Danse
« Cascade » :  Meg Stuart en chute libre au Festival d’Automne

« Cascade » : Meg Stuart en chute libre au Festival d’Automne

13 octobre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis quelques semaines, sur la façade du Centre Pompidou, on pouvait voir l’affiche alléchante de ce spectacle au casting dingue. L’image représentait des humains accrochés à une piste de saut en ski… Pas très commun, vous en conviendrez ! Et au-dessus étaient écrits des noms de rêve : Philippe Quesne à la scénographie, Meg Stuart à la chorégraphie. Nous étions prêts à être emportés par cette Cascade qui, finalement, nous a fait l’effet d’une toute petite chute d’eau.

Soutenue par le programme « New Settings » de la Fondation Hermès, la pièce est ultra accompagnée. Le public ne s’y trompe pas, les quatre représentations affichent complètes. Nous voici donc face au décor tant convoité. L’installation est démente : la fameuse piste, deux grosses montagnes molles et des sacs au contenu indéfinissable suspendus au-dessus de la scène. Deux batteries ponctuent l’espace. La première image est géniale. On y voit le si laxe Márcio Kerber Canabarro surgir de l’ombre pour escalader la masse, s’y plonger, y disparaître, en couler.  Jusqu’ici tout va bien. En fait tout va mal, mais ça, c’est le sujet.

L’humanité, la pièce le montre lourdement, est en chute libre, elle est entraînée par elle-même dans une cascade. Et rien ne peut la sauver. Les interprètes peuvent toutes et tous gesticuler, qu’ils ou elles soient danseurs/danseuses ou pas. Ils et elles vont beaucoup sauter, beaucoup glisser, beaucoup tomber au rythme martelant des batteries.

Tout est là pour construire une pièce manifeste sur la fin de notre espèce, mais malheureusement, Meg Stuart, dont on a souvent aimé le travail, se perd en alignant tous les poncifs possibles du théâtre contemporain des années 2000. Plus de deux décennies plus tard, les images sont datées. Nous avons la sensation désagréable que des cases ont été cochées : micro, néons, fumée, nudité. Encore une fois, nous ne sommes pas opposés à ces éléments, le problème est qu’ils sont utilisés à mauvais escient. 

Au milieu de cette longue et grande Cascade, de bonnes idées pointent, comme celle qu’un slow au bord de la plage au moment du coucher de soleil peut nous sauver, nous empêcher de chuter.

Le travail d’improvisation et au plateau pendant les répétitions transpire tout au long de la représentation. La construction du groupe hétérogène pourrait fonctionner, mais Meg Stuart tombe dans l’écueil de vouloir faire parler les danseurs et les danseuses et vouloir faire danser les acteurs. Cela met en relief de façon gênante les différences de dextérité entre les uns et les autres. 

Ils et elles deviennent des shadoks dans cet univers qui navigue entre décor de Star Wars et d’Intervilles. Cela pourrait être drôle et puissant, mais à trop étirer son sujet, Meg Stuart assèche sa cascade. 

Visuel : ©Martin Argyroglo

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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