Danse
Frérocité, la danse accumulatoire de Fabrice Ramalingom à Montpellier Danse

Frérocité, la danse accumulatoire de Fabrice Ramalingom à Montpellier Danse

25 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Une pièce qui se déroule dans un espace confiné, cela vous rappelle quelque chose ? Et pourtant, rien à voir avec la pandémie, Fabrice Ramalingom a ce spectacle en tête depuis 30 ans en quelque sorte. Frérocité nous parle d’un vivre ensemble sans angélisme. A voir ce soir et demain au Théâtre de la Vignette à Montpellier Danse.

Dans la tête du chorégraphe, il y a un court métrage d’animation réalisé par Zbigniew Rybczynski et sorti en 1981. On y voit des individus faire des actions quotidiennes disparates. Et ce court accompagne Fabrice Ramalingom depuis. Et il gardait l’envie d’en faire un spectacle, c’est chose faite. Quand au titre, Frérocité, il le pique à Lacan. Le mot dit que la fraternité n’est pas que joie et bonheur. Alors, comment exprimer cela sur scène ?

D’abord un aveuglement, et des fils qui pendent dans une pièce parée de pendrillons blancs. Un homme seul entre et danse contre lui-même, contre son ombre, comme un combat. Ensuite arrive un deuxième qui, lui, bouge en circulant dans ses hanches jusqu’aux bras pour une forme d’étirements. Ils ne se croisent pas. Pendant ce prologue long, ils répètent chacun leur partition. On comprend alors le procédé : un vivre ensemble mais séparé. Un huis clos distancié.

On perd patience devant cette mise en bouche qui s’étire sans raison, on a envie que la danse débarque. Non, parce qu’on sait qu’à un moment, ils doivent être une armée. Au programme sont annoncés : Séverine Bauvais, Vincent Delétang, Clémence Galliard, Jean Rochereau, Hugues Rondepierre, Antoine Roux-Briffaud, Emilio Urbina et 15 amateurs de la ville de Montpellier : Lily Benmeni, Zitto Bernard Leenhardt, Marine Burgevin, Léa Delaporte, Chrystel Ferignac, Julie Gros, Aurélie Harnequaux, Audrey Lopez, Mireille Majourel, Lamia Mouchmouch, Sandra Moulin, Brian Pater, Laura Platon, Magali Reignard et Maxime Varobieff. 22 danseurs. Sur un plateau pas si immense. Cela devrait se voir !

Et bien heureusement Fabrice Ramalingom répond à notre attente, et la danse se fait jeu. Chacun amène et dépose un objet sur scène : sacs poubelles, chaussettes, radio-cd, des escabeaux… Plus ça avance, plus ça remplit. Cela donne à la scène l’allure d’une oeuvre d’Arman. Rien ne va avec rien mais le tout est cohérent ! Les couleurs des costumes sont très pop et jurent les unes avec les autres. 

Dans un mouvement qui ne déplairait pas à Charmatz, Ramalingom travaille le corps collectif. Mais ici, il garde le moral, et la mise en commun de la danse peut jaillir de façon violente ou en fiesta.

La montée en puissance de Frerocité est portée par la bande son faite, elle aussi, d’accumulations. Elle est signée de Pierre-Yves Macé, rien que ça ! Et quand elle devient techno ou métal, c’est une joie.

Les danseurs pros sont excellents chacun dans leur genre. Antoine Roux-Briffaud survole néanmoins la partition avec son kilt jaune et ses mouvements inversés chers à Rizzo (pour qui il danse). 

Dans ce vivre ensemble, il faut garder sa raison et écouter les sages. Et dans ce rôle Jean Rochereau est parfait. Il danse depuis plus de 50 ans, il a été dirigé par les immenses Roland Petit, Dominique Bagouet… Et là, il erre, vérifie, regarde le monde gesticuler. Il dansera finalement, et ce sera beau. Vous verrez.

Le spectacle nécessiterait d’être resserré dans chacun de ses tableaux. Il manque peu à Frérocité pour être un chef-d’œuvre. Les idées et la direction des danseurs sont impeccables, la bande son un monument. 

Vendredi 25 et samedi 26 juin à 20h au Théâtre la Vignette.

Visuel Frérocité© Frank Boulanger

 

 

 

Clément Sapin nous parle des 10 ans du Festival Debussy
Agenda culturel du week-end du 25 juin
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture