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« Le prix de la paix » la série d’arte sur l’après-guerre et ses complexités en Suisse

« Le prix de la paix » la série d’arte sur l’après-guerre et ses complexités en Suisse

14 avril 2021 | PAR Ilan Lévy

1945 : « C’est maintenant que la guerre commence pour la Suisse ». La mini série de la SRF et arte propose 6 épisodes de 50 minutes qui posent la question de l’attitude du pays resté neutre pendant la guerre à travers une intrigue familiale bien ficelée.

Qui aurait pensé que la Suisse produisait des séries ?

Le passé de la Suisse n’est guère glorieux. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce petit pays « neutre » a soutenu jusqu’au bout les nazis en revendant notamment leur or, en accueillant nombre de dignitaires nazis en fuite et, aussi, en expulsant des Juifs, notamment des enfants, qui tombaient entre les mains des nazis.
La série « Le prix de la paix » évoque avec justesse et nuance tous les aspects de ce terrible épisode de son histoire. A partir de 1945, à travers le destin d’une riche famille qui oeuvre dans le textile, la scénariste Petra Volke explore l’attitude de ses compatriotes. C’est l’une des très rares séries produites par la télévision publique suisse.

Une histoire de famille

La famille qui a bien profité de la guerre pour s’enrichir voit son patriarche décliner. Johan son gendre reprend l’affaire pendant que sa jeune et charmante épouse, Klara, s’occupe d’un orphelinat qui accueille, sous couvert de la Croix Rouge, des enfants juifs rescapés de Buchenwald. La Suisse cherche par cet acte « héroïque » à se racheter de sa conduite pendant la guerre. Egon, le frère de Yohann, est un policier à la recherche des nazis et de leur argent en Suisse. Alcoolique, miné par sa mission de soldat aux frontières, il raconte dans un épisode de profonde mélancolie comment la Suisse a renvoyé des familles juives hors de son territoire. Il se rend vite compte que les nouveaux associés de son frère, « un consortium qui souhaite rester discret », sont en fait des nazis qui ont spolié des Juifs. Son frère, pour sauver l’usine, fait venir un chimiste nazi.
Toute cette histoire ne serait pas complète sans l’opposition entre Klara qui prend le parti des enfants juifs, jusqu’à tomber amoureuse de Herschl, un grand gaillard de 19 ans, traumatisé par la Shoah, et sa famille qui se cache à peine de son enthousiasme passé pour les nazis.

Une histoire suisse… et aussi européenne

Xavier Cornut, le président du Cercle Karl Lutz, Juste qui sauva de très nombreux juifs hongrois, revient sur cette série qui a marqué son pays : « Il s’agit d’une production unanimement saluée en Suisse, non seulement pour sa qualité artistique que pour la subtilité de son scénario. La scénariste Petra Volpe a réalisé un travail de recherche minutieux. Elle brosse un portrait sans fard de la neutralité de la Suisse à la fin de la guerre, et du débat qui empoisonne la mémoire nationale depuis lors : la Suisse a-t-elle collaboré, a-t-elle résisté, que pouvait-elle faire de mieux vu sa taille, son comportement à l’égard des Juifs a-t-il été peu louable ou carrément déshonorant ? La série aborde les aspects sécuritaires (chasseurs de nazis), économiques (une entreprise suisse accueillant des chercheurs allemands) ou humanitaire (la venue, en Suisse, de réfugiés juifs accueillis par la Croix-Rouge suisse). Plutôt que de céder à la facilité, « Frieden » conclut par des questions ouvertes. Quel est le rôle de la neutralité dans un conflit, et où se trouve le rôle d’une telle décision politique lorsqu’il fait face à l’innommable » En abordant, avec brio, et sans pathos, ni moralisme étouffant, cette partie de l’histoire suisse, la série parvient à monter sans manichéisme la réalité d’une époque. La Suisse et son sacro saint secret bancaire triompheront-ils ? La série « Frieden-La paix » en Suisse se nomme « Le prix de la paix » en français, titre qui exprime bien plus la réalité d’une époque où rien n’était totalement noir, ni blanc ».

Le prix de la Paix, de Petra Biondina Volpe, Avec Annina Walt, Max Hubacher, Dimitri Stapfer, une série en 6 épisodes sur artetv

visuel : affiche officielle

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