"Infini", le compte à rebours de Boris Charmatz lance le festival d’Automne

SeptembreSep 10 2019 00:00 - 00:00 Europe/Paris

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La dernière création, (à Montpellier danse), du plus intellectuel des chorégraphes français arrive à Paris, au Théâtre de la ville, dans le cadre du Festival d’automne et du programme New Setting de la Fondation Hermès. Un spectacle où les corps collapsent dans une fin du monde inéluctable.

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Charmatz interroge le geste et il le fait depuis ses débuts. Rappelons qu’il a dirigé pendant 10 ans le centre chorégraphique de Rennes qu’il avait renommé Musée de la danse. Rappelons également que sa pièce 20 danseurs pour le XXe siècle est le seul ballet au répertoire de l’Opéra de Paris qui se joue partout sauf sur la scène de l’Opéra… Ce danseur et chorégraphe est fasciné par la parole de la danse. Dans le débordant 10000 gestes, par exemple, le titre annonçait le programme.

Infini semble être la suite logique à cette idée d’indépendance du mouvement. Chez Boris, l’esthétique est mise au placard, seule la pensée prime. Ici, il questionne l’acte de compter, ce qui amène à comprendre que même les chiffres sont des symboles. Si on lit 1968, une date est convoquée, pas juste un agglomérat de nombres. Et c’est là-dessus que l’écriture d’Infini opère : dans une circulation appuyée par les petits gyrophares posés au plateau. La lumière est un discours sur la fin des temps où le noir reprendra ses droits. Elle est signée de l’orfèvre Yves Godin.

La danse est hystérique, évidemment déconstruite. Régis Badel, Boris Charmatz, Raphaëlle Delaunay, Maud Le Pladec, Fabrice Mazliah et Solène Wachter dansent chacun dans leur corps et sans unité ni de costume, ni de corpulence.  Tous ont des carrières bien définies. Maud Le Pladec est par exemple la directrice du CCN d’Orléans. Ce n’est pas une troupe et pourtant, tous se connaissent bien.

Charmatz présente une pièce déconstruite à l’écriture très précise, et c’est dans ce paradoxe que l’intelligence d’Infini surgit. En guise de signatures, il invite les portés comme des trophées, les amas de corps, les ruptures de rythme voraces et les courses.

Bien sûr tout va mal ici. Compter jusqu’à l’infini vient bien dire que rien ne compte. Ce qui sauve tout du chaos, c’est l’humour. Les six danseurs sont la bande-son de la pièce et convoquent autant "Baby Shark" que Philippe Katerine ou Purcell. Là encore tout s’entrechoque dans un déphasage entre le temps et sa durée.

Si vous ne connaissez pas le travail de Charmatz, allez voir Infini qui est une pièce très « classique » dans les questionnements de l’artiste.

A noter que sera présentée une version de Levée des conflits dans le cadre du Festival d’Automne.

Infini : jusqu'au 14 septembre au Théâtre de la Ville puis aux Amandiers du 13 au 16 novembre. Toutes les autres dates sont ici

Visuel ©Marc Domage

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