Danse

« Marry me in Bassiani », (LA)HORDE révèle son côté traditionnel

« Marry me in Bassiani », (LA)HORDE révèle son côté traditionnel

18 octobre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

(LA) HORDE ce sont trois noms : Brutti, Debrouwer, Harel. Les lauréats du prix Danse Elargie en 2016 sont aujourd’hui les directeurs du CCN Ballet National de Marseille. A la MAC dans le cadre de la programmation Hors les murs du Théâtre de la Ville, ils s’attaquent au difficile champ des danses folkloriques. 

Nous suivons ce collectif depuis le début, il y a 5 ans, et à l’époque ils étaient quatre.  Void Island au Festival Faits d’Hiver nous apprenait alors à comprendre leur travail très pointu où l’esprit de groupe devient un corps unique. Leur danse post internet est ultra physique et a permis, avec leur pièce Avant les gens mouraient de sortir le jump style de youtube pour l’amener sur les plus beaux plateaux. Pour la Nuit Blanche 2017, ils faisaient danser les engins.  Ce que l’on adule chez (LA) HORDE c’est leur radicalité de l’extrême, les plateaux nus et leur absence de compromis.

Pour le dire sans ambages, si nous avions vu Marry me in Bassiani à l’aveugle, nous n’aurions jamais pu deviner que (LA) HORDE était aux commandes tant ce travail est aux antipodes de leur identité. L’erreur se niche dans la proposition même. « En Géorgie, toute danse est en effet traversée par les bouleversements politiques » dit la note de salle. Quand la danse cherche à parler de géopolitique de façon littérale, elle se trompe.

Sur une scène au décor extrêmement envahissant composé de la façade d’un parlement et d’un chevalier, visiblement Saint George, présent sur les armoiries géorgiennes, l’Ensemble Iveroni attend pour le moment que le mariage commence. Une femme sera mariée de force dans une fête où la séparation des corps est de mise.  La musique est traditionnelle au départ pour entrer bien trop tard dans un rythme techno. Ce que cherche à prouver le spectacle, c’est la richesse de la nuit géorgienne où la fête règne dans un contexte de troubles politiques permanents. 

Dans un geste très classique en danse contemporaine, la pièce  interroge la répétition du mouvement. Ici, la danse folklorique géorgienne, au pas rapide et au buste fixe est exploitée. L’utilisation des danses traditionnelles dans la grammaire contemporaine n’est pas neuve. Elle a été magnifiée par Alessandro Sciarroni dans Folks, par Christian Rizzo dans d’Après une histoire vraie, ou encore un peu plus récemment par Alexandre Roccoli dans Weaver Quintet.

En ne mettant pas à distance le geste et sa fonction, Marry me in Bassiani devient uniquement une pièce de danse folklorique qui ne fait ni avancer la recherche chorégraphique, ni la politique. Bien sûr les danseurs sont merveilleux, mais ils dansent dans leurs codes, sans apport à la modernité.  Le geste a beau être technique et rapide, il devient ennui car il n’est pas un objet d’étude.  Jusqu’à présent (LA) HORDE faisait avancer la danse, et l’on espère les retrouver, à l’avant-garde, bientôt. 

Visuel (LA)Horde

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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