Danse

Biennale de Charleroi Danse 2019

Biennale de Charleroi Danse 2019

20 octobre 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

 

 

Lancée par une création de la chorégraphe belge Michèle Noiret, cette Biennale a voulu cette année s’ouvrir à des artistes de quatre continents.

 

Installée dans les bâtiments qui abritaient jadis les écuries de la gendarmerie royale, la Biennale de Charleroi-Danse bénéficie d’un cadre imposant qui regroupe studios et salles de spectacle. L’ensemble est surmonté par un vaste foyer inondé de lumière. Dessiné par les bureaux de l’architecte Jean Nouvel, il ouvre sur une immense terrasse au plancher de bois, laquelle est surplombée par une belle tour en forme de cône tronqué imaginée par le même architecte et abritant les bureaux de la gendarmerie et peut-être même aussi quelques obscurs cachots.  

 

Un vaste programme de réhabilitation

 

Pour rendre un peu de dignité à une cité laborieuse longtemps sinistrée, dévastée par la désindustrialisation, les autorités municipales et régionales ont lancé un vaste programme de réhabilitation de la ville. Dans ces anciennes écuries règne donc Charleroi-Danse. Unique centre chorégraphique de la Fédération de Wallonie et de Bruxelles, il  « entend remplir pleinement son rôle d’accompagnement d’artistes aux différents stades de leurs parcours » et assume le volet culturel de cette renaissance de la cité. 

L’extinction naguère du Ballet royal de Wallonie, étrangeté d’un autre temps qui survivait avec une esthétique ahurissante dans le siècle de Cunningham ou de Pina Bausch, cette extinction aura permis à la Belgique francophone de se doter alors d’une entité chorégraphique moderne confiée au Bruxellois Frédéric Flamand, fondateur à Bruxelles du Plan K, antique raffinerie de sucre qui fut dans les années 1980 et 1990 le réceptacle de tout ce qui se faisait de novateur dans un pays encore marqué par les triomphes de Maurice Béjart. 

Nommé à Charleroi Danse, Frédéric Flamand, dès 1991, apportait en dot les vastes bâtiments du Plan K. Et  si ce dernier quittait Charleroi en 2005 pour prendre la direction du Ballet national de Marseille, aujourd’hui encore Charleroi Dance et le Plan K à Bruxelles coexistent sous une même direction, désormais assumée par la Française Annie Bozzini. 

 

A chaque époque, ses gloires

 

Il y a quelques lustres encore, Charleroi Danse pouvait convier les grandes figures de la « post modern dance » américaine, les meilleurs auteurs de la danse contemporaine française et européenne, sans compter quelques-uns des artistes les plus marquants de la scène belge francophone.  A chaque époque, ses gloires. Les temps ont si radicalement changé que les têtes d’affiche d’aujourd’hui n’ont plus la stature de celles d’hier : Boris Charmatz, Israël Galvan, Asuza Takeuchi, Arno Schuitemaker, Lara Barsacq, Louise Vanneste, Olivier Tarpaga, Félicette Chazerand, Ayelen Parolin, le collectif (LA) HORDE…sont les artistes invités cette année par Charleroi Danse, aux côtés d’Alain Platel, de Bruno Beltrào ou de Michèle Noiret qui a ouvert le festival avec une création, « Le Chant des ruines ». 

Pour Annie Bozzini qui porta durant vingt ans les destinées du Centre de développement chorégraphique de Toulouse dont les magnifiques projets, élaborés durant des années avec la municipalité socialiste d’alors et le ministère de la Culture, ont été brisés net par l’arrivée brutale d’un maire de droite, pour Annie Bozzini, hériter dès le 1er janvier 2017 de ce magnifique organisme que constituent Charleroi Danse et Le Plan K est une belle opportunité, cadrant parfaitement avec son parcours opiniâtre et militant. Mais, une fois encore, l’époque n’étant plus guère portée par de très grandes signatures, il serait contraire au bon sens de se crisper sur un passé révolu. Charleroi-Danse doit aujourd’hui chasser dans des contrées moins fertiles sans doute, mais aussi beaucoup plus étendues. 

 

Quatre continents

 

Cette édition s’est ouverte à quatre continents. Et justement à l’Amérique du Sud avec Bruno Beltrào venu de ce Brésil où l’arrivée au pouvoir du sinistre Bolsonaro a entraîné la disparition pure et simple du ministère brésilien de la Culture. Et Charleroi Danse de citer le chanteur brésilien Chico Buarque : « Aujourd’hui les artistes et les acteurs de la culture ne sont ni bienvenus, ni bien vus par le gouvernement, même s’il n’y a pas de persécutions policières comme en 1969. Toutefois, les menaces existent, pas forcément contre les artistes, mais contre la gauche en général, les gays, les minorités, les femmes. Une culture de la haine s’est répandue au Brésil de manière impressionnante ».  Si la Biennale de Charleroi Danse soutient Bruno Beltrào et s’insère au sein d’une tournée européenne qui comprend des villes de Belgique, du Luxembourg, d’Allemagne et de France, la saison de Charleroi Danse, elle, qui court tout le long de l’année, met à l’affiche d’autres artistes brésiliens : Alice Ripoll, Wagner Schwartz, Volmir Cordeiro, Pol Pi ou Bruno Freire, cependant que le Plan K accueillera Lia Rodriguès. « Afin de témoigner notre solidarité et notre reconnaissance à ces créateurs de l’urgence, inspirants et inspirés ».    

Raphaël de Gubernatis

 

Biennale de Charleroi Danse, jusqu’au 26 octobre 2019.

charleroi-danse.be ou 00 32 71 20 56 40.

Visuel : ©Sergine Laloux

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Raphaël de Gubernatis

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