Danse
Nicolas Paul / Pierre Rigal / Édouard Lock et Millepied : quand la passation prend forme

Nicolas Paul / Pierre Rigal / Édouard Lock et Millepied : quand la passation prend forme

10 février 2015 | PAR Géraldine Bretault

Un programme de trois piéces créées pour le Ballet de l’Opéra de Paris, concocté par Brigitte Lefèvre avant son départ + un duo chorégraphié à la dernière minute par le nouveau directeur du ballet, Benjamin Millepied, qui vient d’annoncer sa saison 2015-2016 = une soirée placée sous le signe de la passation.

[rating=4]

Répliques, Nicolas Paul
Sur la scène dépouillée, quatre hommes et quatre femmes se mêlent et s’accordent, silhouettes pastel évanescentes entraînées dans un dialogue muet. La pièce est résolument abstraite, articulée en quatre tableaux qui introduisent chaque fois un nouveau voilage sur la scène. Mémoire, mimétisme, double, alter ego… autant de thèmes traités dans un langage épuré, géométrique, sublimé par le dernier duo en scène, Ludmila Pagliero et Vincent Chaillet.

Salut, Pierre Rigal
Touche-à-tout de talent, Pierre Rigal semble avoir toujours envie d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte – d’ailleurs à l’entracte, vous le retrouvez papillonnant au milieu des spectateurs, dans le Grand Foyer de l’Opéra, visiblement enchanté d’avoir pu investir ces lieux avec cette première création pour le ballet, Salut. Potache, très à l’aise, il n’hésite pas à faire entrer ses danseurs sous de tonitruants applaudissements enregistrés ! Hormis quelques longueurs sur la fin, sa chorégraphie séduit par son aisance dans les changements de registre, depuis la pantomime dansée par des danseurs-automates à leur entrée sur scène, à un tableau central inquiétant, lascif, qui se déploie sous un soleil de plus en plus rougeoyant, et qui semble réveiller des instincts primaux. Un très beau travail aussi de Roy Genty sur les costumes, que n’aurait pas renié un Karl Lagerfeld, mêlant néoprène et lingerie fine. Des costumes de scène qui deviennent autant de carapaces dont les danseurs vont devoir s’extraire pour « sauver leur peau » dans un ultime salut. Le final est visuellement très fort : dans une lumière stroboscopique, les danseurs semblent suspendus en lévitation…

Together Alone, Benjamin Millepied
Fort d’une belle complicité avec Aurélie Dupont, qu’il a nommée Maître de Ballet après son départ en retraite prévu cette année, Benjamin Millepied lui fait le cadeau d’un duo chorégraphié à son intention, avec Hervé Moreau pour partenaire, sur une étude de Philip Glass interprétée sur scène. Souveraine, Aurélie Dupont en jean et débardeur rouge offre une danse naturelle, apaisée. En pleine possession de ses moyens, comme elle le confie en interview : « J’aurais aimé que la fin soit le début…. »
Benjamin Millepied a souhaité dédier ce duo aux journalistes de Charlie Hebdo.

Andréauria, Édouard Lock
Retour sans concession à l’abstraction dans cette dernière pièce, cette fois entièrement au service de la virtuosité. Deux pianos sur scène, qui égrènent eux aussi un quatre mains virtuoses sur une partition de David Lang. Dans un décor minimaliste – peu convaincant -, Alice Renavand fait son entrée. Cheveux de jais lissés, cuisses nues sur pointes, elle lance la série de tableaux extrêmement complexes qui composent la pièce. Le défi technique, la rapidité, sont constants, les bras fendent l’air, les pointes trépignent, et les hommes virevoltent et enchaînent les entrechats. Une pièce qui laisse finalement peu de point d’accès au spectateur, hormis la sensualité magnétique de Renavand, décidément très à l’aise dans une partition contemporaine, au féminin comme au masculin, en costume sur pointes.

Cinq soirées autour de plusieurs grands chorégraphes contemporains sont prévues l’année prochaine : demandez le programme !

 

Visuels : © Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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