidou et à l’Idéal Tourcoing…), on peut revoir Clôture de l’amour au TNS en cette fin de septembre 2015. Force est de reconnaître qu’au fil des représentations successives la pièce de Pascal Rambert n´a rien perdu de sa puissance émotionnelle sans équivalent.

[rating=5]

C’est un couple qui se déchire et règle ses comptes dans un non-lieu glaçant et impersonnel éclairé de néons, apparemment une salle de répétition. C’est l’histoire de Stan et Audrey qui se sont aimés jadis, par le passé, mais à présent ne s’aiment plus. C’est la difficulté pour trouver, en une telle situation, les mots appropriés, les mots congruents. Peut-on dignement, en de telles circonstances, parler de « paradigme » ? Peut-on décemment user de l´expression « faire fi de » ? Stan ne cesse de répéter qu´il faut dire les choses, mais reste a savoir comment. « Con couille bite » : le langage vit une déflagration soudaine, se détériore, de la même façon que les corps ne tiennent plus en place. Tout s´effondre ; c´est la fin, la fin d´un amour et tout ce que cela implique.

C´est un retour au théâtre dans ce qu´il a de plus essentiel, de plus fondamental. « Tu me parles, je te réponds » disait Louis Jouvet et c´est exactement cela qui est à l´oeuvre ici. C´est un affrontement, un duel, une confrontation sans merci et habitée d´une tension infinie. C´est un spectacle qui parle de choses essentielles et fondamentales – pour faire vite, un amour qui se fane, un couple qui se délite. Il en parle de manière très simple et très épurée et se révèle très beau précisément par sa simplicité et son épurement absolus. C´est enfin, par la justesse implacable de son texte et la prouesse vocale, mémorielle et corporelle de ses deux magnifiques comédiens Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, un spectacle d´une puissance émotionnelle rare, une claque, un coup de poing, un uppercut que l´on reçoit en pleine poire ; en bref l´un des sommets du répertoire contemporain. On en ressort suffocants, hagards, hébétés et heureux.

Au TNS (Théatre National de Strasbourg), 1 avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg.

Pour d´autres recensions, voir ici et ici.

Crédit photos : Marc Domage.

Infos pratiques

Agenda culturel de la semaine du 21 septembre 2015
Festival de Toronto : Le palmarès
Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *