Théâtre
« Ce que j’appelle oubli » : le touchant seul-en-scène d’Arnaud Stephan, texte par Laurent Mauvignier

« Ce que j’appelle oubli » : le touchant seul-en-scène d’Arnaud Stephan, texte par Laurent Mauvignier

25 novembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

Dans le cadre du Festival TNB, Arnaud Stephan présente son seul-en-scène Ce que j’appelle oubli, à partir du texte de Laurent Mauvignier. Poignant, il revient sur un fait divers tragique ayant coûté la vie à un jeune homme, il y a plusieurs années, mort sous les coups de 4 vigiles pour avoir pris et bu une bière dans un supermarché

Une scénographie simple et essentielle

Dans Ce que j’appelle oubli, le public se trouve réparti entre deux gradins, se faisant face. Tout de suite, cette organisation construit quelque chose qui se précise au fur et à mesure de la pièce. Car chacun se dévisage, faisant entrer l’humanité au beau milieu des spectateurs. La lumière augmente parfois très lentement, révélant peu à peu les visages ; ou s’éteint brusquement, imposant finalement un rythme étrange, nécessaire. La musique, de Clément Lemennicier, porte avec une justesse désarmante les propos du texte de Laurent Mauvignier. Oppressante avant que le crime ne survienne, elle bascule dans l’émotion pure lorsque les souvenirs de l’enfance sont évoqués, habillant la nostalgie avec finesse.

Arnaud Stephan a beau être seul sur scène, il habite tout entier ce couloir créé à travers le public. Sa voix sait se faire hésitante, portant le désarroi ; tout comme l’attitude indécise de son corps transmet le choc de la mort de ce jeune homme dont on ne connaîtra pas le nom.

Une ode à la fraternité perdue

Au-delà du récit acéré de l’homicide, la pièce offre une réflexion aboutie sur la société telle qu’elle est, qui manque parfois cruellement d’humanité. Le narrateur s’adresse au frère de la victime, déplorant la perte de l’être cher. Un parallèle se crée avec la disparition de cette même fraternité qui peut unir les hommes même s’ils ne sont pas liés par le sang. La société est mise à mal par des mots frappants, dénonçant la violence engendrée par la violence : « je ne sais pas de quelle humiliation ils veulent se venger » dit ainsi le personnage joué par Arnaud Stephan à propos des vigiles. Le texte entier nous renvoie aussi à tous ces instants où nous détournons les yeux pour ne pas assister à cette cruauté, dans le seul but de « conjurer la crasse qui se colle à d’autres« . 

Cependant, Ce que j’appelle oubli est aussi un hymne magnifique à la vie ; et plus particulièrement à cette idée absolue que chaque vie a de la valeur. L’émotion nous prend à la gorge lorsque les mots décrivent l’allégresse du vivant, la beauté des paysages, les sensations perdues après la mort si soudaine, accidentelle. Qu’il est important de protéger chaque cœur qui bat, car peut-être que la personne à qui il appartient développe cette pensée : « même à l’étroit on s’y fait bien de ce corps« . 

 

Ce que j’appelle oubli, seul-en-scène d’Arnaud Stephan. Texte de Laurent Mauvignier. Durée : 1h15. 

Visuel : © Compagnie Indiscipline

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Clémence Duhazé

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