A l'affiche
« Good Boy, histoire d’un solo », Marie-Hélène Rebois raconte ce que le Sida a fait à la danse

« Good Boy, histoire d’un solo », Marie-Hélène Rebois raconte ce que le Sida a fait à la danse

15 avril 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Malheureusement absent des salles de cinéma injustement fermées, le documentaire de Marie-Hélène Rebois sur l’iconique solo Good Boy d’Alain Buffard sera enfin visible en ligne ce soir sur le site de la 25e heure et en collaboration avec le Centre Pompidou.

Initialement prévu dans le cadre du festival Move 2020 au Centre Pompidou dont la thématique portait sur la notion de vulnérabilités, ce film aurait du être montré car il revient pour la première fois au cinéma sur ce solo dont le thème central est le sida.

« Je suis du côté des vivants »

Avant tout, il faut écrire qu’il est très touchant bien sûr d’entendre et voir Buffard, mais aussi de voir sa filiation, portée par Matthieu Doze. C’est déjà là l’apport de ce film.

Alors revenons à l’objet. Good Boy c’est un solo pour un homme, rasé, nu, quatre néons, quelques lumières, et des boîtes d’AZT, le premier « traitement » contre le sida.

Good boy c’est d’abord un corps comme scanné, hospitalier. Puis un sexe strappé comme le font les drags queens. Ensuite, il faudra bouger avec des slips blancs, qui s’enfilent comme à l’infini devenant une couche au son de Andante de la sonate n°1 en si mineur de Jean-Sébastien Bach BWV 1014, jouée par Glenn Gould.

Good boy est un manifeste qui montre un corps vulnérable et si fort, un corps malade et désobéissant. Mais un corps, comme le dit Matthieu Doze lors d’une table ronde, « autonome ». Un corps qui se fait entendre et voir et qui même s’amuse des médocs et les transforment en talons hauts.

Le film, le documentaire plutôt, montre l’apport de Good boy à la danse c’est à dire au corps qui survit au sida. La maladie a décimé le monde de la danse entre 1981 et 1996, date donc des premières trithérapies. Alain Buffard est séropositif mais il ne meurt pas, pas tout de suite. Il se pose alors la question de recommencer à danser, danser avec la maladie qui n’est plus synonyme de mort. Alain Buffard meurt à 53 ans, du sida, 20 après tous les autres. C’est une chance, c’est insupportable bien sûr aussi.

Il faut entendre l’époque. Nous sommes en 1998 , le sida commence à peine à moins tuer. La pièce est créée à la Ménagerie de Verre. Elle est très symbolique, allégorique. Le film montre bien comment ceux qui ont eu la chance de voir Good Boy à la création ont été happés par la « mélancolie »

On découvre comment la chanson de Kevin Coyne, « Good boy » a donné son nom, comment Anna Halprin la remis (de façon brutale !) en danse, comment la pièce s’est multipliée.

Mais l’apport, le vrai est double : le film permet, et c’est la première fois au « cinéma » de dire ce que le sida a fait à la danse sans filtre,  « comment rester debout » en étant malade.  L’autre aspect est de montrer les possibilités de la danse de Buffard. Car comme nous le disait  François Frimat à l’occasion de la sortie du livre Alain Buffard, Good Boy, « Il y a toujours quelque chose de Buffard qui scintille ». C’est de plus en plus vrai.

Informations pratiques

La projection de Good Boy, histoire d’un solo de Marie-Hélène Rebois sera suivie d’une rencontre avec Marie- Hélène Rebois et Philippe Mangeot ex-président d’Act Up-Paris, co-scénariste du film 120 battements par minute, de Robin Campillo.

Cette projection sera mise en ligne pour le public sur le site de la 25eheure.com le jeudi 15 avril 2021 à 19h. La rencontre sera disponible sur le site centrepompidou.fr

Le film sera également projeté cet été lors du Festival Montpellier Danse.

Visuel : ©Marc Dommage

« Le prix de la paix » la série d’arte sur l’après-guerre et ses complexités en Suisse
La fluidité des hommes et des idées
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture