Danse
So Schnell, la pièce testamentaire de Dominique Bagouet est de nouveau vivante

So Schnell, la pièce testamentaire de Dominique Bagouet est de nouveau vivante

23 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au CND, dans le cadre du Festival Camping, est présentée jusqu’à ce soir et 28 ans après la dernière fois, So Schnell, la dernière pièce du chorégraphe mort du sida le 9 décembre 1992 à l’âge de 41 ans. Un monument de danse, repensé par Catherine Legrand pour l’adapter dans une version à la fois d’hier et d’aujourd’hui, entre vie et mort. Lumineux.

Hier

En 1993, So Schnell est donné dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes du Festival d’Avignon. C’est la dernière fois que la compagnie dansera ensemble, ensuite elle se dissout. Dominique n’est plus, il est mort six mois plus tôt. Il avait totalement participé à l’écriture de cette pièce qui compte deux versions : 1990 et 1992. En 1992 est ajouté un prologue, un pas de deux : « Déserts d’amour », interprété alors par Catherine Legrand et Olivia Grandville.

Cette même année, 1993, naissent les Carnets Bagouet et les pages de ces carnets, ce sont les danseurs qui transmettent, sans être dans une archive, la danse et l’esprit de ce danseur et chorégraphe qui a révolutionné la danse française des années 80 en la teintant de la post modern dance américaine et d’un gout assumé pour la danse classique et baroque. La pièce fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 1998.

Aujourd’hui

Nous voici en 2021, 70 ans après la naissance de Dominique Bagouet. 70 ans. Pas vraiment un âge à être mort depuis 29 ans. Nous n’avons pas fini de comprendre ce que le sida a fait à la danse. C’est un massacre. 

Catherine Legrand n’a pas touché à la partition mais a déplacé les couleurs. Au XXe siècle, les costumes étaient colorés (sauf pour le duo de départ) et des éléments de décor étaient présents, des nuages. Aujourd’hui, les danseurs sont tous en noir, et la couleur n’est présente que dans les lumières qui parfois prolongent les pas en silhouettes roses et bleues comme des fantômes pop.

Mais nous oublions de vous raconter ce qu’il se passe au plateau. Nuno Bizarro, Ève Bouchelot, Yann Cardin, Florence Casanave, Meritxell Checa Esteban, Élodie Cottet, Vincent Dupuy, Élise Ladoué, Théo Le Bruman, Louis Macqueron, Thierry Micouin, Annabelle Pulcini vont évoluer au double son de la cantate de Bach BWV 26 : « Ach wie flüchtig, ach wie nichtig… » dont les premières paroles signifient « Ah combien fugitive et vaine est la vie humaine… » et d’une partition brutiste faites de bruits de machines. « So schnell » (Si rapide) sont les premiers mots de la cantate.

La danse est fulgurante autant que marrante. Chez Bagouet les jetés et les pliés sont détournés, les chevilles cherchent les angles comme les bras. Les corps droits penchent, les poings frappent, et quand on mouline dans le vide à toute allure, une main bienveillante vient vous accueillir. Chez Bagouet, l’humour est très présent, les danseurs bondissent comme des enfants dans une cour d’école. Chez Bagouet, la beauté est très présente, et l’occupation du plateau est faite de surgissement comme des éclats où les danseurs se jettent comme à l’eau. Dans un geste qui nous apparaît classique aujourd’hui, les temps de dissociations sont rejoints par des ensembles. 

Ils sont douze, garçons et filles, de générations différentes. Et ils offrent  des figures qui sont des monuments, comme ce moment debout où deux corps n’en font qu’un et que les bras opposés des danseurs se rejoignent pour entrer en cinquième position.

La musique classique intervient par surprise avant d’être arrêtée par la partition mécanique. Bagouet se sait malade quand il écrit, et l’urgence est présente dans chaque instant. Autant dans les bras amples accompagnés de grandes traversées souriantes que dans les temps où la respiration s’entend comme un mouvement. Souvent, les corps sont de biais et les bras cisaillent l’air comme des flèches, nous touchant en plein cœur.

 

Du 21 au 23 juin au CND. Ce soir à 21H, il reste de la place.

La pièce tourne en Europe et sera cette saison à l’Opera de Montpellier. Vous pouvez également voir une excellente captation de la version de 1993 sur Numéridanse, en accès libre ici.

Visuel : Dominique Bagouet, Caterine Legrand, So Schnell © Caroline Ablain

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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