Théâtre
« Mes parents » : Mohamed El Khatib magnifie le spectacle de fin d’année

« Mes parents » : Mohamed El Khatib magnifie le spectacle de fin d’année

14 septembre 2022 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 23 septembre au Théâtre de la Ville – Les Abbesses dans le cadre du Festival d’automne puis en tournée jusqu’au printemps, la nouvelle pièce de théâtre documentaire de Mohamed El Khatib propose de raconter les parents du monde entier à travers ceux d’une promotion des élèves du Théâtre National de Bretagne . Un hommage à la tendresse, à la famille et au théâtre qui magnifie le traditionnel spectacle de fin d’année en faisant monter les parents sur scène. 

De la gêne à l’amour

Tout a commencé par une visioconférence sur zoom avec les étudiants du Théâtre National de Bretagne où Mohamed El Khatib  est artiste associé. Sujet : la sexualité de vos parents. La scène originelle est au coeur de la pièce, reproduite et magnifiée par un usage millimétré de l’écran. La pièce est aussi du grand cinéma. Les quinze jeunes âgés de 20 à 27 ans maintenant pleinement acteurs retombent tous un peu en enfance pour raconter ce qu’ils ont surpris ou pas, ce qu’ils ne veulent pas savoir. L’un d’entre eux, un peu plus mature ou versé dans la psychanalyse commente : « on ne veut pas connaître l’intimité de nos parents car les imaginer sujets ou objets sexuels confère à l’inceste ». Bien vu.  Joliment ressentie aussi l’extension de l’intimité familiale que les jeunes amènent sur scène quand ils parlent de leurs parents. Leurs petits travers, leurs accents, leurs origines, leurs manières d’écraser ou de soutenir, de vouloir eux-mêmes « faire l’acteur ». Mercedes qui vante son fils et bécote son mari sur tous les films, les séances de Zumba au petit déj, les photos de mariage des parents figés dans leur sourire et la visio avec la maman qui se met à réciter Racine. « C’est gênant » comme disent les jeunes. D’habitude, c’est dans les livres que la ligne rouge se dépasse avec des jeux d’autofiction qui trahissent les proches. Là, c’est sur scène, c’est encore plus fort : les journaux intimes retrouvés, les petites hontes, les obsessions s’exposent en place publique par la bouche des enfants. 

 

Le théâtre de la vie

Et pourtant, attentif, conscient aussi qu’ « aller vers l’intime de ses parents, c’est aussi creuser sa propre intimité » et réécrivant les dits et les non-dits révélés, Mohamed El Khatib donne à son spectacle de fin d’année de nombreux garde-fous: pudeur et tendresse sont au rendez-vous? D’abord, on nous prévient au moins dix fois : les parents sont là, ils vont venir, ils vont monter sur scène, rien n’est acté dans leur dos. Ensuite, sauf en intro, le solo est prohibé : la photo de classe sur le banc est la forme principale d’une utilisation géniale de l’espace et les remarques si uniques des enfants sur leurs parents se répandent comme des échos, très humains, et d’autant plus universels qu’ils sont très spécifiques. Au coeur le plus intense de la pièce, c’est une syllabe qui est répétée : « Papa ». Le résultat de cette pudique exposition du spectacle de fin d’année renversé où  les parents ont le droit de monter sur scène- mais seulement en tant que parents-est une explosion de vie, de joie et de couleur. La finitude est là mais l’attention prime, l’amour plus fort que la mort, la séparation ou même l’incompréhension et le manque de dialogue. Evidemment les enfants sont de merveilleux comédiens, évidemment nous avons tous (ou tous eu) des parents comme eux et ce que ce spectacle merveilleux révèle fait réfléchir au plus profond de la chair et de la transmission. Que vivent et jouent les enfants qui deviendront, eux aussi, parents.

 

Mes parents de Mohamed El Khatib. Avec la complicité de la promotion X de l’École du Théâtre national de Bretagne (Rennes). Avec, en alternance, Hinda Abdelaoui, Olga Abolina, Louis Atlan, Laure Blatter, Aymen Bouchou, Clara Bretheau, Valentin Clabault, Maxime Crochard, Amélie Gratias, Romain Gy, Alice Kudlak, Julien Lewkowicz, Arthur Rémi, Raphaëlle Rousseau, Salomé Scotto, Merwane Tajouiti, Maxime Thébault, Lucas Van Poucke, Mathilde Viseux et Lalou Wysocka, Assistant mise en scène, Dimitri Hatton, Dramaturgie et assistant de projet, Vassia Chavaroche, Scénographie, Mathilde Vallantin-Dulac, Création et régie lumière, Jonathan Douchet, Création et régie son et vidéo, Arnaud Léger, Image et montage, Emmanuel Manzano, Costumes, Laure Blatter, Salomé Scotto, Mathilde Viseux, Réalisation scénographie, Mathilde Vallantin-Dulac, Clémence Mahé, Direction de tournée, Sylvia Courty, Administration de tournée, Alice Le Diouron, Presse, Nathalie Gasser, durée 1h. 

 

visuels(c) Yohann Lamoulère

 

 

 

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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