Pop / Rock

[Live report] Viet Cong, Savages, Ride & Dan Deacon à La Route du Rock

[Live report] Viet Cong, Savages, Ride & Dan Deacon à La Route du Rock

17 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Après les journées de jeudi, de vendredi et de samedi, La Route du Rock accueillait, au cours d’un dimanche clairement contrasté, la 4e et dernière journée de sa 25 édition.

Jimmy Whispers, Father John Misty : écarts de séductions

À 16 heures, sur les bords de la Plage de Bon Secours, il ne s’agissait pas d’être en retard. Car la pile électrique Jimmy Whispers, première (et unique à ce jour) signature du label Field Mates Records, est du genre à s’emballer de manière relativement rapide. Alors, tant pis pour les retardataires : après la première chanson, le garçon natif de Chicago a déjà entamé un slam par-dessus le public, et sur la deuxième, il est déjà torse nu, les coups de soleils écarlates joliment visibles aux yeux de tous… Sur la troisième, il tente de gravir les remparts de Saint-Malo, mains nues et sourire au bec. Il est marrant. Et puisque toutes ces pitreries ne fonctionnent, et c’est navrant, pas véritablement, il invite même le public (c’est visiblement un rituel) à trouver le partenaire idéal afin d’entamer un slow érotique sur le « What A Wonderful World » de Louis Amstrong. Bon, ça ne prend toujours pas tellement.

C’est que la pop de Jimmy Whispers, construite à l’orgue et aux mélodrames pas trop tragiques, semble pouvoir se résumer dans ce don de soi immédiat : il ressemble à ces mecs beaucoup trop sympas et beaucoup trop accessibles au premier abord pour que l’on prenne le soin et le temps de s’y intéresser véritablement et de dépasser le stade de la conversation futile de fin de soirée (« il est sympa hein machin ? »)

La franchise, c’est aussi justement le créneau de The Districts, Pennsylvaniens signataires du label Fat Possum (le label de Black Keys, de Fat White Family et de Youth Lagoon) et premiers acteurs de la soirée du côté du Fort de Saint-Père, qui affirment « jouer une musique honnête avec passion ». On les croit volontiers, mais leur set, qui présentera majoritairement des extraits issus de leur premier « véritable » album A Flourish and a Spoil (« Peaches », « 4th and Roebling »), est exécuté avec beaucoup trop de neutralité pour que l’on puisse juger ce soir la force et la puissance de leur authenticité.


« Neutre ». C’est l’inverse absolu de ce qui est proposé juste après sur la Scène du Fort par le folkeur américain Joshua Tillman et son projet Father John Misty, maître hipster à barbe épaisse et aux cheveux allongés (le look rappelle, bien évidemment, celui du gourou Tellier) qui marquera, finalement, plus pour sa capacité à allumer littéralement tout ce qui bouge et de manière particulièrement excessive (mouvements permanents du bassin, mains dans les cheveux, brandissement du micro comme un trophée, dandinement sur le sommet d’une batterie…) que pour le folk rayonnant et luxuriant, principalement tiré de son dernier album I Love You, Honeybear (à force d’en faire trop, on relègue l’essentiel au second plan).

Viet Cong, Savages : bataille post punk

S’engage alors ensuite, instant important de cette dernière journée, une bataille post-punk opposant sur la Scène des Remparts les partisans des garçons canadiens de Viet Cong, et sur la Scène du Fort, les partisans des filles britanniques de Savages. Et clairement, à ce petit jeu, ce sont indéniablement les pensionnaires du label Pop Noire, menés par l’hypnotique et fascinante Jehnny Beth, qui l’emportent haut la main. D’abord, parce que l’on ne retrouvera pas chez Viet Cong toute la puissance, l’énergie et la déraison dont on avait pourtant vanté les mérites au cours de l’année écoulée, autant en studio (sur leur premier LP éponyme) qu’en live (dans l’intimité moite du Point Éphémère). Mollassons (« Continenl Shelf », « Silhouettes », « Bunker Buster », sacrées déceptions), excepté à quelques rares occasions (le final, « Death », aussi long et jouissif sur scène que sur album), le quatuor canadien, porté par la voix quasiment brisée d’un chanteur en-dedans (heureusement, le batteur assure), souffrira donc de la comparaison avec leurs cousines d’Outre-Atlantique de Savages, qui prouveront quelques instants plus tard à quel point leur nom, osé lorsque l’on fait du post-punk, n’est pas une affreuse usurpation.

En talons, sauf lorsqu’elle rejoint la foule afin de slamer par-dessus elle (elle y parvient malgré la réticence du service de sécurité…), l’impeccable et énergique Jehnny Beth, par la force d’un live redoutable de puissance, de patiente et d’explosivité, s’imposera comme l’une des grandes actrices de cette 25e édition (si ce n’est LA grande actrice). Meilleur concert de ces quatre journées de festival (on mettra aussi sur le podium The Soft Moon et The Notwist), le live de Savages fera défiler les meilleurs moments de son premier album Silence Yourself (« Shut Up », « Husbands », « She Will »…) et en présentera de nouveaux (« The Answer », notamment), et séduira, magistralement, via le talent plutôt que par le collant (les Hinds, midinettes minaudeuses passés la veille, pourront en prendre de la graine).

Ride, Dan Deacon : deux générations pour deux déceptions

Ce qui passera ensuite, forcément, fera bien pâle figure. Ride d’abord, dont la noisy pop pleine de mélodies sagement écrites aurait sans doute parfaitement fonctionné lors de la première édition du festival (le groupe britannique, comme La Route du Rock, fête cette année ses 25 ans d’existence), mais fonctionne beaucoup moins bien en l’an 2015. En duo, Andy Bell et Mark Gardener ne parviendront pas à réaliser la performance de Slowdive l’an passé (les deux groupes sont voisins de son et d’époque), qui était parvenu à exister (et même bien plus encore) malgré son statut de dinosaure d’un temps qui paraît de plus en plus dépassé…

Et puis, preuve que le temps ne fait pas toujours tout à l’affaire, le farfelu Dan Deacon, bien plus moderne que ses prédécesseurs sur scène (c’est le moins que l’on puisse dire…), ne s’en sortira pas franchement mieux plus tard sur la Scène du Fort, en proposant à la partie la plus enjouée du public un live semblable à une rave party sous hélium –/poppers, mêlant l’électro pop pompiers et les mélodies vocodées pompeuses. On aime honnêtement. Ou on déteste franchement. La volonté de faire bouger est là (grande tirade cocaïnée pour galvaniser la foule, organisation d’un cercle dans la foule, tentative foirée de braveheart…), mais on l’obtient avec les apparats les plus évidents. Un live épuisant.

La plupart poursuivront la soirée aux côtés de The Juan MacLean (l’un des porte-étendards du mythique DFA Records), puis des toujours très convaincants Jungle (scéno soignée, rythmiques funkisées, mélodies enjouées). Les autres regarderont déjà vers demain, et vers l’an prochain, les yeux rivés sur les agissements d’un festival toujours authentique quoique lacunaire (les problèmes de logistique et de viabilité du site existent toujours, bien que réduits), dont on espérera que l’annulation inattendue de Björk et la fréquentation en baisse qui en a résulté n’impactera pas trop durement les ambitions futures.

Visuels : (c) YBouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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