Théâtre
« Mes Frères » : l’ardent féminisme par Pascal Rambert et Arthur Nauzyciel

« Mes Frères » : l’ardent féminisme par Pascal Rambert et Arthur Nauzyciel

19 novembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

Dans le cadre du Festival TNB, nous avons (re)vu Mes Frères, une pièce poignante, féministe, écrite par Pascal Rambert pour le metteur en scène et acteur Arthur Nauzyciel

 

L’entrechoc des mondes

La scénographie interpelle tout de suite, très imposante. Il y a ce contraste saisissant entre le dedans, la maison des cinq personnages, et le dehors, forêt impénétrable aux immenses troncs tordus, disparaissant dans la brume. Le foyer, en métal froid, abrite quatre frères bûcherons et leur servante. Le lieu est à l’image de ses habitants : rigide, presque carcéral et inspirant la violence. « Je n’ai pas d’âme » dit l’un des frères dès le début de la pièce. L’agressivité émanant des hommes leur est transmise de leur ancêtre, passant à travers les générations comme un pouvoir secret. Les représentations religieuses sont ainsi nombreuses dans Mes Frères, quelque part entre rites animistes et références chrétiennes. En réponse à ce déchaînement violent et abusif envers elle, la servante se montre peu à peu sous un autre visage ; et rejoint cette étrange énergie qui émane de la forêt, versatile, bien plus mystérieuse qu’elle ne le laissait penser au départ. 

Les frères, frustrés dans leur désir brutal pour la servante, rêvent pour faire parler leur fantasme. Ce conflit entre rêve et réalité prend forme. Les frontières de temporalité et d’espace se floutent. Cependant, même dans cet univers où l’imaginaire est roi, aucun ne semble pouvoir se sortir de ses propres limitations. L’absurde prend alors le dessus, montrant à quel point les personnages sont conditionnés, les tournant au ridicule.

L’apprentissage du véritable amour

C’est finalement la servante qui semble trouver une échappatoire, elle dont l’imagination se développe, unique détentrice de la véritable maturité amoureuse. « Vos imaginaires sont nuls« , acclame-t-elle à l’intention de ses harceleurs, « vous êtes des enfants, vous ne savez pas articuler votre désir« . Elle célèbre l’amour vivant, contraire à la volonté de possession brute dont font preuve les hommes auxquels elle est confrontée.

Les rapports s’inversent alors, à l’aide des mots puissants de Pascal Rambert, qui parvient à capter le grand drame d’une société où les femmes sont toujours fautives. Dans Mes Frères, la servante est pourtant celle qui sait, celle qui agit, refuse, image sublime de contestation.

 

Mes Frères, mise en scène par Arthur Nauzyciel. Avec Marie-Sophie Ferdane, Adama Diop, Pascal Greggory et Frédéric Pierrot. Texte de Pascal Rambert. Durée : 2h30.

A retrouver au Théâtre National de Rennes le 20 et 21 novembre.

 

Visuel : © Philippe Chancel

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Clémence Duhazé

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