Danse
(LA)HORDE en cascade à Chaillot

(LA)HORDE en cascade à Chaillot

02 novembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Telle une « demolition party », Chaillot s’offre, avant sa longue fermeture de sa salle Jean Vilar pour gros travaux, des grands soirs pops et super cools. Jusqu’au 4 novembre, des hordes se pressent pour une déambulation grandiose.

Prendre de la place

Cette expérience s’intitule « We should have never walked on the moon ». Elle a été créée l’été dernier à Cannes, dans le Palais des Festivals. Autre bâtiment, autre histoire, autre époque. Chaillot a été construit en 1937, entre deux guerres, à la fin de l’Art Déco. Et aujourd’hui, une nouvelle page se tourne. Les travaux de la salle Jean Vilar débuteront en janvier 2023 pour une durée de deux ans et demi, si tout va bien. Alors que le Théâtre de la Ville, en travaux depuis 2016, n’a jamais réouvert, la pression monte dès qu’un appel d’offre est signé.

Pour garder la trace du lieu tel que nous le connaissons, (LA)HORDE a investi chaque millimètre du Palais. Des escaliers majestueux, ornés du tapis brûlé à la beauté inouïe de Cristian Zurita et que nous empruntons, au son de la boucle obsédante de Grind de Philip Glass. Du mouvement, des cascades, des acrobaties, de la danse partout et en continu. Il est impossible de tout voir compte tenu des files d’attente concentrées et qui témoignent du succès de la performance. À vue de nez, il nous faudrait quatre heures pour accéder à toutes les propositions, or nous n’avons que deux heures devant nous. Notre choix de circulation est simple : aller voir ce que nous ne connaissons pas de (LA)HORDE, et, si le temps le permet, aller revoir des extraits de nos pièces préférées. Par exemple, nous avons pu nous glisser dans la Salle Maurice Béjart, un studio de répétitions qui accueillait To Da Bone, et qui rassemble toujours les jumpers. Le jump style ressemble à une danse tyrolienne dont les bras serait absents. Il se danse à BPM élevé. Au son techno du DJ en live, la danse se déroule chacun pour soi ou collectivement, dans une ronde qui se transforme en une ligne à l’allure de sirtaki.

Éloge de la technique

Le cœur de la déambulation est The Beast, qui avait été pensé pour La Nuit Blanche 2019. C’est aussi fou, aussi incroyable qu’inédit. Imaginez une limousine garée au centre du foyer, là où normalement se tient le café du théâtre. Au passage, vu les dimensions de Chaillot, la Limo prend des allures de Twingo ! Elle va être posée là en permanence. En face d’elle, est projeté en boucle le film de la performance de la Nuit Blanche et qui reproduisait une émeute. Autour de cette voiture de luxe, des âmes perdues au fond de la nuit gesticulent en taguant le sol de messages illisibles. C’est le bout de la nuit, la fin d’une soirée, à retenir quel que soit son état. Cette installation vivante est augmentée d’extraits d’autres spectacles comme le ballet des laveuses industrielles ou le lyrique Lazarus d’Oona Doherty. On se croit en permanence dans un clip super-produit. Le public ne s’y trompe pas, les téléphones sont de sortie et Instagram est en feu ! La relation aux machines est précieuse pour (LA)HORDE. Des voitures, on en trouve également dans Low Rider, un pas de deux sexuel sur une bagnole à taille réelle, télécommandée en direct. Là encore, l’image est folle. Les corps, eux, sont circassiens, ils vont du côté de la contorsion, les dos se cambrent à l’excès jusqu’à inverser l’ordre des choses. Quant à la technique, elle se trouve dans ce qui est pour nous le plus beau geste du parcours : une immersion dans la salle Jean Vilar, qui va donc être totalement détruite et reconstruite. On y retrouve le film que (LA)HORDE a tourné pendant les Eurockéennes de Belfort. On y voit la boue, la foule, la pluie. Le public est assis sur la scène, LA scène de Chaillot, où tous les grands et toutes les grandes ont dansé, de Merce à Trisha. Le rapport inversé scène-salle donne à la vidéo une allure plus vivante que jamais.

Whe should have never walked on the moon vient dire que tout est possible et que surtout, il faut regarder à côté, en dessous, changer de point de vue et abolir le mur entre le vivant et le virtuel, pour en faire une seule communauté. En 2015, en arrivant dans l’écosystème chorégraphique, (LA)HORDE avait inventé la « danse post-internet » ; bientôt dix ans plus tard, le trio semble s’attaquer à une danse Web3, faite à la fois pour les stories d’Instagram et le vivre ensemble.

Jusqu’au 4 novembre, à Chaillot

Visuel : © ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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