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« Les sonnets de Shakespeare » : Une Norah Krief envoûtante pour un texte sublime

« Les sonnets de Shakespeare » : Une Norah Krief envoûtante pour un texte sublime

30 septembre 2015 | PAR Kalindi Ramphul

C’est un Shakespeare sexy en diable qui, en septembre, a foulé le sol du théâtre de la Bastille pour nous chanter ses célébrissimes sonnets. Plus rock’n roll que jamais, l’auteur magnifique se glisse enfin dans la peau d’une femme électrique. Au menu de ce voyage, 17 sonnets tantôt mélancoliques, tantôt pop. Récit du beau et du vrai.

C’est un feu ardent qui a consumé les planches du théâtre de la Bastille tout au long du mois de septembre. Norah Krief, actrice plus que confirmée puisque moliérisée à trois reprises (elle a notamment reçu le Molière de la meilleure actrice pour son rôle dans La dame de chez Maxime) semble avoir littéralement envoûté son auditoire, séduit ses musiciens et ensorcelé Shakespeare. L’auteur reprend vie à travers le corps frêle de l’actrice qui oscille entre force et fragilité avec une androgynie toute charmeuse. Accompagnée de ses musiciens au look rock très gentillet, Norah chante l’amour désenchanté, la jeunesse insolente et la vie déçue, tantôt avec une sobriété séduisante, tantôt avec une folie déconcertante. Si le rôle semble être une évidence pour la comédienne, c’est qu’elle est depuis bien longtemps l’amie du poète. Elle le rencontre en 1999 et ne le quittera jamais. Sublime d’abord dans Henry VI, sous la direction de Yann-Joël Collin, au Festival d’Avignon puis magistrale dans un spectacle mis en scène par Eric Lacascade, en 2001, Norah se fait compagne de l’auteur merveilleux. C’est Richard Brunel, cette fois, qui la dirige pour une heure quinze d’un spectacle habité.

La scène est un cabaret modeste qui incite à de chaudes rêveries. Habillé d’un piano, d’une batterie, d’une basse et de deux simples loges de théâtre qui accueilleront l’actrice parfois à demi-nue, le décors reste simple mais certainement élégant. Les corps se lovent dans la lumière, évoluent doucement au rythme d’une musique emmenée par Frédéric Fresson, le compositeur-pianiste, et ses deux acolytes Philippe Floris à la batterie et Philippe Thibault à la basse. Si les choix de mise en scène sont efficaces et laissent une place suffisante au sublime du texte, certaines propositions restent en suspens. Les passages en Anglais ne sont pas nécessaires puisqu’ incompréhensibles pour la plupart du public, d’autant plus qu’ils n’arrivent absolument pas à point nommé. Par ailleurs, l’actrice se grime et son jeu s’intensifie au moment même où elle déclame le texte en Anglais. On reste alors insensible à une intention que l’on a pas comprise.

C’est toutefois dans une course folle que Norah nous entraîne, habitée par un lyrisme exaltant et une énergie inouïe. Grâce à elle, le beau et le vrai font un pied de nez au sordide.

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Kalindi Ramphul

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