Théâtre

Rêves d’Occident libre ré-écriture de La tempête (Shakespeare) par Jean-marie Piemme : Le baroquisme 2.0.

Rêves d’Occident libre ré-écriture de La tempête (Shakespeare) par Jean-marie Piemme : Le baroquisme 2.0.

20 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

À partir de la fable de Shakespeare, qui sert de trame à l’intrigue autant que de terreau à l’imaginaire, Jean-Marie Piemme donne naissance à son propre texte, développant ses propres thèmes, ses réflexions, ses inquiétudes et ses interrogations, cherchant à saisir dans ce drame épique les grandes problématiques de la modernité.

Par Antoine Laethier et David Rofé-Sarfati

Au départ du projet se trouve l’attrait de Jean Boillot pour la pièce de Shakespeare, et en particulier pour trois aspects de cette pièce. Il y voit en premier lieu, une  dimension métaphorique du dialogue Nord/sud , donc une clef de lecture pour des problématiques contemporaines, en deuxième lieu une description riche et juste des rapports parents-enfants, enfin il s’enthousiasme de la place donnée à la musique dans cette pièce de théâtre. Partant, il propose à Jean-Marie Piemme, dramatur(g)e expérimenté, avec lequel il collabore depuis des années, d’en faire une réécriture.

Prospero, de magicien dans la pièce de Shakespeare, se fait savant; homme de raison, il dissèque les cadavres afin de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, ce qui lui vaut la désapprobation de l’église et finalement l’exil. Le voilà parti vers d’autres rivages civilisés, en compagnie de son fidèle serviteur Ariel et de sa fille unique Miranda (portant le nom de sa mère défunte), lorsqu’une tempête provoque leur naufrage sur la berge d’une île inconnue et sauvage. Prospero tombe alors amoureux de la reine de l’île, et dans sa foi absolue en la science conçoit un projet titanesque : faire de cette île la cité idéale, façonnée et régie par la raison, il la nomme Prosperia . Sycorax, la reine en question, est séduite par son aplomb et se laisse convaincre. Le projet aura donc lieu, place au progrès ! Le savant épouse la reine, leurs enfants se lient d’amitié, la famille vit une idylle et la cité prospère. Mais bientôt l’idylle fait place à la désillusion;  Caliban (fils de la reine et fils adoptif de Prospero) prend conscience de l’envers du décor. Les signes avant-coureurs de la catastrophe se multiplient, Prospero fait preuve d’une obstination aveugle, poursuivant coûte que coûte son nouveau projet fou : celui de tuer la mort… Le progrès est une drogue dure  dira-t-il, et nous le voyons s’y brûler les ailes comme un Icare, et la cervelle comme un camé, entraînant dans sa chute, sa famille et la cité.

On l’aura compris, il s’agit d’un théâtre d’actualité, d’un théâtre qui réfléchit le monde et ses enjeux les plus urgents. Rompant avec une tendance frontale et documentaire du théâtre politique d’aujourd’hui, Jean-Marie Piemme s’affirme convaincu que c’est dans la distance qu’on aperçoit les choses dans leur complexité et pas quand le nez s’écrase sur son objet. Aussi l’exercice de la réécriture prend-il tout son sens : l’auteur se sert de la fable de Shakespeare pour nous transporter dans un ailleurs, proche du conte, où peuvent se matérialiser les utopies et leurs distopies, autant de fantasmes et de dérives associées.

Fidèle à l’esprit de Shakespeare, le texte de Jean-Marie Piemme est foisonnant  d’images et d’aphorismes. Il est multiple, tout terrain, aborde tous les sujets, tous les thèmes, joue sur tous les plans, met en perspective la sphère publique avec la sphère familiale, fait dialoguer la reine avec la servante, le valet avec le roi. Il passe du tragique au comique, mêle l’infime et l’intime au global et au politique, parvenant ainsi à donner à l’expérience théâtrale une formidable impression de totalité.

Cette multiplicité de l’expérience théâtrale est servie par la mise en scène, la scénographie, les costumes et par l’importance accordée à la musique. Désireux d’adopter des conventions  anti-réalistes  afin d’agrandir l’espace de la représentation Jean Boillot s’inspire du Théâtre à l’italienne et prône une esthétique théâtrale de l’amusement, du jeu, du détournement du multiple et du divers. Il s’agit d’une véritable recherche esthétique qui se poursuit à tous les niveaux de la création, depuis l’auteur jusqu’au metteur en scène, en passant par les comédiens, la scénographe-costumière, le compositeur, les musiciens, les chanteurs, la vidéo. Comme les vertigineux chants en canons que la troupe fait entendre. Celle-ci fait feu de tout bois pour construire une expérience de spectateur d’un désordre bien orchestré, une impression de vivant. Une jolie expérience qui élargit les possibles.

 

 

 

RÊVES D’OCCIDENT
Théâtre de la Cité internationale, Paris

du 7 au 26 octobre 2019

lien de réservation

Crédits Photos Arthur Pequin

 

Infos pratiques

Festival Nouvelles du Conte
Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *