Pop / Rock

[Live report] Viet Cong au Point Éphémère

[Live report] Viet Cong au Point Éphémère

10 février 2015 | PAR Bastien Stisi

Fin novembre, la Mécanique Ondulatoire accueillait les Canadiens de Viet Cong dans son antre cavée et très intime du passage Thiérée. Pas tout à fait pleine malgré la judicieuse présence de Corleone en première partie (l’ex leader de Sloy et deux membres de Dionysos), la date n’avait alors déplacé que la frange la plus radicalement indie de la capitale.

Moins de trois mois plus tard (et donc, hier soir), c’est devant un Point Éphémère plein à craquer que le quatuor au nom de force armée coco viêt pénètre sur scène dans les alentours de 21 heures 30. Quelques relais presse ont sorti le groupe signé chez Jagjaguwar de son petit anonymat, et surtout, son premier LP (dont le stock de vinyles se sera remarquablement écoulé à la fin du concert…) a eu le temps de mobiliser autour de lui une frange de fans déjà fidélisés qui auront pris le temps de retenir les mélodies proposées par les morceaux les plus pop du groupe (« Continental Shelf » et « Silhouettes », tous deux clipés ces dernières semaines, auront le droit à une belle clameur).

Ces mélodies, on les retrouvera dans la première partie d’un concert que l’on pourra indéniablement diviser en deux. D’abord post-punk (le synthé est alors utilisé à des fins quasi pop), le set des quatre garçons basculera progressivement dans un format diamétralement plus psyché, plus noisy, plus shoegaze, trouvant son salut entre les boucles décervelées d’Animal Collective (« March Of Progress ») et les combinaisons bruitistes de Sonic Youth (« Bunker Buster »), avant d’aboutir à un final grandiose qui fera vrombir la salle de bruit, de fureur et de sueur. Les membres du groupe, eux, préfèreront carrément se cracher dessus (c’est un signe amical), afin d’ajouter à la maîtrise parfaite de leur set (grosse performance des deux guitaristes…) une dimension punk irrésistible.

Le remplacement du chant par le hurlement sera marqué par l’interprétation de « Death », dont le titre est trompeur, puisque l’on assiste au contraire vraisemblablement, plutôt qu’à la mort, à la naissance de quelque chose de grand. On n’avait à vrai dire pas encore vu quelque chose d’aussi prenant et d’aussi excitant en 2015.

On croit alors trouver un semblant de sens à la nomination du groupe : car la terminaison du concert s’avère aussi violente et excessive qu’une attaque de khmers rouges sur le dollar spoliateur. Sauf que contrairement aux vilains capitalistes sur la péninsule indochinoise, nous, on reviendra a priori voir aussi souvent que possible ces grands malades-là. Et au rythme auquel ça va, on verrait bien le groupe débarquer cet été à La Route du Rock, ou même carrément chez son petit frère à la chemise plus pleinement boutonnée du Pitchfork d’ici une petite année.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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