Pop / Rock
[Live report] Sun Kil Moon & The Notwist à La Route du Rock

[Live report] Sun Kil Moon & The Notwist à La Route du Rock

14 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Lâchement lâchée au dernier moment par celle qui devait être sa redoutable tête d’affiche (Björk), et menacée par le retour probable de celle qui avait été l’an dernier sa plus cruelle ennemie (la pluie), La Route du Rock ouvrait hier soir son édition 2015 dans la très belle Nouvelle Vague (une salle extra muros de Saint Malo) via les concerts, impeccables, de Sun Kil Moon puis de The Notwist. Et bonnes nouvelles afin de contredire les signes contraires : ces deux concerts-là furent grandioses.

Sun Kil Moon : la Lune plutôt que le Soleil

Afin d’ouvrir la fête d’anniversaire de ses 25 ans (lorsque l’on sait les difficultés qu’a chaque année le festival à perdurer, c’est un sacré bel âge), La Route du Rock a invité celui qui a fêté cette année ses 25 ans de carrière. Hasard ou coïncidence. Alors, malgré son dilettantisme ostentatoire et son je-m’en-foutisme viscéral, Mark Kozelek s’est pointé à l’heure. Ce qui est déjà beaucoup. Côté animation joviale de la soirée, par contre, et puisque le garçon est décidément plutôt à ranger dans la catégorie « pince-sans-rire franchement drôle mais jamais très lisible », on repassera.

Mark blague, saisit en plein vol l’appareil photo d’une journaliste devant lui afin de se l’attribuer un temps, se sert de la veste de l’un des spectateurs pour s’essuyer gentiment le front, reproche au public de ne pas connaître sur le bout des doigts les paroles de ses chansons (« Benji », « Heron Blue », « Carissa »…) Mais ne sourit pas outre-mesure. On pourrait croire son folk résigné malgré les nombreuses histoires qu’il se plaît à narrer, et parce que celui-ci a beaucoup vécu (Universal Themes, son dernier album sorti en juin dernier chez Rough Trade, est son 7e album, sans compter l’expérience Red House Painters). C’est que Sun Kil Moon devrait plutôt se nommer « Moon Kill Sun », tant il semble que c’est l’ombre qui a pris, chez Mark Kozelek, l’ascendant sur la lumière.

L’americana hantée et véritablement sublime de cet Américain troublant annonce ainsi les ambiances tout aussi abyssales de Timber Timbre, de passage aujourd’hui sur la Scène du Fort. Elle rappelle aussi, lorsque ce n’est pas celle de Patti Smith, la diction narrative, appliquée et ombrageuse de Nick Cave, référence du genre auquel Mark Kozelek rendra justement hommage en interprétant, parce que l’on souvient que le meneur des Bad Seens a eu récemment la douleur de perdre l’un de ses fils, un « The Weeping Song » plein de cendres et de pudeur. Apaisant comme une complainte que l’on entame afin de trouver, paradoxalement, le salut.

The Notwist : immenses, comme toujours

25 ans, c’est donc, d’un point de vue musical, l’âge de raison (ou de déraison, tout dépend la manière dont on envisage le terme). Car c’est aussi l’âge de The Notwist, ce quintet allemand d’abord préoccupé au début des années 90 de punk et de métal sophistiqué avant de se tourner vers cette électro pop azimut, patiente et foisonnante qui avait trouvé, en 2002, son paroxysme ultime avec la sortie de Neon Golden, incontestable chef-d’œuvre du groupe.

C’est justement cet album, ô idée merveilleuse, que La Route du Rock a proposé au groupe d’interpréter dans son intégralité, permettant à un public globalement conquis ce voyage entre le krautrock tendre, l’electronica psyché, la pop expérimentale, le rock bruitiste et le post-rock timbré que le groupe sait mener avec une expertise de capitaine expérimenté. Le sommet est atteint sur « Neon Golden », sur « Pick Up The Phone », sur « Off the Rail », et confirme les formidables impressions déjà constatées à l’occasion  de la folle performance du groupe au dernier Pitchfork Musical Festival : les live, sobres, vitalisant et enflammés de The Notwist, font partie des tous meilleurs de la scène indé actuelle. Pas de contestation possible.

Neon Golden terminé, les Notwist complèteront leur set avec des instants issus de Close To The Glass, leur dernier album paru chez City Slang, et s’effaceront dans un tonnerre d’applaudissement de la même manière qu’ils paraissent vivre chacun des grands concerts qu’ils effectuent : avec un naturel et une franchise d’exécution absolument stupéfiante. Le premier très grand concert de cette édition 2015 de La Route du Rock.

La programmation complète de La Route du Rock est à retrouver par ici.

Visuels : (c) YBouh

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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